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Une histoire des Navajos

Table des matières

  • Introduction
  • Chapitre 1 L'Émergence : Histoires de la création et les premiers mondes
  • Chapitre 2 Dinétah : Les terres ancestrales
  • Chapitre 3 L'Arrivée des Espagnols : Premières rencontres et nouvelles réalités
  • Chapitre 4 La Révolte des Pueblos et ses conséquences : Une alliance pour la liberté
  • Chapitre 5 L'Économie pastorale : Moutons, chevaux et un nouveau mode de vie
  • Chapitre 6 Conflit avec les colons : Les ères mexicaine et américaine primitive
  • Chapitre 7 La Terre brûlée : La campagne de Kit Carson
  • Chapitre 8 La Longue Marche : Une marche forcée vers Bosque Redondo
  • Chapitre 9 La vie à Hwéeldi : L'internement de Fort Sumner
  • Chapitre 10 Le Traité de 1868 : Une promesse de retour au pays
  • Chapitre 11 Reconstruire une nation : Les premières années de la réserve
  • Chapitre 12 L'Expansion de la réserve : Récupérer la terre
  • Chapitre 13 L'Essor des postes de traite : Un nouveau paysage économique
  • Chapitre 14 Le Programme de réduction du bétail : Un coup traumatisant pour la vie navajo
  • Chapitre 15 Les parleurs de code navajos : Une arme secrète pendant la Seconde Guerre mondiale
  • Chapitre 16 Les Années d'après-guerre : Emploi hors réserve et migration urbaine
  • Chapitre 17 La Découverte des ressources : Pétrole, gaz et uranium
  • Chapitre 18 L'Établissement du gouvernement de la Nation navajo
  • Chapitre 19 Éducation et assimilation : L'expérience des pensionnats
  • Chapitre 20 La Lutte pour la souveraineté et l'autodétermination
  • Chapitre 21 Le Conflit foncier navajo-hopi : Un siècle de conflit
  • Chapitre 22 Crises sanitaires et environnementales : L'Héritage de l'exploitation de l'uranium
  • Chapitre 23 La Crise de l'eau : Un combat pour une ressource vitale
  • Chapitre 24 Une Culture florissante : Les arts et traditions navajos modernes
  • Chapitre 25 La Nation navajo aujourd'hui : Défis et triomphes au XXIe siècle

Introduction

Comprendre l'histoire du peuple navajo, c'est comprendre une histoire de résilience, d'adaptation et d'un lien indestructible avec la terre. C'est l'histoire d'un peuple qui s'appelle lui-même les Diné, un nom simple et puissant qui se traduit par « Le Peuple ». Leur récit se déploie à travers un paysage vaste et spectaculaire, une patrie connue sous le nom de Diné Bikéyah, ou « les terres sacrées du Peuple ». Ce territoire, délimité par quatre montagnes sacrées qui en définissent les frontières, est bien plus qu'une géographie ; il est le cœur spirituel et physique de leur identité, le lieu où leurs histoires de la création prennent vie. La Nation navajo couvre aujourd'hui plus de 70 000 kilomètres carrés, s'étendant sur des parties de l'Arizona, du Nouveau-Mexique et de l'Utah, ce qui en fait la plus grande réserve des États-Unis. C'est une terre d'une beauté saisissante, de mesas élancées, de canyons profonds et de déserts baignés de soleil, un paysage qui a façonné le caractère et l'histoire des Diné pendant des siècles.

Ce livre retrace le cours de cette histoire, un voyage qui ne commence pas avec des archives écrites, mais avec les profondes histoires d'origine de l'Émergence. Ces récits sacrés décrivent le passage des Êtres Saints à travers une série de mondes inférieurs, culminant dans leur arrivée dans le monde actuel, le Monde de la Surface de la Terre. C'est là que leur histoire commence véritablement, dans les terres ancestrales de Dinétah, dans ce qui est aujourd'hui le nord-ouest du Nouveau-Mexique, où une culture navajo distincte a commencé à s'épanouil y a des siècles. Ici, les Diné n'étaient pas de simples habitants passifs de la terre, mais des acteurs actifs de leur monde, développant des structures sociales complexes, des réseaux commerciaux avec leurs voisins Pueblo, et un mode de vie unique, à la fois profondément spirituel et éminemment pratique.

L'histoire des Diné est aussi une histoire de rencontres et des changements profonds et souvent violents qu'elles ont entraînés. L'arrivée des Espagnols au XVIe siècle a marqué un tournant décisif, introduisant de nouveaux éléments qui allaient irrévocablement modifier le cours de l'histoire navajo. Chevaux, moutons et chèvres ont été intégrés à leur société, les transformant en un peuple pastoral redoutable et modifiant leurs dynamiques économiques et sociales. Cette ère a également apporté son lot de conflits, les efforts espagnols puis mexicains pour contrôler la région entraînant des cycles de raids, de guerres et un commerce d'esclaves insidieux ciblant les femmes et les enfants navajos. Pourtant, à travers tout cela, les Diné se sont adaptés, ont absorbé de nouvelles technologies et idées, et ont farouchement maintenu leur autonomie.

Le milieu du XIXe siècle a fait entrer une puissance nouvelle et plus implacable dans leur monde : les États-Unis. La période qui a suivi la guerre américano-mexicaine de 1848 a initié le chapitre le plus traumatisant de l'histoire navajo. Des décennies de conflits croissants, alimentées par l'expansion vers l'ouest des colons américains, ont culminé dans la brutale campagne de « terre brûlée » menée par le colonel Kit Carson. Ce n'était pas simplement une action militaire, mais un effort systématique visant à détruire les fondations mêmes de la vie navajo en brûlant leurs champs, en massacrant leur bétail et en démolissant leurs maisons. La campagne a atteint son objectif sinistre, affamant les Diné jusqu'à la soumission.

Ce qui a suivi fut la Longue Marche de 1864, une marche forcée d'environ 500 kilomètres qui a chassé des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants navajos de leur patrie vers un camp d'internement désolé à Bosque Redondo, au Nouveau-Mexique, un lieu qu'ils appelaient Hwéeldi. Les quatre années d'emprisonnement furent marquées par la maladie, la famine et le désespoir. Pourtant, même dans ces temps les plus sombres, leur esprit ne s'est pas éteint. La résilience des Diné a brillé, et leurs dirigeants ont inlassablement négocié un retour sur leurs terres ancestrales. En 1868, ils ont accompli ce qu'aucune autre nation autochtone n'avait fait : ils ont signé un traité avec le gouvernement des États-Unis qui leur permettait de rentrer chez eux. Le Traité de 1868 a établi la Réserve navajo, assurant une fraction de leurs terres d'origine mais fournissant une base sur laquelle reconstruire leur monde brisé.

Le retour de Hwéeldi n'a pas mis fin à leurs luttes, mais a marqué le début d'une nouvelle ère difficile. La fin du XIXe et le début du XXe siècle furent une période d'ajustement et de changement profonds. L'établissement de postes de traite a créé une nouvelle réalité économique, reliant l'économie navajo au marché américain au sens large par le commerce de la laine, des tapis et de l'argenterie. La réserve elle-même s'est agrandie grâce à des actes législatifs et des décrets présidentiels ultérieurs, bien que le processus ait souvent été semé d'embûches. Cependant, cette période a également apporté de nouvelles formes de contrôle fédéral et des politiques visant à l'assimilation, notamment l'expérience traumatisante des pensionnats gérés par le gouvernement et le programme dévastateur de réduction du bétail des années 1930, qui a frappé au cœur de leur économie pastorale et de leur identité culturelle.

À travers ces épreuves, les Diné ont continué à faire preuve de leur remarquable capacité d'adaptation et de service. Pendant la Seconde Guerre mondiale, un groupe d'hommes navajos a créé un code incassable basé sur leur langue complexe et non écrite, devenant les célèbres Parleurs de code navajos. Ces hommes ont servi avec distinction dans le théâtre du Pacifique, et leur arme secrète s'est avérée vitale pour l'effort de guerre américain, sauvant d'innombrables vies. Les années d'après-guerre ont apporté d'autres changements, de nombreux Navajos cherchant un emploi hors réserve et migrant vers les centres urbains, tandis que la découverte de pétrole, de gaz et d'uranium sur leurs terres apportait à la fois richesse et nouveaux défis, notamment des crises sanitaires et environnementales à long terme.

Au cœur de l'histoire moderne des Diné se trouve la quête de souveraineté et d'autodétermination. L'établissement du gouvernement de la Nation navajo en 1923, initialement pour gérer les baux de ressources, a évolué pour devenir le gouvernement tribal le plus important et le plus sophistiqué des États-Unis. Cette évolution politique a été le véhicule pour naviguer dans des questions complexes allant des litiges fonciers de longue date avec la tribu voisine Hopi aux batailles critiques pour les droits sur l'eau, l'éducation et la santé. Au cœur de tout ce parcours historique se trouve une philosophie culturelle durable connue sous le nom de Hózhó. Ce concept complexe, qui incarne les idéaux d'équilibre, d'harmonie, de beauté et d'ordre, n'est pas simplement une croyance religieuse ou spirituelle, mais un guide de vie. C'est la poursuite du Hózhó — être en justes relations avec soi-même, la communauté, le monde naturel et le royaume spirituel — qui a fourni aux Diné la force et la perspective pour naviguer à travers des siècles de bouleversements.

L'histoire que vous êtes sur le point de lire est une chronique de ce voyage. C'est l'histoire d'un peuple qui a émergé d'autres mondes, qui s'est adapté à l'arrivée de nouveaux peuples et de nouvelles technologies, qui a enduré l'expulsion forcée de ses terres sacrées, et qui non seulement a survécu, mais a forgé une nation moderne vibrante. C'est une histoire de conflit et d'accommodement, de tradition et d'innovation, et avant tout, de l'esprit indomptable des Diné et de leur quête durable de marcher dans la beauté.


CHAPITRE UN : L'Émergence : Récits de la création et les premiers mondes

Avant l'histoire, il y a le récit. Pour les Diné, le fondement de leur monde ne repose pas sur un unique moment de création, mais sur un long, ardu et riche en leçons voyage vers le haut, à travers une série de mondes inférieurs. Ce récit, le Diné Bahaneʼ, ou « Histoire du Peuple », est un récit épique de l'émergence, une tradition orale sacrée qui explique non seulement d'où viennent les Navajos, mais plus important encore, comment ils ont appris à vivre. C'est une histoire d'essais et d'erreurs, d'harmonie recherchée et de discorde créée, établissant les principes fondamentaux qui guident la vie des Diné encore aujourd'hui. Il n'existe pas de texte unique et canonique de cette histoire ; elle existe en de nombreuses variantes, comme c'est la nature d'une histoire orale vivante transmise à travers des générations de conteurs, chaque récit mettant l'accent sur différentes facettes des mêmes vérités essentielles.

Le voyage commence dans le Premier Monde, Niʼ Hodiłhił, le Monde Noir. Selon les récits, ce royaume initial était une petite île sombre flottant au milieu de quatre mers. Les êtres qui l'habitaient n'étaient pas encore pleinement formés ; ils sont souvent décrits comme le Peuple Esprit de l'Air, des êtres insectoïdes qui étaient les précurseurs de la vie qui allait suivre. Ici, dans l'obscurité, les êtres surnaturels Premier Homme, ou Áłtsé Hastiin, et Première Femme, ou Áłtsé Asdzą́ą́, vinrent à l'existence. Leur création même parle d'un univers bâti sur une dualité équilibrée. L'union d'un Nuage Noir et d'un Nuage Blanc à l'est donna naissance à Premier Homme, et avec lui, un épi parfait de maïs blanc. À l'ouest, un Nuage Bleu et un Nuage Jaune se rencontrèrent pour former Première Femme, et avec elle vint un épi parfait de maïs jaune, ainsi que de la turquoise et du coquillage blanc.

Étaient également présents dans ce monde primordial d'autres êtres puissants, dont deux Coyotes très différents. L'un était le Grand-Coyote-Formé-dans-l'Eau, un être qui possédait une grande connaissance. L'autre était Premier Enragé, un coyote qui introduisit la sorcellerie et la discorde dans le monde. Ce fut cette discorde qui rendit finalement le Premier Monde inhabitable. Le Peuple Esprit de l'Air, peut-être influencé par Premier Enragé, devint jaloux et commença à se battre entre eux. Le chaos grandit au point que les souverains des quatre mers — Héron Bleu, Grenouille, Tonnerre Blanc et Grande Créature des Eaux — dirent aux habitants qu'ils devaient partir. Et ainsi, ils s'élevèrent, certains volant, d'autres grimpant, à travers une ouverture à l'est vers le monde suivant.

Leur arrivée les mena au Deuxième Monde, Niʼ Hodootłʼizh, le Monde Bleu. Ce royaume était habité par des êtres à la fourrure bleu-gris et divers oiseaux aux teintes bleues, dont des hirondelles, des geais et des faucons. Pendant un temps, il y eut harmonie. Les nouveaux venus furent accueillis par le Chef des Hirondelles, et ils cohabitèrent pacifiquement pendant vingt-trois jours. Cependant, le schéma de la transgression se répéta. L'un des êtres du Premier Monde commit une offense envers l'épouse du Chef des Hirondelles, brisant l'harmonie et la confiance qui avaient été établies. Ayant outrepassé leur bienvenue, les gens furent une fois de plus expulsés. Pour faciliter leur voyage, Premier Homme façonna une baguette de jais et d'autres matériaux sacrés, qu'ils utilisèrent pour grimper vers le haut à travers une ouverture au sud.

Le Troisième Monde, Niʼ Hałtsooí, était le Monde Jaune. C'était un lieu plus vaste et plus complexe, avec deux grandes rivières, l'une mâle et l'autre femelle, qui se croisaient en son centre. On y trouvait également six montagnes sacrées, les précurseurs de celles qui définiraient plus tard la patrie navajo. Les habitants de ce monde incluaient le Peuple Sauterelle. Pour la première fois, les voyageurs commencèrent à établir une existence plus sédentaire. Ce fut dans le Monde Jaune que Première Femme donna naissance à des jumeaux, les premiers de cinq paires qui deviendraient des figures importantes. Ce fut aussi là que les Êtres Saints, ou Diyin Dinéʼé — des figures comme Dieu Parlant et Dieu Noir — commencèrent à interagir plus directement avec le peuple naissant, leur enseignant des prières et des cérémonies cruciales.

Pourtant, ce monde recelait aussi sa propre forme de chaos, et son agent était, une fois de plus, un coyote. Dans certaines versions du récit, un conflit significatif surgit entre les sexes. Premier Homme et Première Femme se disputèrent au sujet de leur importance respective, menant à une période de séparation. Les hommes vivaient d'un côté de la grande rivière et les femmes de l'autre. Cette séparation, cet déséquilibre, eurent des conséquences désastreuses, menant à la création de monstres, les Naayééʼ, qui tourmenteraient plus tard le monde. L'effondrement définitif de la vie dans le Troisième Monde vint cependant d'un acte de pure malice. Coyote, toujours le farceur, vola deux enfants à Tééhoołtsódii, la Grande Créature des Eaux. En représailles, la créature déchaîna un grand déluge qui menaça de noyer tout le monde.

Cherchant désespérément à échapper aux eaux montantes, les gens cherchèrent un moyen de s'élever. Premier Homme planta une série de roseaux, espérant que l'un d'eux pousserait assez haut pour atteindre le ciel du monde au-dessus. Un roseau géant perça enfin la voûte, et les gens grimpèrent frénétiquement à l'intérieur, scellant l'ouverture derrière eux avec de la boue pour retenir les eaux du déluge. Les eaux montèrent si vite que la dinde fut la dernière à entrer, et l'écume des eaux du déluge lécha sa queue, c'est pourquoi les pointes des plumes de la queue de la dinde sont blanches encore aujourd'hui. Ils s'étaient enfuis, mais de justesse, émergeant dans le monde final, définitif.

Ils arrivèrent dans le Quatrième Monde, aussi appelé Niʼ Halgai (le Monde Blanc) ou le Monde Scintillant, pour ne découvrir qu'une vaste étendue aqueuse. Ils avaient émergé sur une petite île boueuse. En regardant à travers le trou dans le roseau, ils pouvaient voir les eaux du déluge encore en furie en bas. La tête enragée de la Grande Créature des Eaux poussa par l'ouverture, des éclairs jaillissant de ses cornes. Ce ne fut que lorsque Premier Enragé Coyote fut persuadé de rendre les enfants volés, ainsi qu'un panier de turquoise, que la créature se calma et que les eaux du monde inférieur se retirèrent. Les gens étaient en sécurité, mais ils étaient échoués. Pour rendre la terre habitable, Premier Homme invoqua les Êtres Saints, qui usèrent de leurs pouvoirs pour assécher l'eau et façonner le paysage, créant le monde tel qu'il est connu aujourd'hui.

Une fois les eaux asséchées, le vrai travail de création put commencer. C'était le monde où toutes les leçons des mondes inférieurs seraient mises en pratique. C'était un monde d'une beauté austère et d'un immense potentiel, mais il n'était pas encore achevé. Il n'y avait ni soleil, ni lune, ni étoiles. Travaillant à l'intérieur du premier hogan — une demeure sacrée que Premier Homme et Première Femme construisirent selon les instructions des Êtres Saints — ils commencèrent à ordonner le cosmos. Ils étendirent une peau de daim et planifièrent soigneusement le placement du soleil et de la lune. On demanda à Garçon Turquoise de devenir le soleil, et Fille Coquille Blanche accepta de devenir la lune, chacun entamant son voyage céleste.

Ensuite, ils se tournèrent vers les étoiles. Les Êtres Saints commencèrent à les placer dans le ciel avec un grand soin, créant des constellations ordonnées qui serviraient de guides et raconteraient des histoires. Mais Coyote, toujours impatient et trouvant que les choses allaient trop lentement, saisit un coin de la peau de daim et lança les étoiles restantes dans le ciel, créant les motifs chaotiques et épars de la Voie lactée. Dans un autre acte impulsif, Coyote est également crédité d'avoir introduit la mort dans le monde. Il jeta une pierre dans un lac, déclarant que si elle flottait, les morts reviendraient à la vie, mais si elle coulait, la mort serait permanente. La pierre coula, et ainsi la mortalité fut scellée comme une caractéristique de l'existence dans le Monde Scintillant.

L'un des actes de création les plus essentiels dans le Quatrième Monde fut l'établissement de sa géographie sacrée. Premier Homme avait emporté de la terre des six montagnes du Troisième Monde avec lui lors de l'émergence. Lui et les Êtres Saints utilisèrent cette terre pour recréer les montagnes, les plaçant aux quatre directions cardinales pour définir et protéger la terre des Diné. À l'est, ils élevèrent Sisnaajiní, la Montagne Coquille Blanche (Pic Blanca). Au sud se dressait Tsoodził, la Montagne Turquoise (Mont Taylor). À l'ouest, ils placèrent Dookʼoʼoosłííd, la Montagne Coquille d'Ormeau (Pics San Francisco). Et au nord, ils établirent Dibé Nitsaa, la Grande Montagne Mouton (Pic Hesperus). Ces Quatre Montagnes Sacrées forment les frontières de Diné Bikéyah, la patrie navajo, et sont centrales pour l'identité et la vie spirituelle des Diné.

Bien que le monde fût maintenant ordonné avec un soleil, une lune, des étoiles et des frontières sacrées, il n'était pas encore sûr. La période de déséquilibre et de séparation dans le Troisième Monde avait engendré les Naayééʼ, d'horribles monstres qui erraient sur la terre, tuant les nouveaux Peuple de la Terre créés. Ce n'étaient pas de simples bêtes, mais des personnifications du chaos et du mal, tels que Yeitso, un géant qui dévorait les gens, et l'Aigle Monstre, qui enlevait des victimes au sol. Pour sauver l'humanité, un héros était nécessaire. Ce héros se trouverait dans la naissance miraculeuse de l'une des figures les plus vénérées du panthéon diné : Asdzą́ą́ Nádleehé, ou Femme Changeante.

Femme Changeante fut découverte bébé par Premier Homme et Première Femme. Elle mûrit avec une vitesse surnaturelle, atteignant la puberté en seulement douze jours. Son premier Kinaaldá, une cérémonie de puberté qui est encore pratiquée pour les jeunes femmes navajos aujourd'hui, marqua un moment charnière. Après cette cérémonie, elle fut visitée par le Soleil, Jóhonaaʼéí, et conçut un enfant. Elle conçut plus tard un autre enfant avec l'Eau. Ces enfants étaient les Jumeaux Héros : Naayééʼ Neizghání (Tueur de Monstres) et Tóbájíshchíní (Né pour l'Eau). Élevés pour être les sauveurs de leur peuple, les jumeaux entreprirent un voyage périlleux vers la maison de leur père, le Soleil, pour demander des armes afin de combattre les monstres.

Le voyage fut semé d'épreuves conçues pour tester leur valeur, mais avec l'aide de figures comme Femme Araignée, ils réussirent. Le Soleil, convaincu de leur ascendance divine, les arma d'éclairs, de couteaux en pierre et d'une armure magique en silex. Tueur de Monstres, l'aîné et le plus agressif des jumeaux, mena les combats, tandis que Né pour l'Eau apporta soutien et protection. Ensemble, ils traquèrent et détruisirent les Naayééʼ un par un. Les restes pétrifiés des monstres tués seraient à l'origine de nombreuses formations géologiques distinctives du paysage navajo aujourd'hui, comme les coulées de lave près du Mont Taylor, qui seraient le sang séché du géant Yeitso.

Avec les monstres vaincus, le monde était enfin sûr pour l'humanité. L'acte de création final et le plus crucial put alors avoir lieu : la formation des Diné eux-mêmes. Cette tâche incomba à Femme Changeante, qui s'était installée dans une demeure à l'ouest. Se sentant seule, elle décida de créer des compagnons. À partir de morceaux de sa propre peau — frottés sur sa poitrine, son dos et sous ses bras — elle forma les quatre premiers couples. Ces quatre paires devinrent les ancêtres des quatre clans navajos originels. Cet acte établit la structure matrilinéaire de la société diné, dans laquelle l'identité de clan se transmet par la mère, en l'honneur de Femme Changeante, l'ultime matriarche.

L'épopée entière de l'Émergence, de la discorde dans le Monde Noir à la création des clans dans le Monde Scintillant, sert de charte cosmologique profonde. Elle explique les origines du monde, les raisons de la mortalité et les sources du bien et du mal. Plus que cela, elle fournit un plan pour vivre. Le cycle répété de chaos suivi d'une restauration de l'ordre souligne le concept philosophique central diné du Hózhó. Hózhó est une idée complexe qui englobe la beauté, l'harmonie, l'équilibre et la santé. L'histoire enseigne que la disharmonie — qu'elle provienne de disputes, d'adultère ou de vol — mène inévitablement au désastre, tandis que une vie droite, la cérémonie et le respect pour les Êtres Saints peuvent restaurer l'équilibre. L'Émergence n'est pas seulement une histoire du passé ; c'est un guide intemporel pour maintenir le Hózhó dans le présent.


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