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Une brève histoire de Chine

Table des matières

  • Introduction
  • Chapitre 1 L'aube de la civilisation : la préhistoire et la dynastie Xia
  • Chapitre 2 Os oraculaires et fondeurs de bronze : la dynastie Shang
  • Chapitre 3 Le mandat du ciel : la dynastie Zhou et son déclin
  • Chapitre 4 Cent écoles de pensée : le confucianisme, le taoïsme et le légisme
  • Chapitre 5 Le premier empereur : Qin Shi Huang et l'armée de terre cuite
  • Chapitre 6 La grande dynastie Han : la route de la soie et l'expansion impériale
  • Chapitre 7 Une ère de désunion : les Trois Royaumes et la période de division
  • Chapitre 8 Foi et fusion : la propagation du bouddhisme en Chine
  • Chapitre 9 Réunification et grands projets : la dynastie Sui
  • Chapitre 10 Un âge d'or du cosmopolitisme : la dynastie Tang
  • Chapitre 11 Une ère de raffinement : art, science et néoconfucianisme sous la dynastie Song
  • Chapitre 12 La horde mongole : Kubilai Khan et la dynastie Yuan
  • Chapitre 13 Restauration du pouvoir Han : l'essor de la dynastie Ming
  • Chapitre 14 Palais et flottes : la Cité interdite et les voyages de Zheng He
  • Chapitre 15 La dernière dynastie : la conquête mandchoue et l'empire Qing
  • Chapitre 16 Le siècle prospère : le règne sous Kangxi, Yongzheng et Qianlong
  • Chapitre 17 L'arrivée de l'Occident : les guerres de l'opium et les traités inégaux
  • Chapitre 18 Déclin interne : les rébellions des Taiping et des Boxers
  • Chapitre 19 La fin du pouvoir impérial : la révolution de 1911
  • Chapitre 20 Une république en tourmente : Sun Yat-sen et l'ère des seigneurs de la guerre
  • Chapitre 21 L'essor du Parti communiste : la Longue Marche et la guerre sino-japonaise
  • Chapitre 22 La Chine de Mao Zedong : la fondation de la République populaire
  • Chapitre 23 Le Grand Bond en avant et la rupture sino-soviétique
  • Chapitre 24 La Révolution culturelle : une décennie de bouleversements
  • Chapitre 25 Réforme et ouverture : Deng Xiaoping et la nouvelle Chine

Introduction

Écrire une histoire « courte » de la Chine, c'est tenter de capturer un fleuve dans une tasse de thé. C'est une histoire d'une ampleur immense et d'une continuité étonnante, remontant à travers l'histoire écrite pour plus de trois millénaires et même plus loin encore dans les profondeurs du temps archéologique. Alors que les autres grandes civilisations antiques du monde — les Égyptiens, les Mésopotamiens, les habitants de la vallée de l'Indus — ont surgi, prospéré, puis se sont éteintes ou ont été irrévocablement transformées, la civilisation chinoise a démontré une capacité unique et résiliente de régénération. Elle a persisté, évolué et s'est étendue, absorbant des influences, survivant aux bouleversements et rétablissant à maintes reprises une semblance de son ancienne grandeur. À l'observateur extérieur, elle peut apparaître comme une entité monolithique et immuable, mais c'est une illusion. L'histoire de la Chine est une tapisserie vibrante, chaotique et profondément dramatique, tissée d'innombrables fils de conquêtes, de rébellions, de philosophie, d'art et d'innovation.

Ce livre vise à suivre les fils principaux de cette tapisserie, depuis les souverains légendaires du passé lointain jusqu'aux réalités complexes de la Chine moderne. Ce n'est pas une chronique exhaustive — un tel ouvrage remplirait une bibliothèque — mais plutôt un voyage à travers les grandes époques et les moments transformateurs qui ont façonné la nation et son peuple. Nous naviguerons par la montée et la chute de ses grandes dynasties, ces puissantes familles qui ont régné pendant des siècles, pour s'effondrer finalement sous le poids de la corruption, de l'invasion ou du mécontentement populaire. Ce schéma cyclique, si central à la compréhension traditionnelle chinoise de leur propre passé, fournit un cadre à notre récit. C'est un rythme de consolidation, de prospérité, de décadence et de renouveau qui a résonné à travers les siècles.

La scène sur laquelle se déroule ce drame épique est aussi vaste et variée que l'histoire elle-même. La géographie même de la Chine a été un acteur puissant de son histoire. La civilisation a été berçée dans les grandes vallées fluviales du Fleuve Jaune (Huang He) et du Fleuve Bleu (Yangzi Jiang, ou Chang Jiang). Le Fleuve Jaune, ainsi nommé pour le riche sédiment jaune de loess qu'il charrie, fut le berceau de l'ancienne culture chinoise, son sol fertile soutenant les premières communautés agricoles. Mais sa propension aux inondations catastrophiques lui valut aussi le nom de « Chagrin de la Chine », rappel de l'équilibre précaire entre abondance et désastre qui a toujours défini la vie du peuple chinois. Le Yangzi, traversant le sud plus tempéré, devint le cœur de la culture du riz et une artère vitale du commerce et du transport.

Ces bassins fluviaux fertiles, qui constituent le cœur de la Chine agricole, sont bornés par de formidables barrières naturelles. À l'est s'étend le vaste océan Pacifique. Au sud et au sud-ouest, l'Himalaya imposant offrait une frontière presque infranchissable. Et au nord et à l'ouest s'étendent les steppes arides et les déserts hostiles de l'Asie centrale, foyer de cultures radicalement différentes de celles des Chinois sédentaires et agriculteurs. Cet isolement relatif permit à la Chine de développer un sens unique et puissant d'elle-même. Pendant une grande partie de son histoire, les Chinois ne connurent aucune autre civilisation de taille ou de sophistication comparables. Cela favorisa l'idée de Zhongguo, le « Royaume du Milieu » ou « État Central », un royaume au centre du monde civilisé, entouré de « barbares ». Ce n'était pas simplement de l'arrogance, mais une vision du monde façonnée par des millénaires d'expérience où la Chine était, pour tous les effets pratiques, l'univers culturel dominant de l'Asie de l'Est.

Un thème récurrent et central tout au long de l'histoire chinoise est la relation dynamique et souvent tourmentée entre les Chinois agriculteurs du cœur du pays et les peuples nomades des steppes du nord. Ce n'était pas simplement une affaire de « nous contre eux ». C'était un complexe jeu d'interactions entre conflit, commerce, tribut et fusion culturelle qui a profondément façonné les deux camps. Les Chinois sédentaires, avec leurs cités, leurs fermes et leur bureaucratie, voyaient souvent les pasteurs cavaliers du nord comme une menace persistante. En effet, les incursions et invasions venues du nord sont un facteur constant du récit historique, menant à la construction d'ouvrages défensifs massifs comme la Grande Muraille. Cependant, cette relation était aussi symbiotique. La Chine avait besoin des nomades pour les chevaux, cruciaux pour sa propre cavalerie, et d'autres produits des steppes, tandis que les nomades désiraient le grain, la soie et les produits manufacturés chinois. Cette interaction séculaire mena à des périodes de conquête, où des chefs nomades régnèrent sur une partie ou la totalité de la Chine, mais aussi à un processus progressif d'échange culturel qui enrichit et modifia ce qu'être Chinois signifiait.

Le principe organisateur fondamental de l'histoire politique chinoise est le cycle dynastique. L'idée, profondément ancrée dans la pensée historique chinoise, est que l'histoire ne progresse pas en ligne droite, mais en cercles. Une nouvelle dynastie, souvent fondée par un puissant chef rebelle, s'emparait du pouvoir, rétablissait l'ordre et gouvernait avec justice. Dans ses premières années, la dynastie était vigoureuse et prospère. Mais avec le temps, des générations d'empereurs pouvaient devenir complaisantes et corrompues. Les coûts de l'entretien de la cour et de l'armée entraînaient une hausse des impôts sur la paysannerie. Les travaux publics tombaient en ruine, et le gouvernement devenait moins efficace. Cette décadence interne était perçue comme un signe que la dynasty perdait son aptitude morale à régner.

Cette aptitude morale reçut un nom politique et philosophique : le Mandat du Ciel (Tianming). Cet ingénieux concept, formulé pour la première fois par la dynastie Zhou pour justifier son renversement des Shang, postule que le Ciel accorde un droit divin de régner à un chef juste et vertueux, le « Fils du Ciel ». L'autorité de ce souverain était absolue, mais elle n'était pas inconditionnelle. Lui et sa dynastie étaient censés gouverner pour le bien du peuple. Si une dynastie devenait tyrannique et incompétente, on croyait que le Ciel manifesterait son mécontentement par des catastrophes naturelles comme les inondations, les famines et les tremblements de terre. Ces calamités étaient des signes que le Mandat avait été révoqué, donnant un droit légitime de rébellion à ceux qui renverseraient le régime défaillant. Une rébellion réussie était la preuve ultime que le Mandat du Ciel était passé à une nouvelle maison plus digne, et le cycle recommençait. Ce concept était incroyablement puissant, fournissant à la fois une justification pour l'ordre établi et une raison pour son renversement violent. Cela signifiait aussi qu'un paysan pouvait, en théorie, devenir empereur s'il obtenait le Mandat, une voie de mobilité sociale réalisée par les fondateurs de plusieurs grandes dynasties.

Dans ce cadre cyclique de dynasties montantes et déclinantes, un autre rythme clé est l'oscillation entre périodes d'unité et de fragmentation. Le long récit de l'histoire chinoise est ponctué par de glorieuses époques de paix et de stabilité sous un unique et puissant gouvernement impérial, comme les dynasties Han, Tang et Song. Ce furent souvent des âges d'or de réalisations culturelles, de prospérité économique et d'expansion territoriale. Cependant, ces périodes d'unité étaient invariablement suivies de temps d'effondrement, de guerre civile et de division, comme la période des Royaumes combattants et l'époque des Trois Royaumes. La célèbre phrase d'ouverture du roman historique Roman des Trois Royaumes capture parfaitement cette dynamique : « L'empire, longtemps divisé, doit s'unir ; longtemps uni, doit se diviser. » Cette tension constante entre forces centripètes tirant l'empire ensemble et forces centrifuges le déchirant est l'un des drames les plus captivants de l'histoire chinoise.

Sous les structures politiques et sociales de la Chine reposaient de puissantes traditions intellectuelles et philosophiques qui émergèrent pendant une période de profond tumulte connue sous le nom des « Cent Écoles de pensée ». De ce terrain intellectuel fertile naquirent les trois piliers les plus durables de la pensée chinoise : le Confucianisme, le Daoïsme et le Légisme. Ce n'étaient pas de simples systèmes philosophiques abstraits ; c'étaient des réponses pratiques à la question de savoir comment créer une société stable et harmonieuse.

Le Confucianisme, basé sur les enseignements du sage Confucius, devint l'idéologie la plus influente de l'histoire chinoise. C'est une philosophie éthique et politique axée sur la création d'un ordre social par la culture de la vertu personnelle et le maintien de relations sociales appropriées. Il met l'accent sur la piété filiale, le respect des aînés et de l'autorité, et l'importance de l'éducation. L'idéal confucéen était le junzi, ou « homme de bien », qui sert l'État non pour un gain personnel mais par sens du devoir et de la droiture morale. Pendant des siècles, ses doctrines formèrent la base des examens de la fonction publique, créant une classe de lettrés-fonctionnaires qui administraient l'empire.

Si le Confucianisme représentait l'appel à la responsabilité sociale, le Daoïsme (ou Taoïsme) offrait un contrepoint spirituel et philosophique. Associé à la figure semi-légendaire Laozi, le Daoïsme met l'accent sur la vie en harmonie avec le Dao, la « Voie » naturelle et spontanée de l'univers. Il prône la simplicité, l'humilité et le wu wei, souvent traduit par « non-agir » ou « action sans effort », qui consiste à se conformer au flux naturel des événements plutôt que de lutter contre lui. Le Daoïsme offrait un refuge face aux hiérarchies rigides et aux devoirs exigeants de la société confucéenne, célébrant la connexion de l'individu au monde naturel.

La troisième grande philosophie, le Légisme, était une école de pensée bien plus pragmatique et impitoyable. Les Légistes avaient peu de patience pour l'accent confucéen sur la morale ou la focalisation daoïste sur la nature. Ils croyaient que la nature humaine était fondamentalement égoïste et que le seul moyen de maintenir l'ordre était un État fort et centralisé avec un système rigide de lois, de récompenses et de châtiments sévères. Ce fut cette philosophie résolument sans sentimentalité que l'État de Qin utilisa pour écraser ses rivaux, mettre fin au chaos sanglant de la période des Royaumes combattants et forger le premier empire chinois unifié. Bien que le Légisme en tant que doctrine d'État officielle fut de courte durée, son accent sur le pouvoir absolu et l'importance de l'État laisserait une empreinte durable sur la pratique politique chinoise. Plus tard, un autre puissant système de pensée, le Bouddhisme, arriverait d'Inde, introduisant de nouveaux concepts de karma, de renaissance et de salut qui se mêleraient à ces traditions natives et les influenceraient profondément.

Ce livre guidera le lecteur à travers le déploiement de ces thèmes à travers le grand balayage du temps. Nous commencerons à l'aube de la civilisation chinoise, explorant la semi-mythique dynastie Xia et les Shang qui lui succédèrent, dont les souverains consultaient les esprits à travers les os oraculaires. Nous assisterons à la longue et fondatrice dynastie Zhou, qui donna naissance au Mandat du Ciel et aux grandes écoles philosophiques. Le récit mènera ensuite à l'unification monumentale de la Chine sous Qin Shi Huang, le redoutable Premier Empereur, gardé dans la mort par sa silencieuse Armée de Terre Cuite.

De là, nous voyagerons le long de la Route de la Soie avec la grande dynastie Han, qui consolida le système impérial et étendit la portée de la Chine au cœur de l'Asie centrale. Nous endurerons les siècles chaotiques de désunion qui suivirent, un âge d'héroïsme et de conflits qui inspira des récits épiques. Nous verrons comment la foi étrangère du Bouddhisme se répandit et devint une force majeure de la culture chinoise. Le voyage se poursuit avec la réunification de la Chine sous les Sui et le subsequent âge d'or cosmopolite des Tang, une ère de pouvoir, de poésie et d'art sans pareil. Nous explorerons ensuite la raffinée et savante dynastie Song, un âge de remarquables avancées scientifiques et technologiques, suivi du choc de la conquête par les cavaliers mongols sous Kubilai Khan.

Ensuite, nous assisterons à la restauration du pouvoir chinois natif avec l'avènement de la dynastie Ming, l'âge des grandes expéditions maritimes et de la construction de la Cité Interdite. Nous verrons le dernier chapitre impérial commencer avec la conquête par les Mandchous, qui établirent le grand empire Qing. L'histoire prend alors un tour dramatique alors que la dynastie Qing, dans son déclin, entre en collision avec les puissances agressives et technologiquement supérieures de l'Occident, menant aux Guerres de l'Opium, aux traités inégaux et à d'immenses troubles internes. Ce « siècle d'humiliation » mènerait finalement à l'effondrement du système impérial vieux de deux mille ans lors de la révolution de 1911. Les chapitres finaux de notre histoire navigueront à travers le XXe siècle turbulent : la fragile nouvelle république, l'essor du Parti Communiste sous Mao Zedong, les profonds bouleversements du Grand Bond en Avant et de la Révolution Culturelle, et enfin, l'ère de la réforme et de l'ouverture qui a transformé la Chine en la puissance mondiale qu'elle est aujourd'hui.

L'histoire de la Chine est l'histoire d'une civilisation qui a continuellement lutté avec des questions fondamentales de gouvernance, d'identité et de sa place dans le monde. C'est une histoire marquée à la fois par des réalisations à couper le souffle et par des souffrances humaines profondes. Son passé n'est pas une relique lointaine et poussiéreuse ; c'est une force vivante qui continue de façonner le présent de la nation et influencera sans doute son avenir. Comprendre cette longue, complexe et fascinante histoire est plus important que jamais, car elle offre un contexte indispensable pour comprendre notre monde de plus en plus interconnecté.


CHAPITRE UN : L’Aube de la Civilisation : Préhistoire et Dynastie Xia

L’histoire de la Chine ne commence pas avec le premier empereur ou la première dynastie, mais dans les temps profonds de la préhistoire. Bien avant l’avènement de l’écriture ou des villes, les terres qui deviendraient un jour la Chine abritaient les premiers ancêtres humains. Dans un système de grottes à Zhoukoudian, près de l’actuelle Pékin, des archéologues mirent au jour dans les années 1920 les restes fossilisés de l’un des plus anciens spécimens connus d’Homo erectus. Surnommé « l’Homme de Pékin », ces hominines habitèrent la région entre 770 000 et 230 000 ans avant notre ère. Les découvertes de Zhoukoudian furent majeures, incluant des outils en pierre et des indices suggérant la maîtrise du feu, repoussant considérablement la chronologie de l’activité humaine en Asie de l’Est. Si les fossiles originaux furent tragiquement perdus pendant le chaos de la Seconde Guerre mondiale, le site reste une fenêtre essentielle sur le passé paléolithique, une époque où les premiers humains vivaient comme chasseurs-cueilleurs, survivant dans un monde de hyènes géantes et de tigres à dents de sabre.

Des milliers de générations passèrent, et les calottes glaciaires du dernier maximum glaciaire reculèrent, laissant place à un climat plus chaud et plus humide. Ce changement global prépara le terrain pour la Révolution néolithique, un moment charnière de l’histoire humaine où des bandes dispersées de chasseurs-cueilleurs commencèrent à se sédentariser et à domestiquer plantes et animaux. En Chine, cette transition ne se produisit pas en un seul lieu mais survint indépendamment dans différentes régions, donnant naissance à une mosaïque de cultures néolithiques uniques et dynamiques. Les deux berceaux les plus significatifs de la civilisation chinoise furent les grandes vallées fluviales : le Fleuve Jaune au nord et le Yangtsé au sud. Cette double origine est cruciale pour comprendre la diversité et la richesse de la culture chinoise primitive.

Dans les hautes terres semi-arides de lœss de la vallée du Fleuve Jaune, la culture principale n’était pas le riz, mais le millet, une céréale robuste bien adaptée au climat. L’une des cultures les plus anciennes et les plus répandues à y émerger fut celle de Yangshao, qui prospéra d’environ 5000 à 3000 av. J.-C. Le peuple de Yangshao était des agriculteurs sédentaires vivant dans des villages organisés, souvent semi-souterrains et disposés autour d’un espace commun central. Le site archéologique de Banpo, près de l’actuelle Xi’an, offre un aperçu remarquable de la vie à Yangshao, révélant un établissement entouré d’un fossé défensif, avec des zones résidentielles et funéraires distinctes. Le peuple de Yangshao est surtout célèbre pour sa poterie peinte distinctive. Les artisans, travaillant sans tour de potier, enroulaient et façonnaient de l’argile rouge en divers récipients, qu’ils décoraient ensuite de motifs géométriques élégants, et parfois de poissons stylisés et de visages humains, avec des pigments noirs et rouges.

Avec le temps, la culture de Yangshao céda la place ou fut absorbée par la culture de Longshan, qui domina la moyenne et basse vallée du Fleuve Jaune d’environ 3000 à 1900 av. J.-C. La période de Longshan marqua une augmentation significative de la complexité sociale et des avancées technologiques. L’une des innovations les plus révélatrices fut le tour de potier, qui permit la création d’une poterie noire exceptionnellement fine et lustrée, parfois appelée poterie « coquille d’œuf » pour sa construction délicate. Cette vaisselle, à la surface sombre et polie, contrastait fortement avec la poterie peinte de Yangshao. Le peuple de Longshan commença également à construire des établissements plus vastes et plus permanents, protégés par d’immenses murs de terre battue, une technique de construction qui serait utilisée en Chine pendant des millénaires. La présence de ces fortifications, ainsi que des armes déterrées, suggère une augmentation des conflits et des guerres entre chefferies rivales. La stratification sociale devenait également plus prononcée, avec une distinction nette entre l’élite et le peuple visible dans les coutumes funéraires.

Pendant que les cultures du nord fondées sur le millet se développaient, une civilisation distincte et tout aussi significative s’élevait dans le delta chaud et marécageux du Yangtsé, centrée sur la culture du riz. La culture d’Hemudu (v. 5500–3300 av. J.-C.) fournit l’une des premières preuves de riz domestiqué dans le monde. Le peuple d’Hemudu s’adapta à son environnement humide en construisant ses maisons sur pilotis et était habile dans le travail du bois et la sculpture sur ivoire. Comme leurs contemporains du nord, ils produisirent un type distinct de poterie, une vaisselle noire épaisse souvent décorée de motifs incisés.

Après Hemudu vint la remarquable culture de Liangzhu (v. 3300–2300 av. J.-C.), qui représenta un apogée du développement néolithique dans la région du Yangtsé. Le peuple de Liangzhu construisit des sociétés sophistiquées, comme en témoignent les ruines d’une immense cité ancienne dotée d’un système complexe de gestion de l’eau. Ce qui distinguait vraiment Liangzhu, cependant, était sa maîtrise du jade. Le jade est une pierre incroyablement dure qui ne peut être sculptée mais doit être minutieusement meulée et abrasée. Les artisans de Liangzhu créèrent de superbes objets cérémoniels, principalement le cong et le bi. Le cong est un tube extérieur carré avec un trou intérieur circulaire, ses coins souvent décorés de mystérieux visages masqués. Le bi est un disque plat et circulaire avec un trou au centre. Ces objets furent enterrés en grand nombre dans des tombes d’élite, possédant clairement une immense importance rituelle et sociale. Bien que leur signification exacte soit perdue dans le temps, des textes ultérieurs associent le cong à la terre et le bi au ciel. L’ampleur de la production et le niveau artistique indiquent une société fortement stratifiée avec des dirigeants puissants capables de commander d’immenses ressources et une main-d’œuvre considérable. La culture de Liangzhu, cependant, semble s’être effondrée subitement il y a environ 4 300 ans, peut-être en raison d’inondations catastrophiques du Yangtsé.

Au fur et à mesure que ces sociétés néolithiques complexes s’élevaient et déclinaient, elles jetèrent les bases des mythes et légendes qui formeraient le socle de la conscience historique chinoise. La tradition chinoise ne commence pas avec les cultures archéologiques mais avec une série de rois-sages divins auxquels on attribue l’invention des éléments essentiels de la civilisation. Ce sont les Trois Souverains et les Cinq Empereurs, figures qui habitent l’espace flou entre mythe et histoire. Des figures comme Fuxi, qui aurait domestiqué les animaux et inventé les trigrammes utilisés dans la divination ; Shennong, le Divin Agriculteur qui apprit aux gens l’agriculture et la médecine par les plantes ; et l’Empereur Jaune (Huangdi), vénéré comme l’ancêtre commun de tous les Chinois Han, sont des héros culturels dont les histoires expliquent les origines du monde chinois.

Après ces figures divines vinrent les trois grands rois-sages : Yao, Shun et Yu. Yao et Shun sont présentés dans la tradition confucéenne comme des modèles de vertu et de sagesse. Leur acte le plus célèbre fut de rejeter le principe de l’hérédité, choisissant plutôt de transmettre le pouvoir à l’homme le plus digne et le plus capable du royaume, et non à leurs propres fils. Yao, reconnaissant la vertu et la capacité de Shun, un humble roturier, abdiqua le trône en sa faveur. Shun, à son tour, transmettrait plus tard le trône à son brillant ministre, Yu. Cet âge d’or du règne méritocratique demeura un idéal puissant tout au long de l’histoire chinoise, une référence contre laquelle tous les dirigeants ultérieurs seraient jugés.

L’histoire de Yu est inséparable d’un événement cataclysmique qui menaça de détruire la civilisation chinoise naissante : une grande inondation. Selon les textes classiques, le Fleuve Jaune sortit de son lit dans un déluge d’une ampleur inimaginable, submergeant les collines et menaçant les cieux eux-mêmes. Pendant des années, le peuple souffrit. L’empereur Shun chargea d’abord le père de Yu, Gun, de maîtriser les eaux. Gun passa neuf ans à construire des digues et des barrages pour bloquer le flot, mais ses efforts furent un échec catastrophique ; les eaux ne firent que monter plus haut. Après l’échec de Gun, Shun désigna son fils, Yu, pour entreprendre cette tâche monumentale. Tirant les leçons des erreurs de son père, Yu n’essaya pas de bloquer l’eau mais de la guider. Pendant treize ans, il parcourut le pays, travaillant aux côtés du peuple, creusant des canaux, approfondissant les rivières et dirigeant les eaux de la crue vers la mer. La légende raconte son abnégation héroïque ; il passa devant sa propre maison trois fois au cours de ses longs travaux mais n’y entra jamais, tant il était dévoué à sa tâche. Son succès à dompter le déluge fit de lui un héros d’une stature sans pareille, et en signe de gratitude, Shun lui transmit le trône, faisant de lui Yu le Grand.

Avec Yu le Grand, la frontière entre mythe et histoire commence à s’estomper vers quelque chose de plus concret. Ses efforts monumentaux pour contrôler le déluge nécessitèrent l’organisation du travail à une échelle massive sur un vaste territoire, une entreprise considérée comme l’acte fondateur de la formation de l’État. Après avoir sauvé son peuple et organisé le pays en neuf provinces, Yu établit la première dynastie de l’histoire chinoise traditionnelle : les Xia. Dans un geste décisif qui définirait la politique chinoise pour les quatre mille années suivantes, Yu rompit avec la tradition de Yao et Shun. Au lieu de transmettre le pouvoir à son ministre le plus capable, il le transmit à son fils, Qi. Cet acte établit le principe de la succession héréditaire, la pierre angulaire du système dynastique.

Pendant une grande partie du vingtième siècle, les historiens et les archéologues, en particulier en Occident, considérèrent la dynastie Xia comme peu plus qu’un mythe fondateur, une période légendaire inventée par la dynastie Zhou ultérieure pour justifier son propre règne. Il n’existait aucun document écrit contemporain des Xia, et tous les récits à son sujet furent rédigés des centaines d’années plus tard, notamment dans les Mémoires du Grand Historien de Sima Qian, datant de la dynastie Han. Ce scepticisme commença à changer radicalement avec la découverte et la fouille d’un vaste site de l’âge du bronze à Erlitou, dans la vallée de la rivière Yiluo dans la province du Henan, mis au jour pour la première fois en 1959.

La culture d’Erlitou, qui prospéra d’environ 1900 à 1500 av. J.-C., se situe à la bonne époque et au bon endroit pour être la dynastie Xia historique décrite dans les textes anciens. Bien qu’aucune inscription n’ait été trouvée à Erlitou qui la nomme explicitement comme la capitale des Xia, les preuves archéologiques indiquent une société étatique sophistiquée et puissante. Les archéologues ont mis au jour les fondations de grandes structures ressemblant à des palais, des sépultures d’élite contenant de précieux objets en jade, et, surtout, l’une des plus anciennes fonderies de bronze de Chine. La capacité d’extraire, de fondre et de couler le bronze fut une technologie transformatrice, et les dirigeants d’Erlitou monopolisèrent la production de récipients rituels en bronze.

Parmi les artefacts les plus significatifs d’Erlitou figurent les jue en bronze, des récipients élégants à trois pieds utilisés pour servir du vin lors des rituels. Ces vases, avec leur bec distinctif et leurs petits montants, représentent un bond technologique et culturel majeur par rapport à la poterie néolithique antérieure et étaient probablement des symboles de pouvoir politique et religieux. Le processus de coulée, utilisant des moules complexes en céramique à plusieurs pièces, était un secret jalousement gardé qui permettait à l’élite de contrôler les rituels les plus importants reliant le monde humain au monde des esprits. Une autre découverte spectaculaire d’Erlitou est un objet en forme de dragon de plus de deux pieds de long, ingénieusement fabriqué à partir de plus de 2 000 minuscules morceaux de turquoise. Il s’agit de l’une des plus anciennes représentations connues d’un dragon chinois, un symbole puissant qui serait associé au pouvoir impérial pour le reste de l’histoire chinoise.

La société d’Erlitou était probablement un royaume ou une chefferie suprême qui exerçait son contrôle sur un réseau de villages plus petits environnants. C’était une société stratifiée, avec une classe dirigeante qui avait accès à des biens de luxe comme le bronze et le jade et commandait la main-d’œuvre nécessaire à la construction de grands bâtiments palatiaux. Elle semble avoir été le centre politique le plus dominant de son époque dans la région, jetant les bases de la civilisation urbaine plus élaborée de la dynastie Shang suivante. Les fortes preuves circonstancielles ont conduit la plupart des archéologues en Chine à assimiler la culture d’Erlitou à la dynastie Xia historique, la transformant d’une période légendaire en une réalité archéologique tangible.

Tout comme les histoires traditionnelles racontent la fondation héroïque des Xia, elles rapportent également leur déclin et leur chute. Le dernier roi des Xia était un homme nommé Jie. Il est dépeint dans les archives historiques comme le stéréotype du « mauvais dernier dirigeant » — un tyran décadent, cruel et licencieux qui avait perdu toute autorité morale pour gouverner. On dit qu’il se livra à des projets extravagants, notamment la construction d’un palais pour sa concubine favorite et celle d’un lac de vin sur lequel ils pouvaient flotter en bateau. Cette négligence des affaires de l’État et l’oppression du peuple furent considérées comme un signe que les Xia avaient épuisé leur droit divin de régner. Alors que la cruauté et l’incompétence de Jie grandissaient, un nouveau pouvoir s’élevait à l’est. Le chef de la tribu Shang, un homme nommé Tang, reconnut la faiblesse des Xia. Invoquant la tyrannie de Jie, Tang leva une armée et, lors d’une bataille décisive, renversa les Xia et établit sa propre dynastie. Le cycle avait tourné, et un nouveau chapitre de l’histoire de la Chine allait commencer.


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