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Une histoire du bouddhisme

Table des matières

  • Introduction
  • Chapitre 1 La vie de Siddhartha Gautama
  • Chapitre 2 Le premier sermon et les Quatre Nobles Vérités
  • Chapitre 3 La formation du Sangha et les premiers conciles
  • Chapitre 4 L'empereur Ashoka et le patronage de l'Empire maurya
  • Chapitre 5 Le développement du bouddhisme théravada
  • Chapitre 6 L'essor du bouddhisme mahayana
  • Chapitre 7 Nagarjuna et la philosophie du vide (Śūnyatā)
  • Chapitre 8 Les grandes universités bouddhiques de l'Inde : Nalanda et Vikramashila
  • Chapitre 9 Le voyage du bouddhisme le long de la Route de la Soie
  • Chapitre 10 L'arrivée et la sinisation du bouddhisme en Chine
  • Chapitre 11 L'émergence du bouddhisme Chan (Zen) en Chine
  • Chapitre 12 Le bouddhisme en Corée et son âge d'or
  • Chapitre 13 L'introduction du bouddhisme au Japon : périodes de Nara et de Heian
  • Chapitre 14 Le développement du bouddhisme Zen, de la Terre Pure et de Nichiren au Japon
  • Chapitre 15 La propagation du bouddhisme au Tibet et l'essor du Vajrayana
  • Chapitre 16 Les traditions théravada du Sri Lanka et de l'Asie du Sud-Est
  • Chapitre 17 Le déclin du bouddhisme en Inde
  • Chapitre 18 L'art et l'architecture bouddhiques : stupas, viharas et mandalas
  • Chapitre 19 Écritures clés : le Canon pali et les soutras mahayana
  • Chapitre 20 La rencontre avec l'Occident : colonialisme et orientalisme naissant
  • Chapitre 21 La transmission du bouddhisme en Europe et dans les Amériques
  • Chapitre 22 Le bouddhisme socialement engagé au XXe siècle
  • Chapitre 23 Le mouvement moderne de la pleine conscience
  • Chapitre 24 Figures contemporaines : le Dalaï-Lama et Thich Nhat Hanh
  • Chapitre 25 Le bouddhisme au XXIe siècle : défis et transformations

Introduction

Le bouddhisme, une tradition qui a façonné des civilisations et guidé d'innombrables individus pendant plus de deux millénaires, est aujourd'hui suivi par plus de 500 millions de personnes dans le monde. Il a commencé dans le nord de l'Inde il y a plus de 2 500 ans avec l'éveil d'un homme nommé Siddhartha Gautama. Né prince, il quitta une vie de luxe pour chercher la véritable nature de l'existence après avoir été confronté aux réalités de la vieillesse, de la maladie et de la mort. Par une méditation profonde, il est dit qu'il réalisa les causes fondamentales de la souffrance et, plus important encore, le chemin vers sa cessation. À son illumination, il devint connu sous le nom de Bouddha, ce qui se traduit par « l'Éveillé ». Pendant les quarante-cinq années suivantes, il voyagea et enseigna une voie de libération du samsara, le cycle sans fin de la naissance, de la souffrance et de la mort.

Ce que le Bouddha enseigna n'était pas un système de croyance à accepter sur la foi seule, mais plutôt une approche pragmatique pour comprendre la nature de nos propres esprits. On peut le voir comme une religion, une philosophie ou un mode de vie, et ses principes fondamentaux sont conçus pour être investigués et réalisés par l'expérience personnelle. Au cœur de ses enseignements se trouvent des concepts qui diagnostiquent la condition humaine et offrent un remède pratique. Ceux-ci incluent l'idée de karma, où les actions ont des conséquences qui influencent nos expériences, et la compréhension de l'impermanence (anicca), le principe que toutes choses sont en un état constant de flux. Une autre vision clé est celle du non-soi (anattā), qui suggère qu'il n'y a pas d'âme ou d'identité fixe et immuable. Le but ultime de ces enseignements est d'atteindre le nirvana, un état de paix profonde et de liberté de toute souffrance.

Au fil des siècles, alors que le bouddhisme se répandait depuis sa patrie indienne, il évolua et s'adapta à des paysages culturels divers. Cela a résulté en une riche tapisserie de traditions, chacune avec sa propre emphase et ses propres pratiques. Les trois principales branches qui émergèrent sont le Theravada, le Mahayana et le Vajrayana. Le Theravada, qui signifie « la Voie des Anciens », est l'école la plus conservatrice et est prédominante dans des pays tels que le Sri Lanka, la Thaïlande et le Cambodge. Le Mahayana, ou le « Grand Véhicule », est la plus grande branche du bouddhisme et est principalement pratiqué dans les pays d'Asie de l'Est comme la Chine, le Japon et la Corée. Le Vajrayana, également connu sous le nom de « Véhicule de Diamant », est une forme de Mahayana qui s'est développée dans les régions himalayennes et est le plus étroitement associée au bouddhisme tibétain.

Le voyage historique du bouddhisme est aussi multiforme que ses écoles philosophiques. Pendant ses deux premiers siècles, la tradition resta largement confinée au nord de l'Inde. Un moment charnière dans son expansion survint sous le règne de l'empereur Ashoka au IIIe siècle avant notre ère. Après une période de conquête brutale, Ashoka adopta les principes bouddhistes de non-violence et de compassion, les faisant devenir la pierre angulaire de son vaste empire. On dit qu'il envoya des missionnaires bouddhistes à travers l'Inde et jusqu'au Sri Lanka, en Asie du Sud-Est et même en Afrique du Nord, initiant la transformation du bouddhisme en religion mondiale.

Depuis l'Inde, les enseignements bouddhiques suivirent les routes commerciales animées de la Route de la soie vers l'Asie centrale et éventuellement la Chine, où il fut introduit sous la dynastie Han. Au VIIe siècle de notre ère, il avait eu un impact significatif sur la culture chinoise, interagissant avec et influençant des traditions natives comme le confucianisme et le daoïsme. De Chine, le bouddhisme se répandit en Corée vers le IVe siècle de notre ère, puis au Japon au VIe siècle, où il continua de se développer de manière unique. Un courant distinct de pensée et de pratique, la tradition Theravada, fit son chemin depuis le Sri Lanka vers l'Asie du Sud-Est, devenant la forme dominante de bouddhisme dans de nombreuses parties de la région au XIIIe siècle. Pendant ce temps, une forme vibrante de Mahayana connue sous le nom de Vajrayana s'enracina au Tibet vers le VIIIe siècle.

Cet ouvrage retracera l'histoire remarquable du bouddhisme, depuis ses origines dans l'Inde ancienne jusqu'à son statut actuel de foi mondiale. Nous explorerons la vie de son fondateur, le développement de ses doctrines fondamentales et la formation de ses principales écoles. Nous suivrons son voyage complexe à travers les continents, examinant comment il a été façonné par et, en retour, a façonné les sociétés qu'il a rencontrées. C'est une histoire d'innovation philosophique, d'échange culturel et de la quête humaine durable pour la sagesse et la paix intérieure.


CHAPITRE UN : La vie de Siddhartha Gautama

L'histoire du bouddhisme ne commence pas par une révélation divine venue des cieux, mais par la vie d'un homme. Avant d'être le Bouddha, « l'Éveillé », il était Siddhartha Gautama, un prince du clan Shakya, vivant dans un monde en profonde effervescence spirituelle. Pour comprendre son parcours, nous devons d'abord comprendre le monde dans lequel il est né, au VIe ou Ve siècle avant notre ère. La plaine du Gange, dans le nord de l'Inde, était un marché bouillonnant d'idées. L'autorité ancienne de la religion védique, avec ses rituels élaborés et son puissant sacerdoce brahmanique, était contestée de toutes parts. Une nouvelle vague de penseurs et de mystiques, connus sous le nom de śramaṇas, ou « chercheurs » (littéralement « ceux qui s'efforcent »), avait abandonné la vie sédentaire du foyer et du village. Ils étaient des errants, des ascètes et des philosophes, chacun proposant une voie différente vers la liberté spirituelle, ou moksha, pour s'affranchir du cycle sans fin et lassant de la renaissance connu sous le nom de samsara.

Ces maîtres errants remettaient tout en question, de la nature du soi à l'efficacité des sacrifices sacerdotaux. Leur vision du monde était façonnée par le concept de karma, la loi universelle de cause à effet selon laquelle les actions de cette vie détermineraient les circonstances de la suivante. C'était un paysage de questionnements existentiels profonds, une société aux prises avec les problèmes fondamentaux de la vie, de la mort et de la souffrance. C'est dans ce monde vibrant, en quête de sens, que Siddhartha est né, destiné non pas simplement à rejoindre l'une de ces écoles philosophiques, mais à tracer une voie si révolutionnaire qu'elle allait redessiner la carte spirituelle de l'Asie et, éventuellement, du monde. Son histoire de vie, telle qu'elle a été transmise à travers les générations, est un mélange riche d'histoire vérifiable, de légende archétypale et de métaphore psychologique profonde, un récit conçu non seulement pour informer, mais pour inspirer.

Le récit traditionnel de sa naissance est enveloppé de signes auspices et de merveilles célestes. Son père était Śuddhodana, un roi ou chef du peuple Shakya, dont la petite république se trouvait dans les contreforts fertiles de l'Himalaya, dans ce qui est aujourd'hui le Népal moderne. Sa mère était la reine Māyā, renommée pour sa grâce et sa compassion. L'histoire commence par un rêve. Une nuit, la reine rêva qu'un magnifique éléphant blanc, symbole puissant de pureté et de royauté dans l'Inde antique, descendait des cieux et pénétrait dans son flanc droit sans lui causer aucune douleur. Lorsque les devins de la cour furent consultés, leur interprétation fut unanime et stupéfiante : la reine avait conçu un fils destiné à l'une de deux grandes voies. Il deviendrait soit un chakravartin, un monarque universel qui régnerait sur le monde entier avec justice et puissance, soit il renoncerait au monde pour devenir un Bouddha, un être pleinement éveillé qui montrerait à toute l'humanité le chemin de la libération.

À l'approche de l'accouchement, la reine Māyā se mit en route vers la maison de ses parents, comme le voulait la coutume. Son voyage la fit traverser une belle forêt d'arbres Sal dans un jardin appelé Lumbini. Comme elle tendait la main pour saisir une branche, l'enfant naquit, émergeant non pas de la manière habituelle, mais sans douleur depuis son flanc. Les légendes racontent que l'enfant se leva immédiatement, fit sept pas, et à chaque pas une fleur de lotus s'épanouit sur le sol sous ses pieds. Il leva alors une main vers les cieux, l'autre vers la terre, et déclara d'une voix de lion : « Je suis le chef du monde, je suis l'aîné du monde, je suis le premier du monde. C'est ma dernière naissance. Il n'y a plus désormais de devenir. » Tragiquement, sa mère, la reine Māyā, mourut juste sept jours après sa naissance, et l'enfant fut élevé par sa tante aimante, Prajāpatī.

La prophétie des devins plaça le roi Śuddhodana dans une position délicate. Si la perspective de voir son fils devenir un Bouddha était sans doute un honneur spirituel, le roi était un souverain terrestre. Son cœur penchait pour le premier destin : que son fils suive ses traces et devienne un grand empereur, un monarque tourne-roue qui unifierait le monde sous son règne bienveillant. Consumé par cette ambition, le roi décida de truquer le jeu. Si la prophétie stipulait que son fils renoncerait au monde seulement après en avoir vu la souffrance, la solution était simple : le garçon ne verrait jamais la souffrance. Il serait complètement isolé des dures réalités de l'existence humaine.

C'est ainsi que commença l'une des enfances les plus dorées de l'histoire. Siddhartha fut élevé dans l'enceinte luxueuse de trois magnifiques palais, un pour chaque saison. Tous les plaisirs imaginables étaient à sa portée. Il était entouré de beauté, de musique et de rires. Ses moindres besoins étaient satisfaits, ses moindres désirs anticipés. Les serviteurs étaient tous jeunes et en bonne santé ; aucun signe de vieillesse ou d'infirmité n'était permis en sa présence. Même les fleurs fanées étaient balayées des allées du jardin avant qu'il ne puisse les voir se flétrir. Il reçut l'éducation la plus raffinée, maîtrisant le tir à l'arc, l'escrime et d'autres arts martiaux, ainsi que les philosophies et les sciences de son temps. Il grandit pour devenir un homme d'une intelligence, d'une force et d'une grâce exceptionnelles, un prince en apparence sans aucun souci au monde.

Pour le lier davantage à son destin terrestre, son père arrangea son mariage à l'âge de seize ans avec une belle princesse d'un royaume voisin, sa cousine Yaśodharā. Leur union fut, dit-on, heureuse et aimante, une vie de quiétude domestique entre les murs parfumés du palais. Pendant treize ans, ils vécurent cette vie de perfection soigneusement entretenue, et finalement, Yaśodharā donna naissance à un fils. À l'annonce de la nouvelle, Siddhartha aurait déclaré : « Rāhula jāto, bandhanam jātam », ce qui signifie : « Un rāhula est né, un frein est apparu. » Le nom Rāhula, signifiant « frein » ou « obstacle », en disait long. Autant qu'il aimât son fils, il voyait en l'enfant un lien de plus, une autre chaîne magnifique le rattachant à une vie qu'il commençait à soupçonner être un beau mensonge.

Malgré les meilleurs efforts de son père, les murs du palais ne purent contenir éternellement la curiosité grandissante de Siddhartha. Un sentiment lancinant d'inquiétude, l'impression que quelque chose d'essentiel lui était caché, commença à prendre racine dans son cœur. Il brûlait de voir le monde au-delà des portes, le monde de ses sujets. Il ordonna à son cocher, Channa, de préparer son char pour une sortie en ville. Bien que le roi ait ordonné que les rues soient débarrassées de tout spectacle désagréable, les dieux, racontent les légendes, intervinrent pour que la prophétie s'accomplisse. Lors de cette première sortie, Siddhartha rencontra un spectacle qu'il n'avait jamais vu auparavant : un vieillard frêle et décrépit, le dos courbé, la peau ridée, s'appuyant lourdement sur un bâton. Choqué, Siddhartha demanda à Channa ce qui n'allait pas chez cet homme. Channa n'eut d'autre choix que d'expliquer la réalité de la vieillesse, ajoutant que c'était le sort inévitable de tous les êtres vivants, y compris le prince lui-même.

Ce spectacle troubla profondément le prince, et les plaisirs du palais lui parurent soudain creux. Lors d'une deuxième sortie hors des murs, il vit quelque chose d'encore plus distressant : un homme gisant au bord de la route, rongé par la maladie, gémissant d'agonie. Channa expliqua la nature de la maladie, une autre vérité universelle dont nul, pas même un prince, n'est à l'abri. Les fondations du monde de Siddhartha commençaient à se fissurer. La troisième sortie porta le coup final, dévastateur. Cette fois, il vit un cortège funèbre. Quatre hommes portaient un corps inanimé sur une civière, suivis de pleureurs en larmes. Pour la première fois, Siddhartha était confronté à la réalité crue, inéluctable de la mort. La prise de conscience que la vie, pour toutes ses joies fugaces, doit se terminer ainsi le plongea dans une crise existentielle profonde. La beauté, la richesse et le pouvoir qu'il avait connus n'étaient qu'un bouclier temporaire contre une marée inévitable de souffrance.

Juste au moment où il sombrait dans le désespoir, une quatrième vision apparut. Il vit un homme à la tête rasée, vêtu d'une simple robe couleur ocre, marchant avec un calme et une sérénité admirables. Ce, lui expliqua Channa, était un śramaṇa, un ascète sans domicile qui avait renoncé au monde en quête d'une vérité située au-delà de la portée de la vieillesse, de la maladie et de la mort. Dans l'expression paisible de l'ascète, Siddhartha ne vit pas le désespoir, mais une lueur d'espoir. Il vit une voie. Il comprit que pour comprendre la nature de la souffrance, il ne pouvait pas rester isolé d'elle. Il devait l'affronter de front. Il devait quitter le palais et se lancer dans la même quête que le serein errant.

Cette prise de conscience mena au moment charnière connu sous le nom de « Grande Renonciation ». À l'âge de vingt-neuf ans, Siddhartha prit la décision déchirante de laisser derrière lui sa vie de confort et de privilèges. Une nuit, il se rendit à l'entrée de la chambre de son épouse et posa un dernier regard sur elle et sur son fils nouveau-né, Rāhula. Sachant que s'il prenait l'enfant dans ses bras, il ne pourrait peut-être jamais partir, il se détourna. Il réveilla discrètement son fidèle cocher Channa, et tous deux chevauchèrent son cheval favori, Kanthaka, jusqu'à la lisière de la forêt. Là, il retira ses bijoux royaux, coupa ses longs cheveux avec son épée, et échangea ses soies fines contre les simples robes d'un ascète. Il renvoya Channa et Kanthaka au palais avec un message pour sa famille, puis marcha seul dans la nature sauvage, un errant sans abri en quête de la vérité ultime.

La quête d'illumination de Siddhartha ne fut pas un chemin direct ; ce fut une période d'essais et d'erreurs intenses. En tant que novice chercheur, son premier réflexe fut de trouver les maîtres les plus respectés de son époque pour apprendre d'eux. Il chercha deux maîtres renommés. Le premier, Āḷāra Kālāma, lui apprit à entrer dans un état d'absorption méditative profonde appelé la « sphère du néant ». Siddhartha maîtrisa rapidement cette technique, mais la trouva insuffisante. Elle offrait une évasion temporaire et bienheureuse du monde, mais n'éteignait pas les causes profondes de la souffrance. C'était un tranquillisant, pas un remède. Il partit, cherchant un autre guru célèbre, Uddaka Rāmaputta, qui lui enseigna un état de méditation encore plus subtil, la « sphère de ni perception ni non-perception ». Une fois de plus, Siddhartha maîtrisa la pratique avec aisance, mais parvint à la même conclusion. Ces états d'esprit élevés étaient conditionnés, impermanents, et n'étaient ultimement pas la réponse finale.

Déçu par les enseignements disponibles, Siddhartha décida de tracer sa propre voie. Il rejoignit un groupe de cinq autres ascètes qui croyaient que l'illumination pouvait être atteinte par les formes les plus extrêmes de mortification de soi. La sagesse dominante voulait que le corps soit une prison pour l'esprit, et qu'en punissant la chair, on puisse libérer l'âme. Siddhartha embrassa cette voie avec une volonté de fer qui stupéfia ses compagnons. Pendant six années éprouvantes, il soumit son corps à des épreuves inimaginables. Il pratiqua la rétention de souffle jusqu'à ressentir une pression atroce à la tête. Il s'exposa au soleil brûlant en été et au froid glacial en hiver. Plus radicalement encore, il réduisit sa consommation alimentaire jusqu'à survivre sur un seul grain de riz, un fruit de jujube ou une graine de sésame par jour. Son corps se consuma. Ses côtes ressortaient comme les chevrons d'une grange délabrée, sa colonne vertébrale était visible à travers son ventre, et les poils tombèrent de son corps. Il n'était plus qu'un squelette vivant, et il frôla la mort.

Pourtant, après tout cela, il n'était pas plus près de l'illumination. En fait, il découvrit qu'en torturant son corps, il ne faisait que torturer son esprit. Un corps affaibli ne pouvait pas soutenir la clarté et l'énergie nécessaires à une vision profonde. Un jour, alors qu'il se baignait dans une rivière, il s'évanouit de faiblesse et faillit être emporté. Cette expérience de quasi-mort provoqua une réalisation profonde. Il avait connu l'extrême de l'indulgence sensuelle dans sa vie de palais, et il venait de connaître l'extrême de la mortification de soi dans la forêt. Aucune des deux n'avait mené à la vérité. Le chemin de l'éveil, conclut-il, devait se situer quelque part entre ces deux extrêmes. Ce serait une « Voie du Milieu ».

Se restaurant, il décida d'abandonner la voie de l'ascétisme extrême. Il marcha jusqu'au village voisin, où une jeune femme nommée Sujātā, voyant son état d'émaciation, lui offrit un bol de riz au lait. Il l'accepta, et ses forces commencèrent à revenir. Ses cinq compagnons ascètes furent horrifiés. Croyant qu'il avait abandonné la quête pour revenir à une vie de luxe, ils le quittèrent avec dégoût. Maintenant complètement seul, Siddhartha ne ressentit pas le désespoir, mais un nouveau sentiment de détermination. Avec son corps nourri et son esprit clair, il marcha vers un grand arbre pipal sur les rives de la rivière Nerañjarā, en un lieu aujourd'hui connu sous le nom de Bodh Gaya. Il se fit un siège simple d'herbe et s'assit, prononçant un vœu puissant : « Que ma peau, mes nerfs et mes os se dessèchent, ainsi que toute la chair et le sang de mon corps ! Je ne bougerai pas de cet endroit jusqu'à ce que j'aie atteint la sagesse suprême et finale. »

Alors qu'il était assis en méditation profonde, la bataille finale et la plus grande pour son esprit commença. Cette lutte est personnifiée dans la tradition bouddhique comme l'assaut de Māra, une divinité puissante qui représente la tentation, l'illusion et la mort — le seigneur de toute existence mondaine. Māra ne pouvait pas permettre à Siddhartha de réussir, car atteindre l'illumination serait s'échapper entièrement de son domaine. D'abord, Māra envoya ses trois filles magnifiques — personnifications du Désir, de l'Aversion et de la Luxure — pour séduire Siddhartha et le distraire de son dessein. Mais Siddhartha resta immuable, sa concentration inébranlable. Furieux, Māra invoqua une armée terrifiante de démons, qui attaquèrent Siddhartha avec une tempête de feu, de rochers et d'armes mortelles. Pourtant, alors que les projectiles volaient vers lui, ils se transformèrent en une douce pluie de pétales de lotus. Siddhartha était protégé non par un bouclier physique, mais par la puissance de sa vertu accumulée et de sa pleine conscience inébranlable.

Finalement, dans un ultime effort, Māra contesta le droit de Siddhartha à s'asseoir même sur ce lieu, affirmant qu'il lui appartenait. « Qui est ton témoin, » demanda Māra, « que tu as le droit de chercher l'illumination ? » Les soldats démoniaques de Māra crièrent tous : « Je suis son témoin ! » Siddhartha, seul, n'avait personne pour parler pour lui. Dans un geste devenu l'un des plus emblématiques de tout l'art bouddhique, il tendit simplement la main et toucha le sol du bout des doigts de sa main droite. La terre elle-même rugit en réponse : « Je suis son témoin ! » Le sol trembla, et Māra et toute son armée s'évanouirent comme un mauvais rêve. Le prince avait vaincu les forces de son propre esprit.

Toutes les distractions vaincues, son esprit devint parfaitement calme, clair et concentré. Au fil de la nuit, il entra dans des états de concentration de plus en plus profonds, et une séquence d'insights profonds surgit. Durant la première veille de la nuit, il acquit la capacité de voir ses vies passées, d'innombrables éons de naissances et de morts, remontant à travers le temps. Il se vit comme un animal, un dieu, un roi et un mendiant, comprenant la nature sans fin et répétitive du cycle du samsara. Durant la deuxième veille de la nuit, il acquit « l'œil divin », avec lequel il pouvait voir les parcours karmiques de tous les autres êtres. Il vit comment leurs actions — bonnes et mauvaises — les conduisaient à renaître dans différents royaumes, expérimentant plaisir et douleur selon leurs actes.

Durant la troisième et dernière veille de la nuit, alors que l'étoile du matin se levait dans le ciel, il porta son attention sur les questions les plus fondamentales de toutes. Pourquoi y a-t-il de la souffrance ? Quelle en est la cause ? Comment peut-elle cesser ? Dans un éclair d'insight suprême, il perçut les Quatre Nobles Vérités et le tissu complexe de cause à effet connu sous le nom d'Origine Dépendante. Il vit avec une clarté absolue comment l'ignorance mène au désir, comment le désir mène à l'attachement, et comment l'attachement mène à toute la masse de souffrance qu'est la naissance, le vieillissement et la mort. Et en voyant la cause, il vit aussi la cessation. Il avait déraciné les fondements mêmes de l'ignorance dans son propre esprit. Les souillures du désir sensuel, du désir d'existence continue et de l'ignorance furent utterly détruites. À ce moment-là, à l'âge de trente-cinq ans, Siddhartha Gautama cessa d'être un simple chercheur. Il s'était éveillé. Il était le Bouddha.

Pendant plusieurs semaines suivant son grand éveil, le Bouddha resta dans les environs de l'Arbre de la Bodhi, « l'arbre de l'illumination », absorbant toute la profondeur et les implications de sa réalisation. L'état qu'il avait atteint, le nirvana, était une paix profonde, une extinction complète des feux de l'avidité, de la haine et de l'illusion. C'était un état au-delà des mots, au-delà des concepts. Et cela mena à un moment d'hésitation profonde. Il considéra le Dharma, la vérité qu'il avait découverte. Elle était, pensa-t-il, « profonde, difficile à voir, difficile à comprendre... subtile, à expérimenter par les sages ». Comment pourrait-il bien communiquer une réalité si profonde à un monde consumé par les passions et les attaches mondaines ? La tentative lui parut vaine, et il était enclin à simplement demeurer dans la solitude bienheureuse de sa libération.

Selon les écritures, à cette jonction cruciale, le plus haut des dieux, Brahmā Sahampati, prit conscience de l'hésitation du Bouddha. Craignant que le monde ne perde sa chance de salut, Brahmā apparut devant le Bouddha, s'agenouilla et le supplia d'enseigner. « Ô Seigneur, » l'implora-t-il, « que le Bienheureux enseigne le Dhamma ! Il y a des êtres avec peu de poussière dans les yeux qui se perdent par ne pas entendre le Dhamma. Il y en aura qui comprendront le Dhamma. » Portant sur le monde son regard empreint de compassion éclairée, le Bouddha vit que tout comme il y a différentes sortes de lotus dans un étang — certains submergés dans la boue, d'autres juste à la surface, et d'autres encore dressés hors de l'eau — il en est de même pour les gens de capacités spirituelles différentes. Il vit qu'il y avait effectivement ceux « avec peu de poussière dans les yeux » qui pouvaient comprendre son enseignement. Mû par une profonde compassion pour la souffrance de tous les êtres, il accepta la requête de Brahmā. Sa décision monumentale était prise. Il enseignerait le chemin de l'éveil, mettant en mouvement la roue du Dharma qui roulerait à travers le monde pour les millénaires à venir. Sa prochaine tâche était de trouver ses premiers étudiants, et il savait exactement où chercher : dans le parc aux cerfs de Sarnath, où les cinq ascètes qui l'avaient abandonné continuaient encore leur pratique.


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