Histoire de la Slovaquie - Sample
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Histoire de la Slovaquie

Table des matières

  • Introduction
  • Chapitre 1 Le pays et ses premiers habitants
  • Chapitre 2 L'arrivée des Slaves et la Grande-Moravie
  • Chapitre 3 La Slovaquie sous domination hongroise : le Moyen Âge
  • Chapitre 4 La menace ottomane et la domination des Habsbourg
  • Chapitre 5 L'ère des soulèvements et la rébellion de Rákóczi
  • Chapitre 6 Le réveil national slovaque et la codification de la langue slovaque
  • Chapitre 7 Les révolutions de 1848 et la lutte pour l'autonomie
  • Chapitre 8 La magyarisation et l'émigration slovaque à la fin du XIXe et au début du XXe siècle
  • Chapitre 9 La Première Guerre mondiale et la naissance de la Tchécoslovaquie
  • Chapitre 10 La Première République tchécoslovaque (1918-1938)
  • Chapitre 11 L'essor du fascisme et la Première République slovaque (1939-1945)
  • Chapitre 12 La Slovaquie pendant la Seconde Guerre mondiale
  • Chapitre 13 Le rétablissement de la Tchécoslovaquie et la prise de pouvoir communiste
  • Chapitre 14 La vie sous le régime communiste : les années 1950 et 1960
  • Chapitre 15 Le Printemps de Prague et l'ère de la « normalisation »
  • Chapitre 16 La Révolution de velours et la fin du communisme
  • Chapitre 17 La dissolution pacifique de la Tchécoslovaquie
  • Chapitre 18 La Slovaquie indépendante : les premières années de Vladimír Mečiar
  • Chapitre 19 Transition vers une économie de marché
  • Chapitre 20 Le chemin de la Slovaquie vers l'Union européenne et l'OTAN
  • Chapitre 21 La politique slovaque contemporaine au XXIe siècle
  • Chapitre 22 Développement économique et le « Tigre des Tatras »
  • Chapitre 23 Culture slovaque : traditions, arts et identité
  • Chapitre 24 Châteaux et patrimoine architectural de la Slovaquie
  • Chapitre 25 La Slovaquie aujourd'hui : défis et perspectives d'avenir

INTRODUCTION

La Slovaquie est un paradoxe, une nation à la fois ancienne et nouvelle, nichée au cœur géographique d'un continent qu'elle a contribué à façonner de manière décisive, mais dont l'histoire propre demeure souvent dans l'ombre de ses voisins plus vastes et historiquement plus proéminents. C'est un pays de contrastes dramatiques, où les fertiles plaines danubiennes s'élèvent abruptement pour rencontrer les pics déchiquetés des Hautes Tatras, et où de sereines cités médiévales sont surveillées par les ruines de plus de châteaux par habitant que dans tout autre pays au monde. Ce paysage, carrefour d'empires et de cultures, a été à la fois une bénédiction et une malédiction, favorisant une riche tapisserie d'échanges culturels tout en servant simultanément de théâtre à des siècles de conflits et de domination étrangère. L'histoire de la Slovaquie n'est donc pas une simple chronique d'événements ; c'est la saga épique du voyage persistant et souvent ardu d'un peuple vers l'autodétermination. C'est l'histoire d'une nation qui, pendant un millénaire, a possédé une culture et une langue distinctes mais pas d'État propre, un peuple dont la lutte pour l'identité s'est jouée non seulement sur de grands champs de bataille, mais dans les salles de classe, les églises et la dignité tranquille de la préservation d'une langue maternelle face à une pression écrasante.

Comprendre la Slovaquie, c'est saisir la différence profonde entre un peuple et un État. Si la République slovaque moderne est une jeune entité, née pacifiquement le 1er janvier 1993, les racines du peuple slovaque s'enfoncent profondément dans le sol de l'histoire européenne. Ce livre retrace ce long arc historique, commençant par le territoire lui-même et ses premiers habitants préhistoriques, pour suivre le chemin millénaire jusqu'à nos jours. Au cœur de ce récit se trouve un thème central et récurrent : la quête durable d'une identité nationale face à des forces externes persistantes cherchant à définir, dominer ou assimiler le peuple slovaque. Pendant mille ans, le territoire habité par les Slovaques a été une partie intégrante du Royaume de Hongrie, une période qui a façonné fondamentalement tous les aspects de son développement, de sa structure sociale et de son économie à son architecture et sa mémoire culturelle.

Cette longue ère de domination hongroise pose un défi unique à l'historien comme au lecteur. L'histoire slovaque ne peut être dissociée netiment de l'histoire hongroise durant cette période ; leurs récits sont indissociablement entrelacés. Les châteaux qui parsèment le paysage slovaque ont été largement construits par la noblesse hongroise, les villes ont souvent été fondées par des artisans allemands invités par les rois de Hongrie, et les batailles livrées sur le sol slovaque faisaient fréquemment partie de conflits plus vastes impliquant la couronne hongroise. Pourtant, sous cette réalité politique globale, une culture slovaque distincte a continué d'évoluer. Elle s'est préservée dans la langue du peuple, dans le folklore et les traditions transmis de génération en génération, et dans le travail discret de prêtres et de savants qui se considéraient comme les gardiens d'un héritage slave unique. Ce livre naviguera dans cette dynamique complexe, explorant comment les Slovaques ont maintenu leur spécificité culturelle tout en contribuant à l'histoire plus large du Royaume de Hongrie multiethnique.

L'histoire commence véritablement avec l'arrivée des Slaves aux Ve et VIe siècles. Un moment charnière de cette histoire ancienne, et qui résonne puissamment dans la conscience nationale slovaque encore aujourd'hui, est l'établissement de l'Empire de Grande-Moravie au IXe siècle. Bien que son existence ait été relativement brève, la Grande-Moravie représente pour de nombreux Slovaques une période fondatrice d'État et d'épanouissement culturel. C'est à cette époque, sous le règne du prince Rastislav, que les missionnaires byzantins, les saints Cyrille et Méthode, arrivèrent, introduisant une liturgie slave et le premier alphabet slave, le glagolitique. Cette tradition cyrillo-méthodienne n'est pas une simple note de bas de page historique ; elle est consacrée dans le préambule de la Constitution slovaque moderne et demeure une pierre angulaire de l'identité culturelle et spirituelle de la nation, représentant un lien précoce et décisif avec le monde slave au sens large et une déclaration de souveraineté culturelle indépendante de l'influence franque ou germanique.

L'effondrement de la Grande-Moravie au début du Xe siècle sous la pression des incursions magyares marque le début d'une nouvelle ère profondément définissante. Pour les mille années suivantes, le territoire de la Slovaquie actuelle fut intégré au Royaume de Hongrie, souvent désigné sous le nom de « Haute-Hongrie ». Cette période est loin d'avoir été statique. Elle a connu la dévastation des invasions mongoles, l'installation de colons allemands qui ont contribué à bâtir une industrie minière florissante, et la menace constante de l'Empire ottoman au sud. En fait, pendant un temps, après que la plus grande partie de la Hongrie fut tombée aux mains des Ottomans, Bratislava (alors connue sous le nom de Pressbourg) devint la capitale et la ville de couronnement du Royaume de Hongrie, plaçant les terres slovaques au cœur même du pouvoir des Habsbourg dans la région.

Le récit de ce livre montrera que les Slovaques n'ont pas été des sujets passifs au cours de ces siècles. Ils étaient paysans, mineurs, artisans, soldats et prêtres, indispensables à la vie économique et sociale du royaume. Cependant, l'absence d'une noblesse slovaque native d'une puissance significative signifiait que la vie politique et culturelle était dominée par l'élite hongroise. Cette dynamique est devenue particulièrement aiguë au XIXe siècle avec l'essor du nationalisme moderne à travers l'Europe. Alors que le mouvement national hongrois cherchait à créer un État plus centralisé et culturellement unifié, il mit en œuvre une politique de magyarisation, un effort concerté pour assimiler les minorités non hongroises en imposant la langue hongroise dans les écoles, l'administration et la vie publique.

Cette période de pression intense déclencha le Réveil national slovaque, un chapitre déterminant de l'histoire de la nation. Ce fut un mouvement mené par une génération remarquable d'intellectuels, de poètes et de prêtres qui comprirent que la survie de la nation slovaque dépendait de la standardisation et de la promotion de sa langue. Des figures comme Anton Bernolák, et plus tard et plus décisivement, Ľudovít Štúr, entreprirent la tâche monumentale de codifier une langue littéraire slovaque. Ce n'était pas un simple exercice linguistique ; c'était un acte profond d'affirmation politique et culturelle. En créant une langue écrite unifiée, ces dirigeants fournirent l'outil essentiel pour favoriser une conscience nationale, publier des journaux, de la littérature et des tracts politiques capables d'unir les Slovaques au-delà des différentes régions et dialectes. Les révolutions qui secouèrent l'Europe en 1848 offrirent une brève opportunité, bien qu'ultimément infructueuse, aux Slovaques de réclamer l'autonomie politique. L'échec de ce soulèvement fut suivi d'une magyarisation encore plus intense, entraînant une vague significative d'émigration slovaque, notamment vers les États-Unis.

Le cataclysme de la Première Guerre mondiale brisa le vieil ordre européen et, avec l'effondrement de l'Empire austro-hongrois, offrit enfin aux Slovaques une issue à la domination hongroise. Saisissant l'opportunité, des dirigeants slovaques et tchèques, partageant des affinités linguistiques et culturelles, unirent leurs forces pour créer un nouvel État : la Tchécoslovaquie. Pour la première fois, les Slovaques étaient un peuple constituant d'une nation souveraine où leur langue était officielle et leur développement culturel soutenu. La Première République tchécoslovaque de l'entre-deux-guerres (1918-1938) fut une période de progrès remarquable pour la Slovaquie, témoin d'avancées dans l'éducation, les infrastructures et la vie politique. Pourtant, ce fut aussi une période semée de défis, notamment des disparités économiques entre les terres tchèques plus industrialisées et la Slovaquie largement agraire, et un concept politique de « tchécoslovaquisme » qui minimisait parfois une identité slovaque distincte.

L'expérience démocratique de la Première République fut tragiquement interrompue par l'ascension de l'Allemagne nazie. Les Accords de Munich de 1938 conduisirent au démantèlement de la Tchécoslovaquie, et en mars 1939, sous la contrainte d'Adolf Hitler, la Première République slovaque fut proclamée. Cette période reste l'une des plus douloureuses et controversées de l'histoire slovaque. État satellite de l'Allemagne nazie, le régime dirigé par Jozef Tiso était autoritaire et participa à la Shoah, déportant la majorité de sa population juive vers les camps de concentration. Pourtant, l'histoire de cette époque est aussi celle de la résistance. En 1944, le Soulèvement national slovaque vit des dizaines de milliers de Slovaques, dont des soldats de l'armée slovaque elle-même, se soulever contre le régime de Tiso et ses protecteurs allemands — l'une des plus grandes rébellions armées contre les Nazis en Europe occupée.

Avec la défaite de l'Allemagne, la Tchécoslovaquie fut rétablie, mais elle tomba bientôt sous l'ombre d'une autre puissance totalitaire. La prise de pouvoir communiste en 1948 inaugura quatre décennies de parti unique, de répression politique et de stagnation économique. Pour les Slovaques, cette période eut une complexité particulière. Tout en subissant le même régime oppressif que les Tchèques, l'État centralisé investit massivement dans l'industrialisation de la Slovaquie. Un moment clé d'espoir survint lors du Printemps de Prague de 1968, une période de libéralisation menée par un Slovaque, Alexander Dubček. Sa tentative de créer un « socialisme à visage humain » captiva l'imagination du monde mais fut brutalement écrasée par les chars du Pacte de Varsovie, menant à une longue et démoralisante période de « normalisation »所谓.

La fin de la Guerre froide apporta un nouveau tournant dramatique. La Révolution de velours pacifique de 1989 renversa le régime communiste et restaura la démocratie en Tchécoslovaquie. Dans cette liberté nouvelle, cependant, des différences longtemps latentes entre Tchèques et Slovaques refirent surface. Les débats sur la structure de l'État fédéral, la politique économique et l'identité nationale conduisirent les dirigeants démocratiquement élus des deux nations à une décision capitale. Dans ce qui devint connu sous le nom de « Divorce de velours », ils convinrent d'une séparation pacifique et ordonnée. Le 1er janvier 1993, après soixante-quinze ans ensemble, la Tchécoslovaquie cessa d'exister, et deux nouveaux États indépendants, la République tchèque et la Slovaquie, apparurent sur la carte de l'Europe.

Les derniers chapitres de ce livre examineront le parcours de la Slovaquie indépendante. Ce fut un chemin qui commença par des années tumultueuses sous le Premier ministre Vladimír Mečiar, une période où le pays lutta pour la consolidation démocratique et subit un isolement international. S'ensuivit une période de réforme économique profonde au début des années 2000, qui transforma la Slovaquie en l'une des économies à la croissance la plus rapide d'Europe, lui valant le surnom de « Tigre des Tatras ». L'aboutissement de ce parcours post-indépendance fut l'intégration réussie de la Slovaquie à l'Occident, marquée par son adhésion à l'OTAN et à l'Union européenne en 2004. Ce livre explorera ces développements contemporains, aux côtés de la richesse de la culture slovaque, de ses traditions populaires vibrantes à son patrimoine architectural stupéfiant, et se conclura par une évaluation des défis et des opportunités auxquels la nation fait face aujourd'hui.

L'histoire de la Slovaquie est un témoignage convaincant de la résilience de l'esprit humain et du pouvoir durable de la culture et de la langue à définir une nation. C'est une histoire marquée par de longues périodes d'obscurité et de lutte, mais aussi par des moments de créativité profonde, de courage et, ultimement, de triomphe. C'est une histoire qui mérite d'être mieux connue, non seulement pour ce qu'elle nous révèle sur le cœur de l'Europe, mais pour ce qu'elle dévoile sur la quête universelle et intemporelle d'un peuple à trouver sa propre voix et à prendre sa place légitime dans le monde.


CHAPITRE PREMIER : La terre et ses premiers habitants

Avant qu'il n'y ait une Slovaquie, ou une Hongrie, ou même une Rome, il y avait la terre. Pour comprendre l'histoire de toute nation, il faut d'abord apprécier la scène sur laquelle son histoire se déploie. Le territoire de la Slovaquie moderne est un paysage de contrastes spectaculaires et formateurs. Il est défini par le grand arc occidental des Carpates, une épine dorsale escarpée de sommets forestiers et de vallées cachées qui domine les deux tiers nord du pays. Ces montagnes, culminant dans la splendeur alpine déchiquetée des Hautes Tatras, ont servi pendant des millénaires de forteresse, de refuge et de barrière formidable. De leurs pentes s'écoulent les grandes rivières — la Váh, la Hron, l'Ipeľ — creusant de larges vallées qui ont servi de couloirs naturels à la migration, au commerce et aux armées. À mesure que ces rivières coulent vers le sud, les montagnes cèdent progressivement la place à des plaines fertiles, l'extension orientale de la vaste plaine danubienne, un grenier à blé qui a longtemps attiré colons et envahisseurs. Cette dualité géographique fondamentale, entre montagnes formidables et plaines ouvertes, a dicté les schémas de peuplement et les destinées de tous ceux qui ont fini par appeler cette terre leur foyer.

La présence de l'humanité dans ce cœur stratégiquement situé est profondément ancienne. Les plus anciens artefacts survivants, des outils en pierre primitifs façonnés selon la technique clactonienne, ont été découverts près de Nové Mesto nad Váhom et remontent à l'extraordinaire chiffre de 270 000 ans. Ces vestiges témoignent d'un territoire habité durant le lointain passé du Paléolithique ancien. C'était un monde façonné par l'avancée et le retrait cycliques de masses glaciaires massives, un paysage arpenté par le mammouth, le rhinocéros laineux et l'ours des cavernes. Parmi ces premiers habitants se trouvaient les Néandertaliens. La preuve la plus significative de leur présence dans la région est le fragment de crâne découvert en 1926 dans une carrière de travertin à Gánovce, un village à l'ombre des Tatras. Cette découverte, non pas un crâne mais un endocrâne naturel — un moulage en travertin de l'intérieur de la boîte crânienne — est estimée à environ 100 000 ans et offre un lien tangible avec ces humains archaïques qui chassaient dans les steppes froides de la Slovaquie préhistorique.

Alors que les glaciers du dernier âge glaciaire entamaient leur retrait définitif, Homo sapiens laissa son empreinte définitive sur la terre. C'étaient les chasseurs de mammouths gravettiens, dont la culture s'épanouit à travers l'Europe. Dans les vallées fluviales de la Váh, de la Nitra, de la Hron et de l'Ipeľ, les archéologues ont mis au jour de nombreux sites attestant de leur présence. Parmi les découvertes les plus célèbres de cette période figure une petite figurine qui représente l'une des plus anciennes œuvres d'art préhistorique de la région. Déterrée par un fermier labourant un champ en 1930 près de Moravany nad Váhom, la « Vénus de Moravany » est une statuette de 7,6 centimètres représentant une figure féminine, sculptée dans de l'ivoire de défense de mammouth. Datée d'environ 22 800 avant notre ère, cet objet minuscule mais puissant relie les habitants préhistoriques de la Slovaquie à un phénomène culturel européen plus large, celui des figurines de type « Vénus », que l'on croit avoir été des symboles de fertilité, de beauté ou de survie.

Le réchauffement du climat provoqua une transformation profonde. Vers 6000 avant notre ère, les concepts révolutionnaires de l'agriculture et de l'élevage, nés au Proche-Orient, se propagèrent dans le bassin danubien. Cette révolution néolithique marqua la fin du mode de vie chasseur-cueilleur qui durait depuis des millénaires et le début de la vie sédentaire. Les premiers agriculteurs à arriver sur le territoire de la Slovaquie appartenaient à la culture de la céramique linéaire, ainsi nommée pour leurs vases en céramique distinctifs décorés de motifs linéaires incisés. Ces premiers agriculteurs cherchèrent les sols fertiles de loess des plaines, défrichant des forêts pour y planter des cultures comme l'amidonnier et l'orge, et pour y faire paître du bétail et des porcs domestiqués. Ils construisirent les premiers villages permanents, constitués de grandes maisons longues rectangulaires en bois et torchis. Bien que beaucoup de leur monde demeure obscur, ces premiers agriculteurs posèrent les fondations d'une société sédentaire qui définirait désormais l'expérience humaine dans la région.

Les époques suivantes sont définies par la maîtrise de nouvelles technologies, chacune déclenchant des changements sociaux et économiques profonds. L'Âge du cuivre vit l'aube de la métallurgie, les populations locales commençant à exploiter les riches gisements de cuivre des montagnes slovaques. Cette nouvelle industrie ne fournit pas seulement des outils et des armes supérieurs, mais stimula aussi le commerce et contribua probablement à l'émergence de hiérarchies sociales. Vint ensuite l'Âge du bronze, débutant vers 2000 avant notre ère, qui inaugura une période de développement significatif. L'alliage du cuivre avec l'étain produisit un métal plus résistant et plus polyvalent, et la demande pour les matières premières et les produits finis stimula la croissance de réseaux commerciaux étendus. Le territoire de la Slovaquie, avec ses ressources en cuivre et sa position le long des grandes routes fluviales, devint un carrefour crucial.

L'une des sociétés les plus éminentes de l'Âge du bronze à émerger dans la région fut la culture d'Otomani-Füzesabony. Florissante dans l'est de la Slovaquie, ces gens étaient des métallurgistes sophistiqués et les bâtisseurs d'établissements fortifiés impressionnants sur des sommets, suggérant une société à la fois prospère et périodiquement menacée par le conflit. La richesse et le pouvoir de l'élite de l'Âge du bronze sont évidents dans leurs sites funéraires, qui contiennent des armes, des outils et des bijoux en bronze élaborés, tels que des pendentifs en forme de cœur et des épingles ornées. Certains établissements de cette période, comme Myšia Hôrka près de Spišská Nová Ves, ont été surnommés « Mycènes slovaque » en raison de la sophistication de leurs fortifications et de la richesse des artefacts découverts al leur intérieur, laissant entrevoir une société complexe et organisée dotée d'une puissante classe guerrière.

La transition vers l'Âge du fer fut marquée par la diffusion d'une autre technologie transformatrice. Le fer, plus abondant que le cuivre et l'étain nécessaires au bronze, permit une production plus large d'outils et d'armes. Au début de l'Âge du fer, connu sous le nom de période de Hallstatt, la société semble avoir été dominée par une élite riche, comme en témoignent des tombes élaborées remplies d'armements, d'armures et de bijoux ornés. Les forts de colline devinrent plus vastes et plus complexes, servant de centres politiques, économiques et religieux pour les territoires tribaux environnants. Cependant, cette société guerrière de Hallstatt céderait finalement la place à un peuple nouveau et dynamique qui dominerait l'Europe centrale pendant des siècles et représenterait les premiers habitants de la région à être identifiés dans des sources historiques écrites : les Celtes.

Arrivant de l'ouest vers 400 avant notre ère, diverses tribus celtiques déferlèrent sur les plaines danubiennes, subjuguant soit la population existante, soit la refoulant vers le nord plus montagneux. Les Celtes apportèrent avec eux les technologies avancées de la culture de La Tène, notamment le tour de potier, qui révolutionna la production céramique, et des techniques de forge du fer supérieures. Deux tribus majeures s'établirent sur le territoire : les puissants Boïens, qui s'installèrent dans les plaines fertiles de l'ouest, et les Cotins, qui occupèrent des zones du centre et de l'est de la Slovaquie. Selon l'historien romain Tacite, les Cotins étaient connus pour exploiter des mines de fer dans les montagnes, une pratique qu'il semblait considérer avec un certain dédain.

L'apogée de la civilisation celtique dans la région fut l'établissement de grands centres urbains fortifiés connus sous le nom d'oppida. Le plus significatif d'entre eux était situé sur le site de l'actuelle Bratislava. Cet oppidum de Bratislava était un centre politique et économique majeur, une véritable ville avec une acropole fortifiée, des quartiers d'artisans distincts et un atelier monétaire qui produisit les premières monnaies de l'histoire de la région. Ces pièces remarquables en argent et en or, connues sous le nom de Biatecs, portaient souvent le nom d'un souverain — BIATEC étant le plus courant — des inscriptions qui représentent la toute première utilisation connue de l'écriture en Slovaquie. L'imagerie sur les pièces, souvent un cavalier ou une bête mythologique, reflète une culture vibrante qui mêlait traditions locales et influences des mondes hellénistique et romain.

La domination celtique, cependant, n'était pas destinée à durer. Elle fut prise en étau par deux directions : par l'expansion de l'Empire romain au sud et par la pression croissante des tribus germaniques migrant du nord. Le Danube devint la frontière fortifiée du monde romain, le Limes Romanus. Bien qu'une mince bande du territoire slovaque moderne sur la rive droite du Danube ait été formellement incorporée dans la province romaine de Pannonie, l'influence de Rome se fit sentir bien au-delà de la frontière. Les légions romaines traversèrent fréquemment le fleuve pour s'engager dans le commerce ou des expéditions punitives contre les tribus du nord.

Au Ier siècle de notre ère, les Celtes avaient été largement déplacés ou absorbés par des peuples germaniques nouvellement arrivés, principalement les Quades et les Marcomans, qui s'installèrent dans l'ouest et le centre de la Slovaquie. Ces tribus établirent leurs propres royaumes et eurent une relation complexe avec leur puissant voisin du sud, alternant entre le statut d'États clients de Rome et des conflits féroces. Le plus célèbre de ces conflits fut les guerres marcomanes sous le règne de l'empereur Marc Aurèle à la fin du IIe siècle. Au cours de cette campagne, les légions romaines pénétrèrent profondément en territoire germanique. La preuve la plus stupéfiante de cette présence romaine est une inscription gravée dans le rocher du château de Trenčín, datée de l'hiver 179 de notre ère. Elle commémore la victoire d'un détachement de 855 soldats de la Deuxième Légion et de leur commandant, Marcus Valerius Maximianus, marquant le point le plus au nord de la présence militaire romaine dans cette partie de l'Europe.

Les derniers siècles de l'Antiquité furent une période de grand bouleversement à travers l'Europe, connue sous le nom de Grandes invasions. L'arrivée des Huns nomades venus de l'est à la fin du IVe siècle brisa l'équilibre des pouvoirs existant, déclenchant une cascade de mouvements tribaux. Le territoire au nord du Danube vit le passage de divers peuples, dont les Goths et les Lombards, alors que l'autorité de l'Empire romain d'Occident s'effondrait. Cette ère chaotique redessina la carte ethnique et politique du continent. Alors que les tribus germaniques qui avaient dominé la région pendant quatre siècles partaient ou étaient absorbées par de nouveaux groupes, un espace démographique se créa. Dans ce vide relatif, à partir des Ve et VIe siècles, un nouveau peuple commença à s'infiltrer depuis le nord et l'est, s'installant dans les vallées et les plaines. C'étaient des agriculteurs, organisés en clans et en tribus, et ils parlaient une langue slave. Leur arrivée marqua la fin du monde antique en cette terre et le début d'un nouveau chapitre, celui qui mènerait finalement à la naissance de la nation slovaque.


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