- Introduction
- Chapitre 1 Les Premiers Peuples : La vie autochtone dans l'Ontario précolonial
- Chapitre 2 L'arrivée des Européens : Exploration française et commerce des fourrures
- Chapitre 3 La Conquête britannique et les conséquences de la guerre de Sept Ans
- Chapitre 4 Les Loyalistes et la fondation du Haut-Canada
- Chapitre 5 La guerre de 1812 : Un conflit déterminant pour le Haut-Canada
- Chapitre 6 Le Family Compact et les germes du mécontentement
- Chapitre 7 Les rébellions de 1837-1838 et la lutte pour le gouvernement responsable
- Chapitre 8 L'Acte d'Union et la province unie du Canada
- Chapitre 9 La voie vers la Confédération : Le rôle de l'Ontario dans la construction de la nation
- Chapitre 10 Construire une province : La fin du XIXe siècle et la première industrialisation
- Chapitre 11 L'essor du Nord : Mines, foresterie et nouvelle frontière
- Chapitre 12 L'Ontario dans la Première Guerre mondiale : Patriotisme et sacrifice
- Chapitre 13 Les Années folles et la Grande Dépression
- Chapitre 14 La Seconde Guerre mondiale : La province sur un pied de guerre
- Chapitre 15 Le boom d'après-guerre : Prospérité économique et changements sociaux
- Chapitre 16 Les années Frost : Politique et progrès dans l'Ontario du milieu du siècle
- Chapitre 17 L'essor du Nouveau Parti démocratique et l'ère de l'activisme
- Chapitre 18 L'écho de la Révolution tranquille : Relations franco-anglaises en Ontario
- Chapitre 19 Le visage changeant de l'Ontario : Immigration et multiculturalisme
- Chapitre 20 De la manufacture à une économie de services : Transformation économique
- Chapitre 21 La « Révolution du bon sens » et les années Harris
- Chapitre 22 L'ère McGuinty-Wynne : Gouvernance libérale au XXIe siècle
- Chapitre 23 L'essor de la nation Ford : Un virage populiste en politique ontarienne
- Chapitre 24 Défis contemporains : Économie, environnement et urbanisation
- Chapitre 25 L'Ontario d'aujourd'hui et de demain : Une province à la croisée des chemins
- Postface
Une histoire de l'Ontario
Table des matières
Introduction
Pour le monde extérieur, et parfois même pour ses concitoyens canadiens, l’Ontario peut paraître un peu… beige. C’est le grand frère raisonnable de la famille des provinces, celui qui a un emploi stable, un prêt hypothécaire et une berline sensée. C’est Toronto, la métropole bourdonnante et multiculturelle qui représente souvent le Canada sur la scène mondiale, et c’est Ottawa, la capitale nationale, une ville de bureaucratie rangée et d’imposants édifices parlementaires. C’est le centre perçu de l’univers canadien, un lieu si habitué à être le pivot qu’il oublie souvent d’avoir une personnalité propre. C’est, dans l’imaginaire populaire, le pays du « tranquille, on suit ». Ce livre raconte la longue histoire, souvent turbulente et absolument fascinante, qui prouve que cet imaginaire est erroné.
L’histoire de l’Ontario est une histoire de contradictions dramatiques, un récit écrit sur une toile d’une ampleur géographique stupéfiante. Cette province est plus grande que la France et l’Espagne réunies, un lieu où le voyage de sa frontière sud avec les États-Unis jusqu’à sa côte d’eau salée sur la baie d’Hudson est une randonnée monumentale de plus de mille milles. C’est une terre de deux mondes radicalement différents, coupée en deux par le roc ancien et accidenté du Bouclier canadien. Au sud s’étend une mince bande de terre fertile et tempérée, bercée par les Grands Lacs, abritant des villes animées, des banlieues tentaculaires et la grande majorité de la population de la province. C’est le cœur industriel et agricole, le noyau politique et économique de la nation.
Au nord se trouve l’autre Ontario, un lieu de mythe et de réalité. C’est l’Ontario des tableaux du Groupe des Sept, une étendue apparemment infinie de forêt boréale, de roche balayée par le vent et d’innombrables lacs et rivières scintillants. C’est une terre d’une immense richesse naturelle, de bois, d’or, de nickel et d’uranium, une frontière qui a constamment attiré prospecteurs, mineurs et bûcherons vers le nord avec la promesse de fortune. Pendant des siècles, cette étendue nordique fut une barrière redoutable, une nature sauvage à traverser, à conquérir ou à exploiter. La tension entre le sud urbain et densément peuplé et le nord riche en ressources et peu peuplé est l’un des grands thèmes récurrents de l’histoire de l’Ontario, un perpétuel va-et-vient qui a façonné sa politique, son économie et son identité même.
Bien avant que les premières voiles européennes n’apparaissent à l’horizon, cette terre était habitée par des sociétés dynamiques et complexes. L’histoire de l’Ontario ne commence pas avec l’arrivée de Samuel de Champlain, mais avec les millénaires d’expérience humaine qui l’ont précédé. Des cultures de chasseurs-cueilleurs du nord aux confédérations agricoles et politiques sophistiquées du sud, comme les Hurons-Wendats et les Iroquois, les peuples autochtones ont développé des structures sociales complexes, de vastes réseaux d’échanges et un lien spirituel profond avec la terre. Leur histoire est le chapitre fondateur de ce récit, une narration de résilience, d’adaptation et d’une richesse culturelle profonde qui continue de façonner la province aujourd’hui.
L’arrivée des Français au début du XVIIe siècle marqua un tournant dramatique et irréversible. Attirés par l’appât de la traite des fourrures, explorateurs, missionnaires et commerçants tracèrent une voie vers l’intérieur du continent, établissant un empire fragile mais étendu bâti sur des alliances avec les nations autochtones. La peau de castor, plus que toute couronne ou tout drapeau, dicta le cours de l’histoire coloniale précoce, suscitant des rivalités amères entre Français et Anglais, et entraînant les Premières Nations dans un réseau économique mondial aux conséquences dévastatrices. Ce fut une ère de rencontre culturelle et de conflit violent, où des mondes entrèrent en collision le long des voies navigables et dans les forêts de ce qui deviendrait un jour l’Ontario.
La conquête britannique de la Nouvelle-France au milieu du XVIIIe siècle prépara le terrain pour la création d’une nouvelle société. L’arrivée subséquente de dizaines de milliers de Loyalistes de l’Empire-Uni, fuyant les États-Unis nouvellement indépendants, remodela fondamentalement le paysage démographique et politique. Ces nouveaux venus, loyaux à la Couronne britannique, apportèrent avec eux un conservatisme profondément enraciné et le désir de créer une société distincte de la république américaine. C’est de cet afflux que naquit le Haut-Canada en 1791, une colonie fièrement britannique qui formerait le socle des institutions politiques et juridiques de l’Ontario moderne. Les premières années furent une lutte pour la survie, culminant dans la guerre de 1812, un conflit déterminant qui forgea un sentiment d’identité locale et solidifia la frontière avec les États-Unis.
Le XIXe siècle fut un âge de profonde transformation et de troubles politiques. Le pouvoir dans la jeune colonie du Haut-Canada se concentra entre les mains d’un petit groupe interconnecté d’élites connu sous le nom de la Compagnie familiale. Leur contrôle sur les terres, le commerce et le gouvernement engendra un ressentiment généralisé, culminant dans les Rébellions explosives, bien qu’en fin de compte infructueuses, de 1837-1838. Bien que les rébellions elles-mêmes aient été écrasées, les idéaux du « gouvernement responsable » — le principe selon lequel l’exécutif doit être responsable devant l’assemblée élue — prirent racine. Cette longue et ardue lutte pour le contrôle démocratique verrait l’union du Haut et du Bas-Canada et ouvrirait finalement la voie à un projet politique bien plus grandiose.
Dans le grand drame national de la Confédération, l’Ontario joua un rôle de premier plan. En tant que partie la plus peuplée et la plus prospère de la Province unie du Canada, ses dirigeants politiques, comme John A. Macdonald et George Brown, furent des architectes centraux de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867, qui créa le Dominion du Canada. Pour l’Ontario, la Confédération était un moyen de sortir d’une impasse politique et d’affirmer sa vision d’une vaste nation transcontinentale bâtie sur les traditions parlementaires britanniques et alimentée par l’industrie du Canada central. À partir de ce moment, le destin de l’Ontario serait inextricablement lié à celui du Canada lui-même, son poids démographique et sa puissance économique le plaçant souvent au centre des débats nationaux.
La fin du XIXe et le début du XXe siècle virent l’Ontario évoluer en une puissance industrielle. Un réseau de chemins de fer s’étendit à travers la province, reliant ses villes et ses villages, facilitant le mouvement des marchandises et des personnes, et ouvrant les vastes ressources du nord. Des usines surgirent dans des villes comme Toronto, Hamilton et London, alimentées par le potentiel hydroélectrique abondant de la province. En même temps, la découverte de gisements minéraux massifs dans le nord provoqua une nouvelle vague de peuplement et de développement, créant des villes champignons et une culture de frontière rude qui contrastait fortement avec la vie plus établie du sud. Cette époque cimenta la réputation de l’Ontario comme l’« atelier » du Canada.
Le XXe siècle allait éprouver la province de manière inimaginable. Deux guerres mondiales exigèrent d’immenses sacrifices, avec des centaines de milliers d’Ontariens et d’Ontariennes servant sous les drapeaux. Les guerres agirent aussi comme un puissant catalyseur de changement économique et social, accélérant l’industrialisation et élargissant le rôle des femmes dans la population active. Les années d’essor des Années folles cédèrent la place aux difficultés écrasantes de la Grande Dépression, suivies par la prospérité sans précédent de l’après-guerre. Ces décennies virent la montée de l’État-providence moderne, l’expansion des autoroutes, des écoles et des hôpitaux, et la croissance d’une classe moyenne confortable et suburbaine qui en vint à définir le rêve ontarien.
Sur le plan politique, la province fut longtemps dominée par une marque de gouvernance pragmatique et prudente, incarnée de façon célèbre par la longue dynastie progressiste-conservatrice qui dirigea Queen’s Park pendant plus de quatre décennies. Mais cette stabilité masquait de profonds courants de changement. L’émergence de nouvelles voix politiques, l’affirmation croissante des syndicats et l’activisme social des années 1960 et 1970 remirent en cause l’ordre ancien. La province dut également naviguer sa relation avec un nationalisme québécois renaissant et redéfinir sa propre identité dans un Canada officiellement bilingue et multiculturel.
La transformation la plus profonde de la seconde moitié du XXe siècle fut peut-être démographique. Une vague d’immigration d’après-guerre en provenance d’Europe, suivie d’un afflux encore plus important d’Asie, d’Afrique, des Caraïbes et du monde entier, modifia fondamentalement le visage de la province. L’Ontario, et particulièrement la région du Grand Toronto, devint l’un des endroits les plus multiculturels de la planète. Ce passage d’une société autrefois majoritairement anglo-protestante à une société dynamique et pluraliste a été une source d’immense dynamisme culturel et économique, ainsi que de nouveaux défis sociaux.
Au cours des dernières décennies, l’Ontario a navigué une série de changements sismiques. Le déclin de sa base manufacturière traditionnelle a forcé une transition vers une économie plus diversifiée et fondée sur le savoir. Sur le plan politique, la province a oscillé entre différentes idéologies, de la « Révolution du bon sens » des années 1990, qui cherchait à réduire considérablement la taille et la portée du gouvernement, aux périodes ultérieures de gouvernance libérale et conservatrice populiste. Ce faisant, elle a été aux prises avec les défis contemporains pressants de l’urbanisation rapide, de la durabilité environnementale et de la question toujours présente de l’équilibre entre les besoins de ses diverses régions.
Ce livre vise à raconter cette histoire vaste et aux multiples facettes. C’est une histoire de dirigeants politiques et de gens ordinaires, de forces économiques et de mouvements culturels, de conflit et de coopération. Il cherche à dépasser le stéréotype d’une province insipide et uniforme pour révéler un lieu de changement constant et d’une complexité surprenante. Des anciens portages des Premiers Peuples aux gratte-ciel scintillants du Toronto moderne, voici l’histoire de la façon dont la terre, et les peuples qui l’ont habitée, en sont venus à être connus sous le nom d’Ontario. C’est, à bien des égards, l’histoire du Canada lui-même.
CHAPITRE PREMIER : Les Premiers Peuples : La vie autochtone dans l'Ontario précolonial
Bien avant que la plume du cartographe n'ait tracé les lignes qui définiraient un jour l'Ontario, le territoire était une mosaïque de géographies humaines interconnectées, façonnées et nommées par les peuples qui l'habitaient depuis des millénaires. Leur histoire ne s'écrivait pas à l'encre, mais dans les sentiers usés des routes commerciales, les alignements subtils des connaissances célestes et les récits durables transmis de génération en génération. L'histoire de ce lieu ne commence pas avec l'arrivée des navires sur le Saint-Laurent, mais avec le retrait des immenses calottes glaciaires qui, pendant un million d'années, avaient tenu la terre dans leur emprise.
Il y a environ 11 000 ans, alors que les derniers glaciers reculaient, les premiers humains s'aventurèrent dans un paysage nouvellement découvert de toundra, de parcs à épinettes et de vastes lacs glaciaires. Les archéologues appellent ces groupes pionniers les Paléo-Indiens. Il s'agissait de petites bandes mobiles de chasseurs, dont la vie était liée aux déplacements du grand gibier comme le caribou et, peut-être, le mastodonte aujourd'hui disparu. Leur présence est attestée par des pointes de projectile cannelées finement travaillées, stylistiquement semblables à celles trouvées à travers l'Amérique du Nord, suggérant une tradition technologique partagée sur un vaste continent. Ces premiers peuples parcoururent de grandes distances, ou faisaient partie de réseaux étendus, comme en témoigne l'utilisation de types distinctifs de chert (un type de roche) provenant de carrières séparées de plusieurs centaines de kilomètres. La population de l'ensemble de la région était probablement faible, peut-être seulement quelques centaines de personnes, vivant dans un paysage radicalement différent de celui d'aujourd'hui.
À mesure que le climat continuait de se réchauffer, l'environnement se transforma. Entre environ 9 500 et 2 900 ans avant notre ère, une période connue sous le nom d'Archaïque, les forêts de conifères cédèrent la place aux forêts décidues tempérées que nous connaissons aujourd'hui. Ce changement environnemental incita à de nouvelles adaptations. Les peuples de la période archaïque devinrent des cueilleurs experts, développant une compréhension sophistiquée des rythmes saisonniers de la terre. Leur boîte à outils s'enrichit d'outils en pierre polie comme des haches et des gouges, mieux adaptés au travail du bois, et de pointes de projectile à encoches ou à soie. Ils pêchèrent dans les rivières et les lacs abondants, avec la découverte de l'un des plus anciens barrages de pêche d'Amérique du Nord à Atherly Narrows, près du lac Simcoe. La société restait largement égalitaire, basée sur de petites bandes mobiles de chasse et de cueillette qui suivaient probablement un cycle saisonnier, exploitant différentes ressources au fur et à mesure qu'elles devenaient disponibles.
La période archaïque vit également l'expansion du commerce à longue distance. Le cuivre des rives du lac Supérieur, prisé pour sa malléabilité, fut travaillé en outils et en ornements et échangé dans toute la région des Grands Lacs. Vers la fin de cette ère, des pratiques funéraires plus élaborées apparurent, certains individus étant inhumés avec d'importants « biens funéraires », suggérant les débuts d'une distinction sociale.
Un changement technologique significatif survint il y a environ 2 900 ans avec l'introduction de la poterie, une innovation qui marque pour les archéologues le début de la période sylvicole. À ses débuts, la vie continua beaucoup comme à la fin de l'Archaïque, la chasse, la pêche et la cueillette formant la base de la subsistance. La poterie, aussi grossière fût-elle au début, offrait de nouvelles façons de cuire et de stocker la nourriture, un changement subtil mais important dans la vie quotidienne. Au cours de la période sylvicole moyenne qui suivit, la poterie se généralisa et fut décorée de motifs de plus en plus complexes.
La transformation la plus profonde de l'histoire de l'Ontario méridional précolonial débuta à la période sylvicole tardive, il y a environ 1 300 ans. Ce fut à ce moment que l'agriculture, qui se développait depuis des milliers d'années en Mésoamérique, fit son chemin vers le nord. L'adoption de l'horticulture, centrée sur ce que l'on appelle les « Trois Sœurs » — le maïs, le haricot et la courge — révolutionna la société. Cette source alimentaire fiable et conservable permit une existence plus sédentaire, des populations plus nombreuses et la croissance de villages permanents.
Cette révolution agricole donna naissance aux peuples iroquoophones de l'Ontario méridional. Au moment du premier contact européen, cette région abritait plusieurs sociétés complexes, populeuses et politiquement sophistiquées. Ils vivaient dans des villages fortifiés, certains logeant jusqu'à 2 500 personnes, composés de nombreuses maisons longues recouvertes d'écorce. Ces structures impressionnantes, parfois longues de plus de 100 mètres, abritaient plusieurs familles apparentées. La société était généralement matrilinéaire, la lignée, la propriété et l'identité du clan se transmettant du côté maternel. Les femmes aînées détenaient une influence considérable, notamment la responsabilité de choisir les chefs de clan. Si les hommes étaient chargés de la chasse, de la pêche, du commerce et de la guerre, les femmes géraient les champs, le foyer et la distribution de la nourriture, leur conférant un rôle central dans la vie économique et sociale de la communauté.
Parmi les plus éminentes de ces sociétés figurait la Confédération huronne-wendate. Située sur un territoire qu'ils appelaient la Wendake, entre le lac Simcoe et la baie Georgienne, les Wendat formaient une ligue de quatre ou cinq nations distinctes : les Attignawantan (Ours), Atingeennonniahak (Corde), Arendarhonon (Rocher) et Tohontaenrat (Cerf), ainsi qu'un groupe apparenté, les Ataronchronon (Marécage). Leur nom pour eux-mêmes, Wendat, signifiait « Habitants d'une presqu'île » ou « Insulaires ». Leur emplacement stratégique au carrefour de routes navigables majeures en fit de puissants intermédiaires dans un vaste réseau commercial reliant le sud agricole aux sociétés chasseuses-cueilleuses du nord. Ils échangeaient leur surplus de maïs, ainsi que d'autres biens, avec leurs voisins algonquophones contre des fourrures, de la viande et d'autres produits du nord.
Au sud-ouest des Wendat, dans les collines ondulées au sud de la baie de Nottawasaga, vivaient les Tionontati, connus des Français sous le nom de Pétun ou Nation du Tabac. Culturellement et linguistiquement très proches des Wendat, ils étaient réputés pour leur culture de grandes quantités de tabac de haute qualité, une denrée précieuse pour le commerce et la cérémonie. Ils vivaient dans une confédération de huit ou neuf villages et étaient divisés en deux groupes principaux, les clans du Cerf et du Loup.
Occupant un vaste territoire dans la péninsule du Niagara et le sud-ouest de l'Ontario se trouvaient les gens de la Confédération neutre. Les Français les appelèrent « Neutres » en raison de leur position initiale de neutralité dans le conflit de longue date entre les Wendat et la puissante Confédération haudenosaunee (iroquoise), dont le territoire se situait au sud et à l'est du lac Ontario. Les Wendat, dont la langue était différente, les appelaient les Attawandaron, ce qui signifie « gens qui parlent une langue légèrement différente ». Les Neutres formaient une confédération nombreuse et puissante comptant jusqu'à dix groupes distincts, contrôlant une source vitale de silex provenant de carrières près du lac Érié, une ressource essentielle pour la fabrication d'outils et d'armes en pierre. L'un de leurs plus grands groupes était connu sous le nom de Chonnonton, ou « gardiens du cerf », peut-être parce qu'ils géraient activement les populations de cerfs pour la chasse.
Au sud du lac Ontario, les cinq nations de la Confédération haudenosaunee — les Agniers, Onneiouts, Onontagués, Goyogouins et Tsonnontouans — constituaient une puissance politique et militaire redoutable. Forgée sous une constitution connue sous le nom de Grande Loi de la Paix, leur confédération mit fin aux conflits internes et créa l'un des organes politiques autochtones les plus influents de l'histoire nord-américaine. Bien que leur cœur territorial se situât dans ce qui est aujourd'hui l'État de New York, leur influence, leurs réseaux commerciaux et leurs partis de chasse s'étendaient fréquemment dans le sud de l'Ontario, où ils entraient parfois en conflit avec les Wendat et leurs alliés.
La vie spirituelle de ces peuples iroquoiens était riche et complexe. Ils concevaient le monde comme habité par de puissants esprits et vouaient une profonde révérence aux forces de la nature. Leur cosmologie racontait l'histoire d'une Femme du Ciel, Aataentsic, qui tomba sur un monde recouvert d'eau et atterrit sur le dos d'une grande tortue, sur laquelle la terre fut construite. Cette histoire de la création est la raison pour laquelle de nombreux peuples autochtones désignent l'Amérique du Nord sous le nom d'Île de la Tortue. Les cérémonies liées au calendrier agricole, comme la Cérémonie du Maïs Vert, étaient centrales dans la vie communautaire, exprimant la gratitude pour la subsistance que la terre offrait.
Tandis que les sociétés agricoles transformaient le sud, la vaste et accidentée étendue du Bouclier canadien et de la forêt boréale au nord restait le domaine des peuples algonquiens, notamment les ancêtres des Ojibwés, des Cris, des Outaouais et des Algonquins. Le climat et le paysage du nord excluaient l'agriculture, si bien que ces groupes continuaient de vivre un mode de vie mobile basé sur la chasse, la pêche et la cueillette. Ils se déplaçaient en petits groupes familiaux, suivant la disponibilité saisonnière du gibier comme l'orignal et le cerf, du poisson, des baies et du riz sauvage. Leurs croyances spirituelles étaient profondément liées aux animaux et au paysage dont ils dépendaient. Les preuves archéologiques suggèrent que des gens vivent dans la vallée de l'Outaouais, territoire traditionnel des Algonquins, depuis au moins 8 000 ans.
Ces mondes du nord et du sud n'étaient pas isolés l'un de l'autre. Un réseau étendu et ancien de commerce et de parenté reliait les agriculteurs iroquoiens aux chasseurs algonquiens. Les systèmes fluviaux et lacustres servaient d'autoroutes pour ce commerce. La farine de maïs et le tabac du sud étaient échangés contre des fourrures, du poisson séché et du cuivre du nord. Ces relations n'étaient pas seulement économiques ; elles étaient aussi sociales et politiques, souvent cimentées par des alliances et des mariages mixtes. Les Wendat, en particulier, étaient des commerçants accomplis, leurs villages servant de pôles majeurs où l'on trouvait des marchandises provenant de aussi loin que le golfe du Mexique.
À la fin du seizième siècle, la terre qui deviendrait l'Ontario était un lieu dynamique et peuplé. C'était une terre de confédérations agricoles sophistiquées avec des villages animés et de vastes champs au sud, et une terre de sociétés chasseuses-cueilleuses résilientes intimement adaptées aux rythmes des forêts du nord. C'était un continent connecté par d'intrincés réseaux de commerce, de diplomatie et de conflit. C'étaient ces sociétés dont l'histoire s'était déjà déployée sur des milliers d'années, et qui allaient bientôt faire face à une ère de changement nouvelle et sans précédent avec l'arrivée des premiers Européens.
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