Histoire de Provence - Sample
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Histoire de Provence

Table des matières

  • Introduction
  • Chapitre 1 Les Premiers Peuples : La Provence préhistorique
  • Chapitre 2 Échos d'Hellas : La colonisation grecque
  • Chapitre 3 Provincia Romana : La conquête romaine
  • Chapitre 4 Pax Romana : La vie en Provence romaine
  • Chapitre 5 L'essor d'une nouvelle foi : La christianisation de la Provence
  • Chapitre 6 Un âge de bouleversements : Invasions barbares et chute de Rome
  • Chapitre 7 Sous la domination franque : Mérovingiens et Carolingiens
  • Chapitre 8 La menace sarrasine : Invasions et razzias
  • Chapitre 9 L'essor des comtes : Les premiers souverains de Provence
  • Chapitre 10 La domination angevine : Une nouvelle dynastie
  • Chapitre 11 Le siège papal : Avignon et le Grand Schisme
  • Chapitre 12 Le fléau de la Peste noire et ses conséquences
  • Chapitre 13 La cour du bon roi René : Une renaissance provençale
  • Chapitre 14 L'union avec la France : Du comté à la province
  • Chapitre 15 Une terre divisée : Les guerres de Religion
  • Chapitre 16 L'âge de l'absolutisme : La Provence aux XVIIe et XVIIIe siècles
  • Chapitre 17 Liberté, Égalité, Fraternité : La Révolution française en Provence
  • Chapitre 18 L'ère napoléonienne et son impact sur la région
  • Chapitre 19 Un réveil culturel : Le Félibrige et la renaissance provençale
  • Chapitre 20 La Belle Époque et la modernisation de la Provence
  • Chapitre 21 La Grande Guerre : La Provence et son peuple pendant la Première Guerre mondiale
  • Chapitre 22 Années d'occupation et de libération : La Provence pendant la Seconde Guerre mondiale
  • Chapitre 23 Reconstruction et renouveau : Les années d'après-guerre
  • Chapitre 24 La muse des artistes : Art moderne et littérature en Provence
  • Chapitre 25 La Provence contemporaine : Tourisme, identité et avenir

Introduction

Parler de la Provence, c’est évoquer des images baignées d’une lumière si pure qu’elle a conduit des hommes à la folie et à l’art immortel. C’est sentir la lavande, le thym et le romarin portés par le vent, entendre le chant incessant des cigales en été, et toucher la pierre chauffée par le soleil d’un aqueduc romain. Voilà la Provence de l’imaginaire, un paysage de délices terrestres, de vin rosé et de marchés animés, une vision si puissante qu’elle est devenue, à l’échelle mondiale, une représentation abrégée de la belle vie. C’est une vision qui, pour l’essentiel, est vraie. Mais c’est aussi un voile trompeusement serein qui recouvre une histoire d’une turbulence à couper le souffle, d’invasions constantes et d’une résilience obstinée.

L’histoire de ce coin célèbre du sud-est de la France est celle d’une frontière perpétuelle, d’une porte entre les mondes. Berceau des Alpes, bordée à l’ouest par le puissant Rhône et à l’est par la péninsule italienne, dotée d’un long littoral stratégique sur la mer Méditerranée, la Provence était promise à être un carrefour. Depuis des millénaires, elle est un lieu où les cultures se heurtent, où les empires s’affrontent et où les idées prennent racine. Son histoire n’est pas un récit unique et linéaire, mais une tapisserie complexe tissée des fils d’innombrables peuples différents, chacun laissant une empreinte indélébile sur la terre et son caractère.

Son nom même témoigne de la première grande puissance qui l’a définie. Les Romains, franchissant les Alpes, désignèrent ce territoire baigné de soleil Provincia Romana, « la province romaine ». Ce fut leur première conquête territoriale dans ce qui deviendrait la France, un lien vital entre l’Italie et l’Espagne. Au fil du temps, le nom fut réduit à Provincia, qui évolua pour donner la Provence moderne. Cet héritage romain ne se limite pas au nom ; il est gravé dans le paysage lui-même, dans les magnifiques arènes d’Arles et de Nîmes, les arcs triomphaux, et le remarquable ouvrage d’art du Pont du Gard. Pendant des siècles, la Provence prospéra sous la Pax Romana, devenant un avant-poste hautement cultivé et prospère de l’empire.

Mais bien avant l’arrivée des légions romaines, l’histoire de la Provence avait déjà commencé. Ses premiers chapitres sont murmurés depuis les parois peintes des grottes préhistoriques et les pierres levées silencieuses érigées par les Ligures et les Celtes. Vers 600 av. J.-C., un nouveau chapitre s’ouvrit lorsque des marins grecs venus de Phocée, en Asie Mineure, naviguèrent jusqu’à une crique abritée et fondèrent le port de Massalia, l’actuelle Marseille. Cet acte rattacha la Provence au monde intellectuel et vibrant de la civilisation hellénique, établissant un pôle commercial et culturel dont l’influence rayonnerait dans toute la région pendant des siècles.

La chute de Rome plongea la Provence, comme le reste de l’Europe, dans une longue période chaotique. Elle fut envahie par une succession d’envahisseurs — Wisigoths, Burgondes, Ostrogoths et Francs — chacun cherchant à s’emparer de ce territoire convoité. Sa côte stratégique en fit également une cible de choix pour les pirates sarrasins, dont les raids terrorisèrent la population pendant des générations. Pourtant, de ce creuset de conflits, une identité distincte commença à se former. Nominalement partie d’empires vastes et ingouvernables, des Carolingiens au Saint-Empire romain germanique, la Provence était en pratique souvent livrée à elle-même. C’est au cours de ces siècles tumultueux que la région fut gouvernée par une succession de puissants seigneurs locaux : les comtes de Provence.

Ces comtes, qu’ils soient d’origine franque, burgonde ou catalane, forgèrent un État farouchement indépendant avec sa propre langue — le provençal, la langue des troubadours — et une culture courtoise vibrante. Ils naviguèrent dans la politique féodale complexe du Moyen Âge, défendant leurs frontières et consolidant leur pouvoir. Pendant un temps, la région fut même partagée, les terres au nord de la Durance étant contrôlées par les comtes de Toulouse. Plus tard, par un mariage stratégique, le comté passa à la maison française d’Anjou, mêlant plus encore son destin à celui de ses puissants voisins.

La période la plus extraordinaire de l’histoire provençale survint peut-être au XIVe siècle. En raison des troubles politiques en Italie, la papauté abandonna Rome et s’installa à Avignon. Pendant près de soixante-dix ans, cette cité du Rhône devint la capitale du monde chrétien. La présence de sept papes successifs transforma Avignon, stimulant la construction de l’immense et fortifié Palais des Papes, et faisant de la ville un centre majeur d’art, de musique et de savoir. Cette « papauté d’Avignon » apporta à la Provence une immense richesse et un grand prestige, mais elle entraîna aussi la région dans les grandes luttes de pouvoir de l’époque, culminant avec le Grand Schisme d’Occident, où des papes rivaux à Rome et à Avignon revendiquèrent la légitimité.

Même après le retour des papes à Rome, la Provence conserva son statut unique, notamment sous le règne cultivé de René d’Anjou, le « bon roi René », qui présida à un épanouissement artistique de la fin du Moyen Âge au XVe siècle. Mais l’ère de l’indépendance touchait à sa fin. En 1481, le dernier comte de Provence mourut sans héritier, léguant ses terres au roi de France, Louis XI. L’unification fut présentée comme une union d’égaux, mais la Provence était désormais irrévocablement liée à la couronne de France, son destin devant être façonné par les ambitions et les conflits du royaume plus vaste.

Cette transition ne fut pas toujours aisée. Le XVIe siècle apporta les violents bouleversements des guerres de Religion, qui virent la Provence ravagée par des conflits brutaux entre catholiques et protestants huguenots. La région devint un champ de bataille où le fanatisme et l’ambition politique laissèrent un sillage de destruction. Les siècles suivants virent l’érosion progressive de l’autonomie de la région sous le pouvoir centralisateur de la monarchie absolue, processus qui culmina avec la Révolution française, lorsque l’ancienne province fut officiellement démantelée et divisée en les départements administratifs qui existent aujourd’hui.

Pourtant, alors même que son indépendance politique s’effaçait, l’identité culturelle de la Provence refusa de disparaître. Au XIXe siècle, une puissante renaissance culturelle, connue sous le nom de mouvement du Félibrige, vit le jour. Menée par le poète Frédéric Mistral, qui remporterait le prix Nobel de littérature en 1904, cette association d’écrivains et de savants chercha à défendre et à promouvoir la langue et la culture provençales. Les poèmes épiques de Mistral et son dictionnaire complet de la langue contribuèrent à susciter un renouveau de la fierté régionale qui perdure aujourd’hui.

À la même époque, la région fut découverte par un autre type de visionnaire. Attirés par la clarté unique de la lumière et la beauté brute du paysage, des artistes venus du nord commencèrent à arriver. Vincent van Gogh connut sa période de création la plus prolifique et la plus explosive à Arles et à Saint-Rémy-de-Provence. Paul Cézanne, natif d’Aix-en-Provence, retourna dans sa terre natale et peignit inlassablement la montagne Sainte-Victoire, révolutionnant au passage l’art moderne. Au XXe siècle, ils furent suivis par une foule d’autres, dont Picasso, Matisse et Chagall, tous trouvant l’inspiration sous le soleil provençal, associant à jamais la région à l’avant-garde de l’art moderne.

Le XXe siècle apporta de nouvelles épreuves et transformations. La Provence endura les pertes immenses de la Première Guerre mondiale et les années d’occupation et de résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. L’après-guerre inaugura une période de changements sans précédent, avec l’essor du tourisme de masse qui transforma la côte idyllique en la glamoureuse Côte d’Azur, apportant à la fois prospérité et nouveaux défis au mode de vie traditionnel de la région.

Ce livre retracera ce long et dramatique voyage. Depuis les premiers peuplements humains jusqu’aux défis complexes du XXIe siècle, nous explorerons les forces qui ont façonné la Provence. Nous suivrons l’arrivée des Grecs et les conquêtes des Romains, nous naviguerons dans la politique complexe des comtes médiévaux et les splendeurs des papes d’Avignon. Nous serons témoins de l’absorption de la région par la France, de ses renaissances culturelles et de son émergence en tant que muse pour les plus grands artistes du monde. Voici l’histoire d’une terre qui a été disputée, célébrée en chansons et capturée sur la toile ; une terre dont l’histoire est aussi vibrante, intense et inoubliable que le paysage lui-même.


CHAPITRE PREMIER : Les premiers peuples : La Provence préhistorique

Avant les vignobles, les champs de lavande et les fermes en pierre cuites par le soleil, la Provence était une terre profondément différente. Son histoire ne commence pas dans les archives écrites, mais dans les couches de la terre, dans les grottes et les abris sous roche, et dans les artefacts simples et brutaux laissés par ses plus anciens habitants. Pendant des centaines de milliers d'années, ce fut une frontière sauvage, le théâtre des immenses drames de l'expansion et du retrait des glaciers, un monde peuplé de créatures qui ont depuis longtemps disparu. La présence humaine y fut d'abord fugace, une empreinte à peine perceptible sur un paysage vaste et souvent inhospitalier. Pourtant, ce fut un commencement.

Les toutes plus anciennes traces d'ancêtres humains dans la région sont à la fois fascinantes et parcellaires. À la grotte du Vallonnet, une cavité près de Roquebrune-Cap-Martin, perchée haut au-dessus du littoral moderne, les archéologues ont mis au jour des outils en pierre datés entre 1 et 1,2 million d'années. Ce ne sont pas les instruments sophistiqués des époques ultérieures ; ce sont de simples outils sur galets, grossièrement éclatés pour créer un tranchant. À leurs côtés gisaient les ossements de bêtes formidables : tigres à dents de sabre, jaguars d'Eurasie et l'immense mammouth méridional. Les humains du Vallonnet, probablement une espèce telle qu'Homo erectus, n'étaient pas les occupants principaux de la grotte. Les indices suggèrent qu'elle servait de tanière à de grands carnivores. Les premiers hominines étaient des intrus, s'aventurant à l'intérieur quand les prédateurs étaient absents pour charognarder sur leurs proies, utilisant leurs outils de pierre pour briser les os et en extraire la moelle riche. Ils n'étaient pas encore les maîtres de leur domaine, mais des survivants, s'accrochant aux marges d'un monde dangereux.

De nombreux millénaires s'écoulèrent, marqués par le lent rythme des âges glaciaires, avant que ne s'ouvre le prochain chapitre humain significatif. Ce fut l'ère des Néandertaliens, Homo neanderthalensis, une espèce remarquablement adaptée aux climats froids et rudes de l'Europe du Paléolithique moyen. Pendant environ 300 000 à 40 000 ans, les Néandertaliens firent de la Provence leur foyer, laissant derrière eux un témoignage bien plus substantiel de leur existence. Des grottes dans la vallée du Verdon et à travers la région ont livré leurs outils moustériens distinctifs, un bond technologique significatif en avant. Ce n'étaient plus de simples hachereaux, mais une panoplie variée de racloirs, de pointes et de bifaces, chacun façonné pour un usage précis, preuve d'une compréhension plus complexe de leur environnement. Les Néandertaliens étaient des chasseurs habiles, capables d'abattre du gros gibier, et leurs restes suggèrent une existence physiquement éprouvante et souvent brutale. Malgré leur image populaire de brutes primitives, des indices provenant d'autres régions d'Europe pointent vers une espèce qui soignait ses malades et avait peut-être même des formes rudimentaires de pensée symbolique. Si la Provence n'a pas encore livré de preuve définitive de rites funéraires néandertaliens, elle fut indéniablement une part essentielle de leur monde pendant une immense période.

Le récit de la Provence préhistorique prend un tour dramatique avec l'arrivée de notre propre espèce, Homo sapiens, il y a environ 54 000 ans, une date considérablement reculée grâce aux découvertes de la grotte Mandrin dans la vallée du Rhône. On y a trouvé une dent d'enfant et des outils en pierre distinctivement modernes dans une couche intercalée entre deux occupations néandertaliennes, suggérant un tableau plus complexe qu'un simple et rapide remplacement d'une espèce par une autre. Pendant un temps, il semble que les deux groupes humains aient pu utiliser les mêmes territoires, voire les mêmes abris, par périodes alternées. Ces premiers humains modernes apportaient avec eux de nouvelles technologies, notamment de petites pointes en pierre finement réalisées qui ont pu servir de pointes de flèche, leur conférant un avantage potentiel à la chasse. Pourtant, leur première incursion semble avoir été de courte durée ; les Néandertaliens revinrent à la grotte Mandrin après la disparition de cette première vague d'humains modernes. La disparition finale des Néandertaliens de la région, il y a environ 40 000 ans, reste un sujet de débat intense, mais leur effacement laissa la place au règne incontesté d'Homo sapiens.

Cette nouvelle ère, le Paléolithique supérieur, inaugura ce que l'on appelle souvent l'« explosion créatrice », et nulle part elle n'est plus à couper le souffle que dans les profondeurs de la grotte Cosquer. Découverte en 1985 par le plongeur Henri Cosquer, l'entrée de la grotte se trouve aujourd'hui à 37 mètres sous la surface de la Méditerranée, près de Marseille. Lors du dernier âge glaciaire, d'immenses quantités d'eau étant piégées dans les glaciers, le niveau de la mer était bien plus bas, et l'entrée de la grotte était accessible à pied sur une plaine côtière qui s'étendait sur des kilomètres. Aujourd'hui, les chambres conservées, remplies d'air, sont une capsule temporelle submergée, une galerie d'art créée par des gens qui vivaient entre 27 000 et 19 000 ans avant notre ère.

L'art de Cosquer est remarquable. Les œuvres les plus anciennes, de la période gravettienne, comprennent 65 mains négatives, le plus souvent réalisées en posant une main sur la paroi et en soufflant du pigment tout autour. L'art plus récent, de la période solutréenne, consiste en plus de 170 magnifiques figures animales, gravées et peintes avec assurance et maestria. On y retrouve les chevaux, bisons et bouquetins familiers des autres grottes européennes. Mais, fait unique, les artistes de Cosquer ont également représenté la vie qu'ils voyaient sur le rivage glacial : phoques, méduses, et ce qui semble être des grands pingouins, des oiseaux incapables de vol aujourd'hui éteints. Ce sont les seules représentations connues d'animaux marins dans l'art pariétal paléolithique au monde, un lien direct avec l'environnement côtier disparu de la Provence de l'âge de glace. La grotte, aujourd'hui menacée par la montée des eaux, offre un aperçu poignant et irremplaçable du monde spirituel et artistique de ces premiers Provençaux.

À mesure que les dernières grandes calottes glaciaires se retiraient, vers 10 000 av. J.-C., le climat se réchauffa, transformant une fois de plus le paysage. La vaste steppe froide qui soutenait des troupeaux de mammouths et de bisons céda la place à des forêts de chênes et de pins. Cette nouvelle ère, le Mésolithique, imposa une adaptation profonde aux habitants de la région. La mégafaune avait disparu, remplacée par des animaux plus petits et plus solitaires comme le cerf élaphe, le chevreuil et le sanglier. Les humains s'adaptèrent en développant de nouvelles stratégies de chasse, créant des outils en pierre plus petits et plus raffinés, les microlithes, qui pouvaient être emmanchés sur des sagaies ou des flèches pour chasser les créatures vives des forêts. La vie devint plus localisée, avec des communautés s'installant le long des vallées fluviales nouvellement verdoyantes et du littoral riche en ressources, leur alimentation complétée par la pêche, la cueillette de coquillages et la collecte d'une variété croissante de plantes.

Le changement le plus transformateur de l'histoire humaine, la révolution néolithique, parvint en Provence vers 6000 av. J.-Ce. Ce ne fut pas un événement soudain, mais une adoption progressive de nouvelles technologies et idées qui se propagea vers l'ouest à travers la Méditerranée. Pour la première fois, les hommes commencèrent à maîtriser leur approvisionnement alimentaire. Ils défrichèrent les forêts pour y planter des céréales comme le blé et l'orge, et élevèrent des animaux domestiques tels que moutons, chèvres et porcs. Ce passage d'une existence nomade de chasseurs-cueilleurs à une vie agricole sédentaire fut capital. Il entraîna l'établissement des premiers villages permanents, communautés de maisons en bois et torchis, dont des traces ont été retrouvées dans toute la région. Une fouille à Cavalaire-sur-Mer, par exemple, a révélé l'un des plus anciens établissements néolithiques connus en France, daté du Cardial ancien. Cette culture tire son nom de la poterie distinctive décorée d'impressions du bord d'une coque de cardium (Cardium), marqueur des premières communautés agricoles le long du littoral méditerranéen.

Avec la sédentarisation vint un nouveau rapport à la terre et aux concepts de territoire, d'ascendance et d'au-delà. Cela s'exprime puissamment dans l'émergence de l'architecture mégalithique. À partir du Ve millénaire av. J.-C., les peuples de Provence se mirent à élever d'immenses structures en pierre — dolmens et menhirs. Les dolmens, présents en grand nombre, sont des chambres funéraires collectives, construites de dalles massives formant une pièce, puis recouvertes d'un tumulus de terre ou de pierres plus petites. Ce n'étaient pas des tombes individuelles mais communautaires, utilisées et réutilisées sur de nombreuses générations, témoignant d'un sens croissant de la lignée et de l'identité collective. Les menhirs, pierres dressées isolées, sont plus énigmatiques. Certains ont pu servir de bornes territoriales, d'autres une signification astronomique, alignés sur les mouvements du soleil et de la lune. Ces sentinelles de pierre silencieuses, disséminées sur les plateaux calcaires et les collines, sont les monuments les plus durables de la Provence néolithique, un lien physique avec le monde spirituel de ses premiers agriculteurs. Une autre forme de construction durable de cette période sont les bories, cabanes en pierre sèche à toit en encorbellement, particulièrement communes dans le Luberon. Si de nombreuses structures existantes datent de siècles plus récents, la technique de construction elle-même puise ses racines profondes dans la période néolithique.

L'introduction de la métallurgie annonça une nouvelle série de bouleversements sociaux profonds. À partir du IIIe millénaire av. J.-C. avec le Chalcolithique, ou Âge du Cuivre, et s'intensifiant durant l'Âge du Bronze, la capacité à fondre et façonner le métal créa de nouveaux outils, de nouvelles armes et de nouvelles formes de richesse. Les réseaux d'échanges s'étendirent, reliant la Provence à des communautés à travers les Alpes et dans toute la Méditerranée. Cette richesse croissante et la concurrence pour les ressources semblent également avoir entraîné une stratification sociale accrue et des conflits.

L'un des témoignages les plus extraordinaires des croyances de cette période se trouve haut dans les montagnes du parc national du Mercantour, juste à l'est de ce qui est aujourd'hui la Provence. Dans la Vallée des Merveilles, des milliers de pétroglyphes furent gravés dans les parois rocheuses lisses, polies par les glaciers. Créés principalement durant l'Âge du Bronze, ces gravures dépeignent un monde d'animaux cornus, d'armes telles que dagues et hallebardes, et de mystérieux symboles géométriques. Des figures, souvent interprétées comme des divinités ou des chamanes, sont également présentes, dont le célèbre « Sorcier ». Le site est considéré comme un vaste sanctuaire à ciel ouvert, peut-être centré sur un culte du taureau ou d'un dieu de la montagne, où les gens effectuaient des pèlerinages pour accomplir des rituels liés au cycle agricole ou aux astres.

Au début de l'Âge du Fer, vers 800 av. J.-C., le paysage social et culturel de la Provence devenait de plus en plus complexe. Cette période vit la coalescence de divers groupes en peuples tribaux identifiables, connus des écrivains grecs et romains ultérieurs sous le nom de Celto-Ligures. Les Ligures étaient probablement les descendants des habitants néolithiques, tandis que des peuples celtiques semblent avoir migré dans la région depuis le nord, apportant avec eux la technologie du fer et de nouvelles traditions culturelles. Il en résulta une fusion de cultures, avec différentes tribus comme les Salyens, les Cavares et les Voconces contrôlant des territoires distincts.

Leur société s'organisait autour de settlements fortifiés sur des hauteurs, connus en latin sous le nom d'oppida. Ce n'étaient pas de simples refuges, mais de véritables proto-cités, centres politiques, économiques et religieux pour le territoire environnant. Bâtis sur des éminences stratégiques offrant une vue imprenable, ils étaient protégés par d'impressionnants murs en pierre. Des traces de centaines de ces établissements ont été trouvées à travers la Provence, du littoral aux contreforts des Alpes. À l'intérieur de leurs murs se trouvaient des rues organisées, des maisons, des ateliers et des sanctuaires. Des sites comme Glanum (près de l'actuelle Saint-Rémy-de-Provence) et Entremont (près d'Aix-en-Provence) commencèrent leur existence comme d'importants oppida celto-ligures, bourdonnant de l'activité d'agriculteurs, de guerriers et d'artisans. C'étaient des sociétés dynamiques et guerrières, mais aussi ouvertes sur le monde. Elles commerçaient avec leurs voisins et, de plus en plus, avec les civilisations sophistiquées de la Méditerranée. Ce fut dans ce paysage de puissants chefs-lieux de collines qu'un nouveau peuple allait bientôt arriver par la mer, non en conquérants, mais en marchands, apportant avec eux la vigne, l'olivier et un concept révolutionnaire de cité-État. L'ère préhistorique touchait à sa fin, et l'histoire écrite de la Provence allait commencer.


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