Une histoire de Djibouti - Sample
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Une histoire de Djibouti

Table des matières

  • Introduction
  • Chapitre 1 Le pays de Pount : Djibouti dans l'Antiquité.
  • Chapitre 2 L'essor des sultanats d'Ifat et d'Adal.
  • Chapitre 3 L'arrivée de l'islam et les premiers réseaux commerciaux.
  • Chapitre 4 L'ère des explorations et l'intérêt français pour la Corne de l'Afrique.
  • Chapitre 5 L'établissement de la Côte française des Somalis à la fin du XIXe siècle.
  • Chapitre 6 La construction du chemin de fer franco-éthiopien et l'essor de la ville de Djibouti.
  • Chapitre 7 Djibouti pendant les guerres mondiales.
  • Chapitre 8 L'après-guerre et l'essor du sentiment anticolonial.
  • Chapitre 9 Les référendums de 1958 et 1967 : un vote divisé sur l'indépendance.
  • Chapitre 10 Le Territoire français des Afars et des Issas.
  • Chapitre 11 La route vers l'indépendance : la poussée finale.
  • Chapitre 12 27 juin 1977 : la naissance de la République de Djibouti.
  • Chapitre 13 La présidence de Hassan Gouled Aptidon : les premières années.
  • Chapitre 14 Tensions ethniques et État à parti unique.
  • Chapitre 15 La guerre civile djiboutienne (1991-1994).
  • Chapitre 16 L'accord de paix de 1994 et la transition vers le multipartisme.
  • Chapitre 17 La présidence d'Ismaël Omar Guelleh : une nouvelle ère.
  • Chapitre 18 L'importance stratégique de Djibouti au XXIe siècle.
  • Chapitre 19 Bases militaires étrangères et relations internationales.
  • Chapitre 20 Développement économique et défis d'une jeune nation.
  • Chapitre 21 Société et culture : les peuples afar et issa.
  • Chapitre 22 Le rôle de Djibouti dans les conflits régionaux et la pacification.
  • Chapitre 23 Relations avec l'Éthiopie et la Somalie : un équilibre délicat.
  • Chapitre 24 Le conflit frontalier djibouto-érythréen.
  • Chapitre 25 Djibouti contemporain : défis et perspectives d'avenir.

Introduction

Il existe des endroits sur Terre qui, par un pur accident de géographie, sont destinés à jouer un rôle dans les affaires humaines bien plus grand que leur taille ne le suggérerait. La République de Djibouti, un lambeau de terre brûlé par le soleil sur la Horn of Africa, est l'un de ces endroits. Assez petit pour passer inaperçu sur de nombreuses cartes du monde, Djibouti occupe l'un des morceaux d'immobilier les plus stratégiques de la planète. Il se dresse au-dessus du détroit de Bab-el-Mandeb, la « Porte des Larmes », le goulet d'étranglement étroit qui relie la Red Sea au Gulf of Aden et, par extension, la Mediterranean Sea à l'Indian Ocean. Chaque jour, une part significative du commerce mondial, des pétroliers aux porte-conteneurs, s'engouffre dans ces eaux, faisant de Djibouti un nœud indispensable du système circulatoire de l'économie mondiale.

Ce livre raconte l'histoire de Djibouti, un récit qui est à bien des égards l'histoire de ce détroit stratégique et de la terre qui le domine. C'est une histoire qui remonte à l'aube de l'humanité, lorsque les premiers hominines ont peut-être utilisé ce même corridor pour sortir d'Afrique et peupler le reste du monde. C'est une histoire imprégnée de la mythologie de l'Égypte antique, dont les pharaons envoyèrent des expéditions vers le légendaire Land of Punt, un territoire que l'on pense avoir englobé le Djibouti moderne, à la recherche d'encens, de myrrhe et de marchandises exotiques. Pendant des millénaires, cette terre a été un carrefour de cultures, un creuset où les influences africaines, arabes et, éventuellement, européennes se sont rencontrées, mélangées et parfois affrontées.

L'environnement physique de Djibouti est aussi spectaculaire que son histoire. C'est une terre d'une beauté saisissante et souvent brutale, dominée par des plaines volcaniques, des plateaux basaltiques et de profondes dépressions incrustées de sel. Une grande partie du pays est un désert aride, où les températures torrides sont la norme et l'eau douce une denrée précieuse. Pourtant, ce paysage rude recèle des merveilles géologiques. On y trouve le Lake Assal, un lac de cratère dont les rives représentent le point le plus bas du continent africain, un plan d'eau dix fois plus salé que l'océan, entouré d'une éblouissante étendue de cristaux de sel blanc que les caravanes récoltent depuis des siècles. Le pays est situé dans la Great Rift Valley, à une jonction triple où trois des plaques tectoniques de la Terre s'écartent lentement, faisant de lui un foyer d'activité volcanique et sismique.

Cette géographie spectaculaire a façonné la vie de ses habitants. Pendant des siècles, l'histoire de cette terre a été celle de ses deux principaux peuples : les Afar et les Issa, un grand clan Somali. Tous deux traditionnellement pasteurs nomades, ils se sont admirablement adaptés à cet environnement impitoyable, leurs vies et leurs cultures étant étroitement tissées aux rythmes des saisons et aux besoins de leur bétail. Leur histoire, consignée dans de riches traditions orales de poésie et de chant, raconte un lien profond avec cette terre, des rivalités de clans et de réseaux commerciaux de longue date qui reliaient l'intérieur de l'Afrique à la péninsule Arabique. Grâce à ces contacts anciens, notamment avec l'Arabie, les tribus Afar et Somali de cette région devinrent parmi les premières du continent africain à embrasser l'Islam il y a plus de mille ans, une foi qui demeure un pilier central de l'identité djiboutienne aujourd'hui.

Le chapitre moderne de l'histoire de Djibouti commence non pas par un soupir, mais par le coup de sirène des navires à vapeur et les calculs stratégiques d'empires lointains. L'ouverture du Suez Canal en 1869 transforma instantanément la Red Sea, d'une voie navigable régionale, en l'autoroute maritime la plus vitale du monde. Les puissances européennes, notamment la Great Britain et la France, se ruèrent pour s'assurer des stations de charbonnage et des points d'appui stratégiques le long de cette nouvelle route vers l'Asie. La France, cherchant à contrer la domination britannique dans la région, porta son regard sur la côte à l'entrée de la Red Sea. Par une série de traités avec les sultans Afar et Issa locaux à la fin du XIXe siècle, la France établit un protectorat. Cette nouvelle entité fut d'abord connue sous le nom de French Somaliland.

La création du French Somaliland fut un exercice de cartographie coloniale, établissant des frontières artificielles qui auraient des implications profondes pour l'avenir. L'intérêt des Français ne se portait pas sur l'intérieur aride mais sur la côte, plus précisément sur la création d'une ville portuaire moderne. La capitale fut déplacée de l'ancrage initial d'Obock vers la ville de Djibouti. La construction du Franco-Ethiopian Railway, une prouesse d'ingénierie ambitieuse commencée en 1897, cimenta l'importance de la ville. Ce chemin de fer reliait le port en eau profonde de Djibouti au cœur de l'Ethiopia enclavé, transformant rapidement la ville en un centre commercial bouillonnant et en la principale porte de l'Ethiopia vers la mer.

Pendant près d'un siècle, le destin de Djibouti fut lié à la France. Ce fut un avant-poste colonial, une station de charbonnage et une base militaire. Son histoire durant cette période reflète les grands courants du XXe siècle. Le territoire fut le théâtre d'escarmouches entre les forces françaises et italiennes durant l'occupation de l'Ethiopia par cette dernière dans les années 1930. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il fut brièvement tenu par le gouvernement Vichy French avant d'être repris par les forces Allied et Free French. Dans l'après-guerre, alors que les vents de la décolonisation soufflaient sur l'Afrique, l'avenir du French Somaliland devint un sujet de débat intense.

La voie vers l'indépendance ne fut pas simple. La population était divisée, les loyautés ethniques et politiques tirant souvent dans des directions opposées. Deux référendums, en 1958 et 1967, virent la population voter pour le maintien de ses liens avec la France, reflétant des préoccupations profondément ancrées quant aux ambitions de ses voisins plus grands, l'Ethiopia et la Somalia. En 1967, dans une démarche pour reconnaître sa réalité démographique et atténuer le sentiment nationaliste Somali, le territoire fut rebaptisé French Territory of the Afars and the Issas. Mais les appels à la souveraineté devinrent plus forts, et le 27 juin 1977, à la suite d'un troisième référendum décisif, le peuple djiboutien vota massivement pour l'indépendance. La République de Djibouti naquit, avec Hassan Gouled Aptidon comme premier président.

L'indépendance, cependant, ne fut pas une panacée. La jeune nation fit face à des défis formidables. À la veille de sa naissance, nombreux étaient ceux qui remettaient en cause sa viabilité même en tant qu'État souverain. Elle héritait de frontières coloniales, d'une population divisée entre deux groupes ethniques majeurs ayant une histoire de rivalité, et d'une économie fortement dépendante de son port et de l'aide étrangère. Les premières décennies furent marquées par la tâche difficile de la construction nationale, l'équilibre des tensions ethniques et la navigation dans un environnement régional turbulent. Ces tensions finirent par éclater en guerre civile au début des années 1990, opposant le gouvernement dominé par les Issa à une rébellion basée chez les Afar. Un accord de paix et une transition vers le multipartisme dans les années qui suivirent placèrent le pays sur une nouvelle voie, bien que toujours semée d'embûches.

Au XXIe siècle, l'histoire de Djibouti a fait un tour complet, une fois de plus définie par sa géographie stratégique. Dans une région souvent caractérisée par l'instabilité — le long conflit en Somalia, la guerre civile en Ethiopia et les troubles au Yemen de l'autre côté du détroit — Djibouti est apparu comme une île de calme relatif. Cette stabilité, combinée à sa position de premier ordre, l'a rendu exceptionnellement précieux pour les puissances mondiales. Suite aux événements du 11 septembre 2001, les United States établirent leur seule base militaire permanente en Afrique, le Camp Lemonnier, à Djibouti, en faisant un centre critique pour les opérations de contre-terrorisme.

La France, l'ancienne puissance coloniale, a maintenu une présence militaire significative depuis l'indépendance. Mais elles ne sont pas seules. Dans un développement sans précédent, Djibouti accueille désormais une constellation de bases militaires étrangères, avec des nations incluant la China, le Japan, l'Italie et d'autres établissant des installations. La première base militaire outre-mer de la China, établie ici en 2017, a signalé un changement majeur dans le paysage géopolitique mondial. Ces bases servent à divers objectifs : protéger les voies de navigation vitales contre la menace de la piraterie, lancer des missions de contre-terrorisme, surveiller les conflits régionaux et projeter la puissance à travers l'Afrique et le Moyen-Orient.

Cette situation unique a fait de Djibouti ce que certains ont appelé un « terrain de jeu géopolitique », où les intérêts des géants mondiaux se croisent. Le gouvernement a habilement tiré parti de cet intérêt, transformant la rente stratégique de ces bases en un pilier de l'économie nationale. La stratégie économique du pays est indissociablement liée à sa position, se concentrant sur le développement de ses ports, de sa logistique et de son infrastructure de transport pour servir de premier centre commercial et de transbordement pour l'East Africa.

Pourtant, malgré toute sa proéminence géopolitique, Djibouti reste une nation de contrastes et de défis. Malgré les revenus des ports et des bases militaires, elle lutte contre une pauvreté significative, un chômage élevé et une dépendance lourde aux biens importés et à l'aide étrangère. Les perspectives d'avenir de la nation dépendent de sa capacité à traduire son importance stratégique en développement durable pour son peuple, à continuer de gérer les dynamiques politiques et ethniques internes, et à naviguer dans les intérêts complexes et souvent concurrents des puissances mondiales campées sur son seuil de porte.

Ce livre vise à naviguer dans la longue et complexe histoire de cette nation petite mais significative. Du commerce ancien des épices au commerce moderne des conteneurs d'expédition, des clans nomades du désert aux soldats des superpuissances mondiales, l'histoire de Djibouti est un microcosme des forces qui ont façonné la Horn of Africa et le monde au sens large. C'est une histoire de survie, d'adaptation et du pouvoir durable du lieu. C'est l'histoire d'une nation au carrefour du monde.


CHAPITRE UN : Le Pays de Pount : Djibouti dans l'Antiquité

Dans la mémoire collective de l'Égypte antique, l'une des premières et des plus grandes civilisations du monde, existait une terre semi-mythique d'une richesse fabuleuse, de trésors exotiques et de connexions divines. On l'appelait Pount, ou Ta Netjer, le « Pays du Dieu ». Pendant plus d'un millénaire, les pharaons dépêchèrent d'ambitieuses expéditions vers ce royaume lointain, un lieu qu'ils considéraient comme une source de matériaux sacrés essentiels à leurs rituels et un partenaire clé dans un réseau commercial lucratif qui enrichissait le royaume. Bien que les frontières exactes de Pount restent un sujet de débat scientifique animé, un ensemble considérable de preuves pointe vers la Horn of Africa, une région englobant le Djibouti moderne, l'Eritrea, l'Ethiopia et la Somalia. L'histoire du passé le plus profond de Djibouti est donc inextricablement liée à cette terre légendaire.

La quête pour localiser Pount sur une carte moderne a été une énigme de longue date pour les égyptologues. Diverses théories l'ont situé dans le sud de l'Arabie, au Soudan, ou même plus loin. Cependant, les biens que les Égyptiens recherchaient si ardemment et cataloguaient si méticuleusement — notamment les résines aromatiques comme la myrrhe et l'encens, l'or, l'ébène, l'ivoire et une multitude d'animaux sauvages — sont massivement originaires de la Horn of Africa. Les bas-reliefs égyptiens dépeignent un paysage et des peuples cohérents avec cette région. Des études scientifiques récentes, incluant l'analyse ADN de babouins momifiés ramenés de Pount en Égypte, ont encore réduit le lieu probable à une zone côtière s'étendant sur l'actuelle Eritrea, Ethiopia et Djibouti. La géographie même de Djibouti, avec son littoral stratégique sur la Red Sea et le Golfe d'Aden, le place au cœur de l'emplacement probable de l'antique Pount.

Le commerce entre l'Égypte et Pount ne fut pas une affaire éphémère ; ce fut une relation soutenue qui s'étala sur plusieurs dynasties. La première expédition enregistrée remonte au règne du Pharaon Sahure au XXVe siècle avant J.-C., qui revint avec des cargaisons de myrrhe et d'électrum, un alliage naturel d'or et d'argent. L'or de Pount aurait pu atteindre l'Égypte encore plus tôt, à l'époque de Khéops, le constructeur de la Grande Pyramide. Au fil des siècles, des pharaons des VIe, XIe et XIIe dynasties organisèrent d'autres missions, consolidant un lien économique vital. Ce commerce était si ancré dans la culture qu'il s'invita même dans la littérature populaire, comme en témoigne l'histoire de l'Égypte antique, « Le Conte du Naufragé ».

La plus célèbre et la plus richement documentée de toutes ces expéditions fut celle dépêchée par la Reine Hatchepsout, l'une des pharaons femmes les plus puissantes d'Égypte, vers 1470 avant J.-C. Cette grande expédition n'était pas une simple mission commerciale ; c'était une entreprise d'État majeure, destinée à gagner la faveur divine et à rehausser son prestige. Hatchepsout fit graver dans les moindres détails toute l'histoire du voyage sur les murs de son temple funéraire à Deir el-Bahri, offrant aux historiens une fenêtre inégalée sur le monde de Pount. Ces bas-reliefs dépeignent une flotte de cinq grands navires de haute mer, chacun d'environ soixante-dix pieds de long et manœuvré par plus de 200 marins et soldats, en train d'être chargés des trésors de cette terre lointaine.

Les bas-reliefs de Deir el-Bahri sont une mine d'informations, offrant une image vivante de ce que les Égyptiens rencontrèrent. Ils montrent les Égyptiens accueillis chaleureusement par le peuple de Pount, dirigé par leur chef, Parahou, et sa femme, Ati. Les Pountites sont dépeints avec une peau rougeâtre, similaire à celle des Égyptiens eux-mêmes, et vivaient dans des huttes distinctives en forme de ruche, sur pilotis, une adaptation pratique à un environnement côtier ou marécageux. Le paysage est montré regorgeant de vie, incluant des palmiers doum, de l'ébène, et les précieux arbres à myrrhe. La faune dépeinte, telle que girafes, babouins, hippopotames et léopards, renforce encore l'argument en faveur d'une localisation dans la Horn of Africa.

Pour les anciens Égyptiens, les biens en provenance de Pount avaient une importance religieuse et pratique immense. Les articles les plus convoités étaient les résines aromatiques, la myrrhe et l'encens. Ils étaient brûlés en vastes quantités comme encens dans les rituels du temple pour honorer les dieux, utilisés dans le processus de momification pour préparer les morts à l'au-delà, et incorporés dans les parfums et les cosmétiques. Tellement centrale était cette quête que les navires de Hatchepsout revinrent non pas seulement avec des tas de résine de myrrhe, mais avec 31 arbres à myrrhe vivants, leurs mottes racinaires soigneusement contenues dans des paniers. Cela représente la première tentative connue dans l'histoire de transplanter avec succès une flore étrangère, et ces arbres furent plantés dans les jardins de son complexe funéraire.

Au-delà de l'encens sacré, le butin de Pount était divers et luxueux. L'or, l'ébène et l'ivoire furent ramenés en grandes quantités. Ces matériaux étaient essentiels pour la fabrication des meubles fins, bijoux et statues qui ornaient les temples et les tombes des pharaons. Les Égyptiens acquirent également des peaux d'animaux exotiques, notamment des peaux de léopard, que portaient les prêtres lors des cérémonies religieuses. Les expéditions ne rapportèrent pas seulement des matières premières ; elles ramenèrent aussi des animaux vivants, dont des singes, des guenons et des chiens, qui ajoutèrent une touche exotique aux cours royales.

La relation dépeinte dans les bas-reliefs de Hatchepsout semble être celle d'un respect mutuel et d'un commerce pacifique. Les Égyptiens arrivent avec leurs propres marchandises d'échange — armes, bijoux et autres bibelots — et sont accueillis par la direction de Pount. Le chef de Pount, Parahou, est montré aux côtés de sa femme, la Reine Ati, qui est fameusement dépeinte avec des caractéristiques ayant conduit certains chercheurs à suggérer qu'elle aurait pu souffrir d'une condition médicale telle que la stéatopygie ou l'éléphantiasis. La représentation détaillée et individualisée de la famille royale de Pount est unique dans l'art égyptien, suggérant une rencontre significative et respectueuse.

Le voyage lui-même fut un exploit remarquable de navigation et de logistique pour l'époque. Les navires égyptiens, conçus principalement pour les eaux calmes du Nil, durent être adaptés pour la Red Sea plus traîtresse. Certaines preuves suggèrent que les vaisseaux auraient pu être construits sur le Nil, démontés, puis transportés par voie terrestre à travers les oueds du désert jusqu'à un port sur la côte de la Red Sea, tel que Saww (l'actuel Mersa Gawasis), où ils auraient été réassemblés pour le voyage vers le sud. Ce processus ardu souligne l'immense valeur que les Égyptiens accordaient aux produits de Pount. Le voyage de retour, chargé de lourdes cargaisons, aurait été tout aussi difficile.

Bien qu'une preuve archéologique définitive d'une présence égyptienne dans ce qui est maintenant Djibouti n'ait pas encore été mise au jour, les preuves circonstancielles restent convaincantes. L'ancien littoral du Golfe de Tadjoura aurait offert un port naturel aux navires égyptiens, un lieu pour reconstituer les provisions et commercer avec les habitants locaux. Les arbres à encens et à myrrhe qui abondaient jadis dans cette région sont les mêmes espèces que les Égyptiens recherchaient. La culture et le mode de vie dépeints dans les bas-reliefs concordent avec ce que l'on sait des peuples anciens de cette partie de l'Afrique. Pour les habitants de cette terre il y a des milliers d'années, l'arrivée de grands navires égyptiens dut être un événement majeur, reliant leur coin reculé de l'Afrique à l'une des grandes puissances du monde antique.

L'âge d'or du commerce direct entre l'Égypte et Pount semble avoir décliné vers la fin du Nouvel Empire, autour du XIe siècle avant J.-C. Les raisons en sont probablement complexes, impliquant peut-être une instabilité politique en Égypte, l'essor de nouveaux commerçants intermédiaires le long des routes de la Red Sea, ou des changements dans le paysage politique de Pount lui-même. Le souvenir de Pount, cependant, survécut dans le folklore égyptien comme un paradis béni et lointain, le « Pays du Dieu ». Pour la terre qui deviendrait un jour Djibouti, ce chapitre antique représente sa première apparition connue sur la scène de l'histoire mondiale, un fournisseur crucial de l'exotique et du divin pour la civilisation des pharaons.


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