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Introduction
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Chapitre 1 La bataille de Salamine (480 av. J.-C.)
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Chapitre 2 La bataille de Mylai (260 av. J.-C.)
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Chapitre 3 La bataille d'Actium (31 av. J.-C.)
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Chapitre 4 La bataille de Yamen (1279)
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Chapitre 5 La bataille de l'Écluse (1340)
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Chapitre 6 La bataille de Diu (1509)
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Chapitre 7 La bataille de Lépante (1571)
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Chapitre 8 La bataille de Gravelines (1588)
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Chapitre 9 La bataille des Downs (1639)
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Chapitre 10 La bataille de Lowestoft (1665)
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Chapitre 11 La bataille de la Chesapeake (1781)
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Chapitre 12 La bataille d'Aboukir (1798)
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Chapitre 13 La bataille de Trafalgar (1805)
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Chapitre 14 La bataille de Navarin (1827)
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Chapitre 15 La bataille de Hampton Roads (1862)
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Chapitre 16 La bataille de Lissa (1866)
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Chapitre 17 La bataille de la baie de Manille (1898)
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Chapitre 18 La bataille de Santiago de Cuba (1898)
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Chapitre 19 La bataille de Tsushima (1905)
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Chapitre 20 La bataille des îles Falkland (1914)
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Chapitre 21 La bataille du Jutland (1916)
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Chapitre 22 La bataille du Rio de la Plata (1939)
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Chapitre 23 La bataille de Midway (1942)
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Chapitre 24 La bataille du golfe de Leyte (1944)
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Chapitre 25 La bataille de Chumonchin Chan (1950)
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Postface
Grandes batailles navales
Table des matières
Introduction
Depuis que l'humanité a pour la première fois attaché des troncs ensemble pour traverser des eaux plus larges que ne pouvait en franchir un bon nageur, la mer a représenté la voie suprême vers l'opportunité et l'arène suprême du conflit. C'est une autoroute mondiale pour le commerce, une frontière mystérieuse pour l'exploration, et un champ de bataille impitoyable où se décident les destins des empires. Depuis plus de trois millénaires, des batailles se livrent sur les flots, et dans le grand panorama de l'histoire, peu de choses se sont révélées plus décisives que le contrôle de la mer. Commander les océans, c'est commander les artères du commerce mondial, projeter sa puissance sur des rivages lointains, et ériger un rempart flottant contre l'invasion. Ce livre est un voyage à travers cette histoire violente, dramatique et qui a façonné le monde, racontée à travers les histoires de ses batailles navales les plus décisives.
Notre histoire commence à une époque où les navires de guerre étaient des prolongements des armées qu'ils transportaient, propulsés par les nerfs et les muscles. Dans le monde antique, particulièrement dans l'espace confiné de la Méditerranée, la guerre navale était une affaire brutale, au corps-à-corps. Le navire de guerre principal était la galère à rames, un vaisseau conçu pour la vitesse et la manœuvrabilité dans des mers souvent calmes. Les tactiques étaient, en essence, des tactiques terrestres adaptées à l'eau. Le but était souvent de s'approcher de l'ennemi, d'éperonner leurs coques fragiles avec une proue gainée de bronze, puis de les aborder pour une mêlée sanglante à l'épée et à la lance. C'était un concours de rameurs tirant de concert et de marins combattant comme ils l'auraient fait sur une plaine poussiéreuse, un style de combat qui atteignit son apogée dans des chocs comme la bataille de Salamine.
Pendant des siècles, ce modèle de guerre de galères prévalut, surtout en Méditerranée où ses avantages tactiques étaient les plus marqués. Les Romains, initialement une puissance terrestre, apprirent à maîtriser ces techniques pour vaincre Carthage, ajoutant notamment des innovations comme le corvus, un pont d'abordage qui transformait les navires ennemis en plateformes de combat captives. Même si les conceptions navales évoluèrent, les principes fondamentaux de l'éperonnage et de l'abordage restèrent au cœur du combat naval pendant la période médiévale. Des flottes de galères, souvent équipées d'un mélange d'hommes libres combattants et de forçats aux rames, continuèrent de décider du contrôle des voies maritimes vitales pendant des siècles encore.
La première grande révolution dans la guerre navale vint non pas avec un nouveau type de navire, mais avec un nouveau type d'arme : la poudre à canon. L'introduction du canon sur les navires de guerre à la fin du Moyen Âge débuta une transformation lente mais inexorable. Au début, les canons étaient de petites armes anti-personnel, s'ajoutant à la grêle de flèches et de traits d'arbalète qui précédaient un abordage. Mais à mesure que la science métallurgique progressait, les canons grossissaient et gagnaient en puissance. Les charpentiers de marine furent confrontés au défi de monter ces armes lourdes, crachant leur recul, sur leurs vaisseaux. Dans les galères de Méditerranée, la solution consistait souvent en une puissante batterie orientée vers l'avant, transformant le navire entier en une plateforme d'artillerie visée par les rameurs.
Ce changement transforma les engagements navals en duels d'artillerie plutôt qu'en simples bagarres d'infanterie en mer. Il déplaça l'objectif de l'approche pour l'abordage vers le maintien d'une distance depuis laquelle battre l'adversaire jusqu'à la soumission. La bataille de Lépante en 1571 marque un tournant monumental, un choc colossal de flottes de galères où l'artillerie à poudre joua un rôle décisif dans l'issue. Ce fut un aperçu de l'avenir, montrant comment la puissance de feu brute devenait la nouvelle mesure de la suprématie navale, un principe qui dominerait les siècles à venir.
Pendant que la poudre changeait la face de la bataille en Méditerranée, une évolution différente se produisait dans les eaux plus rudes de l'Atlantique. Ici, la galère à rames était moins pratique, et des nations comme l'Angleterre, l'Espagne, le Portugal et les Pays-Bas perfectionnaient le navire à voile océanique. La nef puis le galion furent développés non seulement pour la guerre, mais pour le commerce au long cours et l'exploration, construits hauts et robustes pour résister à l'océan ouvert. Ce furent ces navires qui relieraient le globe et bâtiraient des empires coloniaux.
Monter des canons sur ces navires à voile posait un problème différent. Dépourvus de la manœuvrabilité des galères à rames, ils ne pouvaient aisément être visés comme une lance. La solution fut la bordée. Disposer les canons le long des flancs du navire permettait de déchaîner d'un coup une concentration massive de puissance de feu. Cette innovation tactique changea la donne. La guerre navale ne fut plus une affaire d'éperonnage ou d'assauts de face ; elle devint une danse mortelle de manœuvre, les capitaines cherchant à faire porter tout le poids de leur bordée sur les points vulnérables de l'ennemi, tactique démontrée avec un effet décisif contre l'Invincible Armada en 1588.
Cela mena directement au grand Âge de la Voile, une période s'étendant grosso modo du XVIIe au milieu du XIXe siècle. La guerre navale était désormais dominée par le vaisseau de ligne, un colosse de bois portant 70, 100, voire plus de canons sur plusieurs ponts d'artillerie. C'étaient les forteresses flottantes de leur époque, l'expression ultime de la puissance d'une nation. Les tactiques furent formalisées et raffinées, centrées sur la ligne de bataille, une formation où les navires naviguaient en une seule colonne, chacun protégeant le vaisseau devant et derrière tout en maximisant la puissance de la bordée collective.
Le succès à cette époque dépendait d'une marine consommée, d'équipages de canons disciplinés, et du génie stratégique d'amiraux devant maîtriser les complexités du vent et de la marée. Tenir « le vent » — se trouver au vent de l'ennemi — conférait un avantage tactique significatif, permettant à un commandant de choisir le moment et la manière de l'engagement. Les batailles pouvaient être majestueuses, des affrontements presque géométriques de lignes opposées se pilonnant mutuellement, ou des mêlées chaotiques lorsqu'un commandant audacieux choisissait de rompre la ligne ennemie, cherchant une victoire décisive par l'action au corps-à-corps, comme Nelson le fit célèbrement à Trafalgar.
Pendant plus de deux cents ans, le vaisseau de ligne à coque de bois et à propulsion vélique fut la reine incontestée des mers. Mais le XIXe siècle et la Révolution industrielle déchaînèrent un torrent de changements technologiques qui rendirent ces magnifiques vaisseaux obsolètes avec une rapidité stupéfiante. Les forces de la vapeur, du fer et des obus explosifs se combinèrent pour créer un paradigme nouveau et terrifiant de la guerre navale.
La première de ces technologies transformatrices fut la machine à vapeur. L'adoption d'hélices à vis au milieu du XIXe siècle libéra les navires de guerre de la tyrannie du vent. Une flotte à vapeur pouvait manœuvrer à volonté, maintenir sa formation quelles que soient les conditions météorologiques, et choisir le moment et le lieu de la bataille de manière qu'un amiral à voile ne pouvait que rêver. Cette mobilité nouvelle renversa complètement les calculs tactiques qui avaient dominé la pensée navale pendant des générations.
Parallèlement, l'artillerie fit un bond mortel en avant. Le développement d'obus explosifs signifiait qu'un seul coup bien visé pouvait désormais éventrer un navire de bois, déclenchant des incendies catastrophiques et projetant des éclats mortels. La vulnérabilité des navires de guerre en bois traditionnels face à cette nouvelle artillerie fut brutalement démontrée, et la course à la protection commença. La réponse fut le blindage.
Le résultat fut le navire cuirassé, un vaisseau révolutionnaire combinant propulsion à vapeur et blindage de fer sur sa coque. Le premier cuirassé océanique, le français Gloire, fut lancé en 1859, un navire de bois simplement recouvert de plaques de fer. La Grande-Bretagne riposta rapidement avec le HMS Warrior, le premier navire de guerre construit avec une coque entièrement en fer. Ces ships étaient loin d'être parfaits, conservant souvent des voiles comme secours à leurs moteurs à vapeur primitifs peu fiables, mais ils signalaient la fin du navire de guerre en bois.
La guerre de Sécession américaine devint le premier grand terrain d'essai pour ces nouvelles créations. Le célèbre duel de 1862 à Hampton Roads entre le Virginia confédéré (construit sur la coque du Merrimack sabordé) et le révolutionnaire navire-tourelle de l'Union, le Monitor, fut une démonstration dramatique du nouvel âge. Pendant des heures, les deux cuirassés se pilonnèrent d'un feu d'artillerie lourde, sans que l'un ne puisse infliger de dégâts sérieux, signe clair que le blindage avait temporairement pris le dessus sur le canon.
La seconde moitié du XIXe siècle vit un rythme frénétique de développement naval, une course aux armements technologiques entre nations. Les avancées en métallurgie menèrent à des coques en acier et des blindages plus résistants. Les moteurs devinrent plus puissants et fiables. Et surtout, les canons continuèrent de croître en taille, portée et puissance destructrice. Des canons à chargement par la culasse, rayés, tirant des projectiles toujours plus lourds, furent montés dans des tourelles rotatives, leur permettant de suivre des cibles et de concentrer leur feu dans n'importe quelle direction. Cette époque vit aussi l'invention de la torpille autopropulsée, une arme qui menaçait même le plus puissant cuirassé depuis les profondeurs.
Cette période d'innovation intense culminait dans la création d'un navire qui allait une fois de plus redéfinir tout le paysage de la puissance navale. En 1906, la Grande-Bretagne lança le HMS Dreadnought. Ce n'était pas une amélioration incrémentale ; c'était une révolution. Ce fut le premier cuirassé à présenter un armement « tout gros calibres » de canons lourds à calibre uniforme et le premier à être propulsé par des turbines à vapeur, le rendant plus rapide que tout cuirassé existant.
L'impact du Dreadnought fut immédiat et profond. Sa vitesse et sa puissance de feu rendirent obsolète chaque cuirassé alors à flot. Cela nivellait effectivement le terrain de jeu, anéantissant la supériorité numérique de longue date de la Grande-Bretagne et déclenchant une course aux armements navals frénétique, notamment entre la Grande-Bretagne et la puissance montante de l'Allemagne impériale. Les années précédant la Première Guerre mondiale furent définies par cette compétition pour construire des dreadnoughts plus gros, plus rapides et plus puissamment armés, créant d'immenses flottes considérées comme les arbitres ultimes de la force nationale.
Lorsque la Première Guerre mondiale éclata, beaucoup attendaient un choc décisif, du type de Trafalgar, entre les grandes flottes de dreadnoughts. Cette rencontre climactique eut finalement lieu en 1916 à la bataille du Jutland. Ce fut la plus grande bataille navale de surface de l'histoire, un engagement colossal et chaotique entre la Grande Flotte britannique et la flotte de haute mer allemande. S'il démontra l'immense puissance de ces navires, ce fut finalement une collision indécise qui mit en lumière les nouveaux dangers des mines, torpilles et tirs à longue portée, montrant que l'ère de l'action de flotte décisive était peut-être déjà révolue.
Même alors que le dreadnought atteignait son zénith, une nouvelle technologie émergeait qui le détrônerait bientôt : l'avion. Le premier vol depuis un navire eut lieu en 1910, et des pionniers navals en Grande-Bretagne, aux États-Unis et au Japon commencèrent à expérimenter des navires conçus pour transporter et opérer des avions. Les premiers véritables porte-avions furent mis en service dans les années juste après la Première Guerre mondiale. Au début, leur rôle était vu comme la reconnaissance et le repérage pour les cuirassés, les « yeux de la flotte ».
Cependant, à mesure que les avions devenaient plus puissants et capables de transporter bombes et torpilles, une nouvelle école de pensée émergea voyant le porte-avions non comme un navire de soutien, mais comme le nouveau navire capital. Un porte-avions pouvait frapper une flotte ennemie à des centaines de milles, bien au-delà de la portée même du plus gros canon naval. Cela représentait un changement fondamental dans la guerre navale, passant d'un combat bidimensionnel à la surface de la mer à une lutte tridimensionnelle incluant l'air au-dessus.
La Seconde Guerre mondiale devint le terrain d'épreuve ultime de la domination du porte-avions. L'attaque surprise sur Pearl Harbor, exécutée entièrement par des avions lancés depuis des porte-avions, démontra leur puissance de frappe dévastatrice. Tout au long de la guerre, les grandes batailles navales, surtout dans les vastes étendues de l'océan Pacifique, ne furent plus livrées par des lignes opposées de navires échangeant des tirs d'obus. Elles furent livrées par des forces aéronavales, souvent séparées de centaines de milles, dont les navires ne verraient jamais même leurs adversaires. Des batailles comme Midway et le golfe de Leyte furent gagnées et perdues par l'habileté des aviateurs et la portée de la puissance aérienne, consacrant la place du porte-avions comme nouvelle reine des mers.
L'après-Seconde Guerre mondiale vit la continuation du règne du porte-avions, mais aussi l'introduction de technologies nouvelles et encore plus révolutionnaires. L'énergie nucléaire donna aux sous-marins et aux porte-avions une autonomie et une endurance quasi illimitées. Le missile guidé remplaça le canon comme armement principal de la plupart des navires de surface, capable de frapper des cibles avec une précision incroyable à d'énormes distances. Et l'essor d'une électronique sophistiquée, du sonar, du radar et des communications par satellite transforma la guerre navale en un concours d'information et de systèmes en réseau.
Du choc des rames et de l'éclatement des coques de bois à la menace silencieuse du sous-marin et à la frappe au-delà de l'horizon d'un avion à réaction, l'histoire de la guerre navale est une histoire d'innovation continue et souvent brutale. Chacune des batailles de ce livre représente un moment clé de cette évolution. Ce sont des histoires de changement technologique, de génie tactique, de courage stupéfiant, et, parfois, de pure chance. Ce sont les moments où les flottes entrèrent en collision et où le cours de l'histoire fut changé, livrés sur la vaste et intemporelle scène des océans du monde.
CHAPITRE UN : La bataille de Salamine (480 av. J.-C.)
À l'automne 480 av. J.-C., le destin de la civilisation occidentale tenait sans doute au fil d'un unique pari naval désespéré. La seconde invasion perse de la Grèce, une expédition punitive d'une ampleur sans précédent, avait connu un succès terrifiant. Le roi Xerxès Ier, l'empereur achéménide, avait personnellement conduit une armée et une marine colossales dans le but d'écraser une fois pour toutes les cités-États grecques rebelles, vengeant une défaite humiliante subie à Marathon dix ans plus tôt. Après des années de planification méticuleuse, qui comprenaient la réunion d'une vaste force multinationale et la réalisation de prouesses d'ingénierie stupéfiantes comme le franchissement de l'Hellespont sur un pont de bateaux, la machine de guerre perse s'était déversée en Europe.
La résistance grecque, une alliance fractieuse d'environ un dixième des cités-États menée par Sparte et Athènes, avait adopté une stratégie de contournement à deux volets. Une petite force terrestre sous les ordres du roi spartiate Léonidas bloquerait le défilé étroit des Thermopyles, tandis que la flotte alliée, dominée par les navires athéniens, tiendrait les détroits d'Artémision, tout proches, pour empêcher la marine perse de les tourner. Les deux branches de cette défense échouèrent finalement. L'héroïque dernier carré aux Thermopyles se solda par l'anéantissement de l'arrière-garde grecque, et après une série d'engagements navals punissants mais indécis à Artémision, la nouvelle de la défaite terrestre contraignit la flotte grecque à battre en retraite.
Avec les lignes de défense principales rompues, la route vers la Grèce centrale était ouverte. L'armée perse avança, saccageant et incendiant les cités béotiennes qui ne s'étaient pas soumises, avant de marcher sur une Athènes évacuée. La ville fut livrée aux flammes, ses temples sur l'Acropole profanés et détruits. Les restes de l'armée alliée grecque se replièrent sur la péninsule du Péloponnèse, où ils commencèrent frénétiquement à ériger un mur à travers l'isthme de Corinthe, une tentative de la dernière chance pour défendre leurs terres natales. La flotte alliée, quant à elle, s'était retirée sur l'île de Salamine, dans le golfe Saronique, après avoir assisté à l'évacuation finale et précipitée de la population athénienne.
C'est là, au milieu du désespoir d'une capitale brûlée et de la perspective bien réelle d'une soumission totale, que eut lieu le débat stratégique le plus critique de la guerre. Les commandants navals grecs étaient profondément divisés. La majorité, menée par le commandant corinthien Adimante et l'amiral en chef spartiate Eurybiade, argumentait en faveur du retrait de la flotte vers l'isthme. Leur logique était limpide : ils devaient garder la flotte près de leur armée de terre, protégeant le Péloponnèse d'un assaut amphibie et s'assurant que si la flotte était battue, les équipages pourraient s'échapper pour combattre à terre. Rester à Salamine, argumentaient-ils, c'était risquer d'être piégés et anéantis dans une bataille pour un territoire déjà perdu.
Face à cet avis prévalent se dressait un homme d'une résolution inébranlable et d'un génie stratégique : Thémistocle, le commandant du contingent athénien. C'était Thémistocle qui, des années plus tôt, avait persuadé ses compatriotes athéniens d'investir une aubaine provenant de leurs mines d'argent dans la construction d'une flotte massive de trirèmes, les navires de guerre avancés qui formaient désormais l'épine dorsale de la marine alliée. Il percevait la situation avec une clarté qui manquait à ses collègues. Il savait qu'abandonner Salamine pour combattre dans les eaux ouvertes du golfe Saronique serait suicidaire. Cela jouerait directement l'atout principal des Perses : leur supériorité numérique écrasante.
La flotte perse, bien qu'affaiblie par les tempêtes et les combats d'Artémision, surclassait encore largement l'alliance grecque. Les estimations varient, mais Xerxès commandait probablement entre 600 et 800 navires de guerre contre une flotte grecque d'environ 370. La force perse était un assemblage diversifié de navires venus de tout l'empire, les contingents les plus rapides et les plus redoutables étant fournis par les Phéniciens et les Égyptiens, complétés par des escadres de Chypre, de Cilicie et des Grecs ioniens soumis. Leur stratégie reposait sur leur nombre et sur la supériorité nautique d'équipages comme les Phéniciens, qui excellaient dans les manœuvres en haute mer.
La flotte grecque, bien que plus petite, possédait des atouts clés. Les trirèmes athéniens, qui composaient environ la moitié de l'effectif total, étaient plus lourds et plus solidement construits que nombre de leurs homologues perses. Cela les rendait plus stables et plus efficaces comme plateformes flottantes pour l'éperonnage et l'abordage. Une trirème grecque était une arme redoutable, une galère élégante à trois rangs de rames, propulsée par 170 rameurs, avec un complément de marines blindés (hoplites) et d'archers sur son pont. Son arme principale était un éperon massif gainé de bronze à la proue, conçu pour percer la coque d'un ennemi sous la ligne de flottaison.
Thémistocle comprenait que la seule chance de victoire des Grecs résidait dans la neutralisation du nombre perse en forçant une bataille dans un espace resserré. Il avait tiré des combats d'Artémision que « la bataille dans des conditions serrées joue en notre faveur ». Les détroits étroits de Salamine, le bras de mer séparant l'île de la côte continentale de l'Attique, était l'endroit idéal. Ici, l'immense armada perse ne pouvait pas faire valoir toute sa force. Elle serait contrainte d'entrer dans le chenal par vagues, incapable de déployer ses lignes et risquant de s'emmêler les rames et de s'entrechoquer dans la confusion du combat.
La géographie des détroits était la clé de toute la stratégie de Thémistocle. Le chenal, à son point le plus étroit, ne fait qu'environ un mille de large. Sa forme sinueuse, particulièrement autour du promontoire de Cynosure (la presqu'île de la « queue de chien »), briserait la cohésion de toute grande flotte tentant de le franchir, rompant ses formations et créant des opportunités pour les navires grecs plus agiles de frapper. Les bas-fonds près de la côte limiteraient également la manœuvrabilité des navires perses plus grands et au tirant d'eau plus profond. Les Grecs, avec leur connaissance intime des courants et des côtes locales, pouvaient utiliser ce terrain comme un multiplicateur de force.
Malgré la solidité tactique de son plan, Thémistocle peinait à convaincre ses alliés. Les commandants péloponnésiens restaient inflexibles, et alors que le conseil de guerre dégénérait en dispute houleuse, ils résolurent de mettre le cap sur l'isthme. Selon l'historien Hérodote, le Corinthien Adimante alla jusqu'à insulter Thémistocle, déclarant qu'un homme sans cité — Athènes ayant été détruite — n'avait pas droit de vote. La réplique de Thémistocle fut acérée et prophétique, leur rappelant qu'avec 200 navires de guerre, les Athéniens possédaient une cité et un pays plus grands que les leurs, car aucune cité grecque ne pouvait leur résister. Il menaça que si les alliés l'abandonnaient, la flotte athénienne entière mettrait simplement le cap sur l'Italie pour y fonder un nouveau foyer, laissant le reste de la Grèce à son sort.
Face à cet ultimatum, Eurybiade, le commandant nominal, céda à contrecœur, et la flota accepta de rester et de combattre. Pourtant, Thémistocle savait que ce consensus était fragile. Il craignait qu'à la vue de l'immense flotte perse s'assemblant dans la baie de Phalère toute proche, le courage de ses alliés ne flanque et qu'ils ne s'esquivent sous le couvert de la nuit. Il devait rendre la bataille non plus une option, mais une inévitabilité. Pour y parvenir, il orchestra l'une des tromperies les plus brillantes et les plus audacieuses de l'histoire militaire.
La nuit précédant la bataille, Thémistocle convoqua son serviteur le plus fidèle, un certain Sicinnus, et l'expédia dans une petite embarcation à travers l'eau jusqu'au camp perse. Sicinnus portait un message secret destiné directement au roi Xerxès. Le message affirmait que Thémistocle était un sympathisant secret de la cause perse et souhaitait la victoire du roi. Il « révélait » que la flotte grecque était paralysée par les querelles intestines et la peur, et que les contingents péloponnésiens prévoyaient de désobéir à leurs commandants et de s'enfuir sous le couvert de cette même nuit. Le message exhortait Xerxès à agir immédiatement, à bloquer les issues des détroits et à encercler les Grecs pour empêcher leur fuite. Une victoire rapide et décisive était à sa portée.
Ce message était un coup de maître de manipulation psychologique car il disait à Xerxès précisément ce qu'il voulait entendre. Il confirmait sa croyance en la désunion inhérente des Grecs et flattait son désir d'une bataille unique et glorieuse qui mettrait fin à la campagne. Il avait été précédemment déconseillé de risquer un engagement dans les détroits par l'un de ses commandants les plus avisés, la reine Artémise de Carie, qui argumentait qu'il devrait simplement utiliser sa flotte pour contourner Salamine et débarquer des troupes sur le Péloponnèse, une stratégie qui aurait probablement provoqué la dislocation de l'alliance grecque, chaque cité-État rappelant ses forces pour défendre son foyer. Xerxès, cependant, aspirait à une confrontation décisive et le message de Thémistocle lui présentait l'opportunité parfaite.
Le roi perse mordit à l'hameçon sans hésiter. Suffisamment confiant pour voir une chance d'écraser son ennemi en un seul coup, il ordonna à sa flotte de passer à l'action. Toute la nuit, la marine perse exécuta une série complexe de manœuvres. La masse de la flotte se déplaça pour bloquer la sortie orientale des détroits, tandis que le puissant escadron égyptien de 200 navires était dépêché pour faire le tour de l'île et sceller le chenal occidental, complétant l'encerclement. Xerxès fit également débarquer un contingent de ses meilleures troupes sur la petite île de Psyttalie, située à l'embouchure des détroits, avec pour ordre de tuer tout Grec naufragé et de secourir tout Perse qui pourrait s'y échouer. Pour assister à son triomphe anticipé, Xerxès fit dresser un trône d'or sur les pentes du mont Aigalée, sur la terre ferme face à Salamine, d'où il pouvait embrasser toute la scène d'un coup d'œil.
Les équipages perses ramèrent toute la nuit pour gagner leurs positions, leurs efforts enveloppés de silence pour conserver l'effet de surprise. À leur insu, ils ne piégeaient pas un ennemi terrorisé et en fuite ; ils marchaient droit dans une embuscade soigneusement préparée. Les Grecs ignoraient effectivement le blocus jusqu'à l'arrivée d'Aristide, un rival athénien exilé de Thémistocle qui avait glissé à travers les lignes perses depuis l'île d'Égine pour apporter la nouvelle. Son rapport, confirmé plus tard par des déserteurs d'un navire perse, mit fin à tout débat. Il n'y avait plus aucune possibilité de fuite. Piégés, dos au mur, les Grecs n'avaient d'autre choix que de combattre.
À l'aube, le 27 septembre 480 av. J.-C. environ, la scène était plantée. La flotte grecque, reposée et prête, était positionnée dans la baie de Salamine. Les Athéniens tenaient l'aile gauche, face aux escadres phéniciennes d'élite de l'aile droite perse. Les Spartiates étaient à droite, et les autres contingents alliés garnissaient le centre. De l'autre côté de l'eau, la flotte perse commença à s'engager dans le chenal étroit, ses équipages déjà harassés par une nuit de rame ininterrompue. Le nombre même de leurs navires commença immédiatement à poser problème. En s'engouffrant dans les détroits, leurs formations se compressèrent, et les eaux agitées par une brise matinale se mirent à pousser les vaisseaux à hauts bastingages les uns contre les autres, créant chaos et confusion.
Voyant la masse désorganisée de navires perses s'avancer, les Grecs commencèrent à reculer, une retraite feinte destinée à attirer l'ennemi plus avant dans les eaux étroites. Puis, alors qu'un unique navire — certains disent athénien, d'autres éginétain — jaillissait en avant pour éperonner le vaisseau perse de tête, un cri de guerre, le péan, s'éleva de toute la ligne grecque. Avec une immense clameur, ils surgirent vers l'avant, les rames écumant la mer, et s'abattirent de plein fouet sur la flotte perse.
La bataille se dissout en une mêlée brutale. L'espace confiné était le plus grand allié des Grecs. Le nombre supérieur des Perses devint un handicap, les navires peinant à manœuvrer sans entrer en collision avec leurs voisins. Les trirèmes grecques, plus lourdes et plus basses sur l'eau, enfoncèrent leurs éperons de bronze dans les flancs des vaisseaux perses moins agiles. Une fois un navire immobilisé, les hoplites grecs lourdement armés bondissaient à son bord, transformant la bataille navale en une série de combats terrestres vicieux sur des ponts flottants et disjoints. Les marines perses, qui étaient principalement des archers, se trouvaient dans un désavantage sévère dans ce combat rapproché face aux Grecs armés de lances et de boucliers.
Le navire amiral de l'amiral perse Ariabignès, propre frère de Xerxès, fut parmi les premiers visés. Alors qu'il s'approchait d'une trirème athénienne, Ariabignès mena une troupe d'abordage, pour être transpercé par les lances et jeté à la mer. Leur chef parti, l'escadron phénicien d'élite, qui formait l'avant-garde de l'attaque perse, perdit cœur et commença à se disloquer. Dans leur tentative de retraite, ils percutèrent les navires qui avançaient derrière eux, amplifiant le chaos et provoquant une cascade de collisions qui brisa la ligne perse.
Au milieu du carnage, la reine Artémise de Carie, la seule femme commandant dans la flotte de Xerxès, se distingua par un acte controversé de self-preservation. Pourchassée par un navire athénien et sa route de fuite barrée par un navire allié, elle fit un calcul impitoyable et éperonna le vaisseau ami, l'envoyant par le fond. Le capitaine athénien, la croyant passée à l'ennemi, rompit sa poursuite. Xerxès, observant depuis son trône et incapable de discerner l'identité des navires de loin, prit apparemment le navire coulé pour un grec et loua le courage d'Artémise, lançant sa fameuse remarque : « Mes hommes sont devenus des femmes, et mes femmes des hommes. »
Alors que l'aile gauche et le centre perses s'effondraient, la bataille tourna à la déroute. De nombreux navires perses furent coulés, d'autres, criblés et emmêlés, furent capturés. Les Grecs détruisirent méthodiquement l'ennemi piégé et désorganisé. Un acte final crucial de la bataille eut lieu sur l'île de Psyttalie. Aristide, le général athénien, y débarqua une force d'hoplites, surprenant et submergeant la garnison d'élite perse que Xerxès y avait placée. Ils furent massacrés jusqu'au dernier.
Les pertes de la flotte perse furent catastrophiques. Si les chiffres précis sont impossibles à vérifier, les sources antiques suggèrent qu'ils perdirent entre 200 et 300 navires, contre seulement une quarantaine du côté grec. Le coût humain pour les Perses fut encore plus grand, la plupart de leurs marins et marines, contrairement aux Grecs, ne sachant pas nager et se noyant au milieu des épaves. Depuis son observatoire sur la montagne, Xerxès ne put que regarder avec horreur sa magnifique flotte être systématiquement mise en pièces.
Dans l'immédiat après-bataille, un Xerxès désespéré tenta de construire une chaussée pour attaquer Salamine par terre, mais ce fut un geste futile face aux Grecs désormais maîtres confiants de la mer. La défaite fut un coup écrasant pour le moral et le prestige perses. Plus important encore, ce fut un désastre stratégique. Craignant que la flotte grecque victorieuse ne fasse voile vers l'Hellespont pour détruire son pont de bateaux, coupant la ligne de retraite de son armée, Xerxès prit la décision de se retirer. Laissant son général Mardonius avec une force triée sur le volet pour poursuivre la campagne terrestre, le Grand Roi emmena le gros de son armée et les débris de sa flotte en retraite vers l'Asie. La menace navale sur la Grèce était effectivement terminée.
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