Une histoire de Chypre - Sample
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Une histoire de Chypre

Table des matières

  • Introduction

  • Chapitre 1 Premiers habitants : Chypre paléolithique et néolithique (c. 11 000 - 3800 av. J.-C.)

  • Chapitre 2 L'âge du cuivre : Chalcolithique et Âge du bronze ancien (c. 3800 - 1650 av. J.-C.)

  • Chapitre 3 Alashiya : Chypre dans le monde de l'âge du bronze récent (c. 1650 - 1100 av. J.-C.)

  • Chapitre 4 Échos des héros : Installation grecque et essor des royaumes (c. 1100 - 750 av. J.-C.)

  • Chapitre 5 Carrefour des empires : Phéniciens, Assyriens et Égyptiens (c. 850 - 545 av. J.-C.)

  • Chapitre 6 Sous le Grand Roi : Domination perse et révolte ionienne (545 - 333 av. J.-C.)

  • Chapitre 7 L'île d'Alexandre : Conquête et domination hellénistique (333 - 294 av. J.-C.)

  • Chapitre 8 L'époque ptolémaïque : Intégration au monde hellénistique (294 - 58 av. J.-C.)

  • Chapitre 9 Provincia Cyprus : Annexion et administration romaines (58 av. J.-C. - c. 100 ap. J.-C.)

  • Chapitre 10 Pax Romana et crise : La vie sous domination romaine (c. 100 - 330 ap. J.-C.)

  • Chapitre 11 L'île chrétienne : Première domination byzantine (c. 330 - 649 ap. J.-C.)

  • Chapitre 12 Entre croix et croissant : Le condominium arabo-byzantin (649 - 965 ap. J.-C.)

  • Chapitre 13 Retour à Byzance : Administration thématique et époque comnénienne (965 - 1185 ap. J.-C.)

  • Chapitre 14 La conquête de Cœur de Lion : Chypre et la troisième croisade (1185 - 1192 ap. J.-C.)

  • Chapitre 15 Le royaume de Lusignan : Établissement et consolidation (1192 - 1291 ap. J.-C.)

  • Chapitre 16 Apogée et déclin : La dernière époque lusignane (1291 - 1426 ap. J.-C.)

  • Chapitre 17 Vassalité et effondrement : La fin de la domination lusignane (1426 - 1489 ap. J.-C.)

  • Chapitre 18 Le lion de Saint-Marc : Domination vénitienne (1489 - 1571 ap. J.-C.)

  • Chapitre 19 Sous le sultan : Conquête ottomane et premiers temps (1571 - 1750 ap. J.-C.)

  • Chapitre 20 Germes du nationalisme : Fin de la domination ottomane et réveil grec (1750 - 1878 ap. J.-C.)

  • Chapitre 21 Base de Britannia : Administration britannique et montée de l'Énosis (1878 - 1931 ap. J.-C.)

  • Chapitre 22 La route vers l'affrontement : Palmerokratia, Seconde Guerre mondiale et état d'urgence (1931 - 1959 ap. J.-C.)

  • Chapitre 23 Indépendance et division : La jeune république et conflit intercommunautaire (1960 - 1974 ap. J.-C.)

  • Chapitre 24 Invasion et occupation : La crise de 1974 et ses conséquences (1974 - 2003 ap. J.-C.)

  • Chapitre 25 Chypre divisée en Europe : Défis et perspectives (2004 - à nos jours)

  • Postface

  • Glossaire


Introduction

Nichée dans le coin le plus oriental de la mer Méditerranée, Chypre se dresse comme un témoignage du flux et du reflux de l'histoire humaine. C'est une île dont la taille modeste cache une importance stratégique immense et une profondeur historique stupéfiante. Depuis des millénaires, cette masse terrestre, la troisième plus grande de la Méditerranée, a servi de pont, de prix et de champ de bataille pour les grandes civilisations et empires qui ont surgi et se sont effondrés autour d'elle. Ses rivages ont accueilli des chasseurs-cueilleurs intrépides, des agriculteurs pionniers, des marchands mycéniens, des commerçants phéniciens et des vagues de conquérants – Assyriens, Égyptiens, Perses, Grecs, Romains, Byzantins, Arabes, Croisés, Vénitiens, Ottomans et Britanniques. Chacun a laissé une marque indélébile, contribuant à des couches d'une identité culturelle aussi complexe et multiforme que le paysage de l'île elle-même.

Géographiquement, Chypre est positionnée à une jonction critique. Située au sud de la péninsule anatolienne (la Turquie moderne), à l'ouest de la Syrie et du Liban, au nord-ouest d'Israël et d'Égypte, et au sud-est de la Grèce, c'est une pierre d'attente naturelle entre l'Europe, l'Asie et l'Afrique. Cette proximité avec de grandes masses terrestres et d'anciens centres de pouvoir a été à la fois une bénédiction et une malédiction. Elle a facilité le commerce, les échanges culturels et la diffusion des idées, plaçant Chypre au cœur des réseaux du monde antique. Pourtant, cette même valeur stratégique en a fait une cible irrésistible pour les puissances expansionnistes cherchant à contrôler les routes commerciales méditerranéennes, à accéder à ses ressources naturelles ou à établir une base avancée pour des campagnes militaires. Le nom même de « Chypre », par le biais du latin aes Cyprium (« métal de Chypre »), a donné au monde le mot « cuivre », suggérant l'une des premières sources de richesse de l'île et une raison principale de sa proéminence dans l'Antiquité.

La géographie physique de l'île a encore façonné son destin. Les montagnes escarpées du Troodos dominent l'intérieur sud-occidental, leur plus haut sommet, le mont Olympe, s'élevant à près de deux mille mètres. Cette chaîne était la source antique des fameux gisements de cuivre de l'île. Le long de la côte nord s'étend la chaîne de Kyrenia, plus étroite mais historiquement significative. Entre ces deux chaînes de montagnes se trouve la plaine centrale fertile, la Mésorée, le cœur agricole de l'île, drainée par son plus long fleuve, le Pédias. Des ports abrités le long de son littoral étendu offraient un refuge sûr aux navires, renforçant encore son rôle de plaque tournante maritime. Ce paysage varié offrait des ressources, du bois et des minéraux dans les montagnes au blé, aux olives et au vin dans les plaines, attirant la colonisation et l'exploitation tout au long de l'histoire.

Ce livre entreprend un voyage à travers ce passé riche et souvent turbulent, traçant l'histoire de Chypre depuis ses premières traces d'habitation humaine connues, il y a plus de treize mille ans, jusqu'aux complexités de sa réalité actuelle. Nous traverserons les millénaires, explorant la transformation de l'île, d'une terre de chasseurs-cueilleurs préhistoriques et de premières communautés agricoles, comme le village néolithique remarquablement préservé de Khirokitia, à la société urbanisée sophistiquée de l'Âge du Bronze récent, connue alors peut-être sous le nom d'Alashiya, un acteur majeur du commerce du cuivre dans le Méditerranée orientale.

Nous suivrons l'arrivée des Grecs mycéniens, dont l'installation a profondément façonné la trajectoire culturelle de l'île, tissant Chypre dans la trame de la mythologie grecque comme le lieu de naissance légendaire d'Aphrodite. Nous serons témoins de son incorporation dans les vastes empires du Proche-Orient – Assyrie, Égypte et Perse – périodes durant lesquelles l'île a souvent maintenu un degré d'autonomie grâce à ses cités-royaumes locales, telles que Salamine, Kition et Paphos, qui ont navigué dans les courants périlleux de la politique impériale. Les conquêtes d'Alexandre le Grand ont inauguré l'ère hellénistique, intégrant pleinement Chypre dans le monde grec sous la domination des Ptolémées d'Égypte, avant que l'essor inexorable de Rome n'amène l'île dans son système provincial pendant des siècles.

L'histoire se poursuit avec la division de l'Empire romain, plaçant Chypre dans l'orbite de Byzance. Cette ère a cimenté le caractère hellénistico-chrétien de l'île, centré sur l'Église autocéphale de Chypre, une institution destinée à jouer un rôle central dans l'identité et la politique chypriotes pendant des siècles. Nous examinerons la période difficile du condominium arabo-byzantin, un arrangement unique où l'île était partagée, quoique souvent conflictuellement, entre les puissances rivales pendant trois siècles. La restauration subséquente de la pleine domination byzantine fut suivie de révoltes internes et, finalement, de l'arrivée dramatique de la Troisième Croisade, lorsque Richard Cœur de Lion d'Angleterre conquit l'île, mettant fin à des siècles de contrôle byzantin.

Cela a inauguré une phase médiévale distincte, commençant par la vente de l'île aux Templiers, puis, plus durablement, à la dynastie française des Lusignan. Les Lusignan établirent un royaume croisé, transformant Chypre en une société féodale avec une aristocratie francophone régnant sur une population majoritairement grecque orthodoxe. Nicosa s'épanouit comme capitale gothique, et des villes côtières comme Famagouste devinrent des pôles vitaux pour le commerce Est-Ouest, surtout après la chute des États croisés sur le continent. L'ère lusignane, bien que marquée par des luttes de pouvoir internes et une vassalité éventuelle aux Mamelouks d'Égypte, fut une période d'échanges culturels et d'activité économique significatifs.

Le déclin des Lusignan a ouvert la voie à la République de Venise pour prendre le contrôle en 1489. Reconnaissant l'importance stratégique de l'île comme avant-poste contre l'Empire ottoman naissant, les Vénitiens fortifièrent massivement Nicosa et Famagouste. Leur domination fut toutefois relativement brève, se terminant dramatiquement avec la conquête ottomane de 1570-71. L'arrivée des Ottomans apporta de profonds changements démographiques et sociaux, notamment l'installation de soldats et de civils turcs, l'établissement d'une communauté musulmane significative aux côtés de la population grecque orthodoxe, et la mise en place du système des millets, qui accordait une autonomie religieuse mais plaçait l'archevêque de Chypre comme chef reconnu de la communauté chypriote grecque.

Trois siècles de domination ottomane, variant en efficacité et en clémence, finirent par céder la place à l'administration britannique en 1878 sous la Convention de Chypre. Initialement louée aux Ottomans, l'île fut formellement annexée par la Grande-Bretagne en 1914. L'ère britannique apporta des réformes administratives, un développement infrastructurel et des liens plus étroits avec l'Europe, mais coïncida également avec l'essor de nationalismes concurrents. La communauté chypriote grecque poursuivit de plus en plus l'énosis – l'union avec la Grèce – un rêve enraciné dans la langue, la religion et la culture partagées, et alimenté par l'indépendance de la Grèce elle-même. Inversement, la communauté chypriote turque, craignant la marginalisation sous la domination grecque, favorisa initialement le maintien du contrôle britannique avant de prôner plus tard le taksim – la partition de l'île – se tournant souvent vers la Turquie pour obtenir du soutien.

L'ère d'après-guerre a vu ces aspirations concurrentes s'intensifier, menant à la campagne de l'EOKA pour l'énosis contre la domination britannique dans les années 1950, contrée par l'organisation chypriote turque TMT prônant la partition. Au lieu de l'union ou de la partition, Chypre obtint son indépendance en 1960 en tant que république bi-communautaire sous une constitution complexe de partage du pouvoir avec la Grande-Bretagne, la Grèce et la Turquie comme puissances garantes. Cependant, les arrangements constitutionnels s'avérèrent inopérants, s'effondrant au milieu de violences intercommunautaires en 1963-64, ce qui entraîna le retrait des Chypriotes turcs du gouvernement et leur déplacement dans des enclaves, ainsi que l'arrivée de forces de maintien de la paix de l'ONU.

Le statu quo fragile fut brisé en 1974. Un coup d'État orchestré par la junte militaire dirigeant alors la Grèce, visant à réaliser l'énosis, provoqua une invasion militaire rapide de la Turquie, invoquant ses droits de garante. L'invasion conduisit à la division de l'île, au déplacement de centaines de milliers de personnes (Chypriotes grecs fuyant vers le sud, Chypriotes turcs se déplaçant vers le nord) et à l'établissement d'une administration chypriote turque de facto dans le tiers nord de l'île. Cette administration proclama son indépendance sous le nom de République turque de Chypre du Nord (RTCN) en 1983, un État reconnu uniquement par la Turquie. Les deux tiers sud restèrent sous le contrôle de la République de Chypre internationalement reconnue.

Cette division, maintenue par une zone tampon de l'ONU connue sous le nom de Ligne verte, demeure la réalité politique centrale de Chypre aujourd'hui. La République de Chypre a rejoint l'Union européenne en 2004, techniquement en tant qu'île entière, bien que le droit de l'UE soit suspendu dans le nord en attendant un règlement. De nombreuses tentatives pour réunifier l'île, y compris le référendum sur le plan Annan parrainé par l'ONU en 2004, ont échoué à combler le fossé politique. Le problème chypriote continue de dominer la politique de l'île, d'affecter les relations gréco-turques et de poser des défis au sein de l'Union européenne.

Tout au long de ce long et complexe récit, plusieurs thèmes clés émergent, que ce livre explorera. L'emplacement stratégique de l'île est une constante, en faisant un atout convoité pour les puissances cherchant la domination régionale, des empires antiques luttant pour le contrôle des voies maritimes aux nations modernes cherchant des bases militaires ou de l'influence dans le Méditerranée orientale volatile. Cette importance stratégique s'est souvent traduite par des conflits, des invasions et des dominations étrangères, forgeant la résilience et le sens de l'identité des insulaires.

Chypre comme carrefour culturel est un autre thème dominant. Son histoire est celle d'interactions, d'assimilations et parfois de frictions entre divers peuples et traditions. La culture hellénique fondatrice a absorbé des influences du Proche-Orient, d'Anatolie et d'Égypte. L'administration romaine, l'orthodoxie byzantine, le féodalisme français, le commerce vénitien, la culture islamique ottomane et les pratiques coloniales britanniques ont tous contribué à des couches de l'expérience chypriote. Cette interplay continue a créé des expressions culturelles uniques dans la langue, l'art, l'architecture, la cuisine et les coutumes sociales, tout en formant la base des communautés distinctes chypriotes grecques et chypriotes turques.

Les ressources naturelles de l'île, notamment le cuivre dans l'Antiquité et le bois historiquement, furent des facteurs cruciaux dynamisant son économie et attirant l'intérêt étranger. Bien que ces ressources aient apporté des périodes de prospérité, elles ont aussi fait de Chypre une cible, liant étroitement son destin économique aux demandes et au contrôle des puissances externes. À l'époque moderne, la découverte de réserves de gaz naturel offshore a introduit une nouvelle dimension au récit des ressources et à la signification géopolitique de l'île.

La religion a été une force puissante tout au long de l'histoire chypriote. De la vénération préhistorique des déesses de la fertilité culminant dans le culte pan-insulaire d'Aphrodite, à l'adoption précoce et à la force durable du christianisme orthodoxe, et à l'introduction ultérieure de l'islam, l'identité religieuse a été profondément liée à la vie culturelle et politique. L'Église autocéphale de Chypre, en particulier, a joué un rôle vital dans la préservation de l'identité hellénique pendant des siècles de domination étrangère et est apparue comme une force politique majeure à l'ère moderne. De même, l'islam est devenu un élément définissant pour la communauté chypriote turque.

Enfin, les thèmes du conflit et de l'identité sont inextricablement liés. Les rivalités entre les anciennes cités-royaumes ont cédé la place à des luttes contre les suzerains impériaux. La période des Croisés a établi un modèle de domination par une élite étrangère sur la population locale. L'ère ottomane a solidifié la distinction ethno-religieuse entre chrétiens orthodoxes grecs et musulmans turcs. La période britannique a vu l'essor de nationalismes concurrents centrés respectivement sur la Grèce et la Turquie. L'indépendance, tragiquement, n'a pas apporté l'harmonie mais a plutôt intensifié le conflit intercommunautaire, culminant dans la division qui définit l'île aujourd'hui. Comprendre les racines historiques de ces conflits et l'évolution des identités chypriotes grecque et turque est crucial pour appréhender le problème chypriote en cours.

Ce livre vise à présenter cette histoire multiforme de manière claire, chronologique et engageante. S'appuyant sur des découvertes archéologiques, des textes anciens, des chroniques médiévales, des archives ottomanes et coloniales, et sur la recherche historique moderne, il cherche à fournir un récit équilibré du parcours de l'île. Tout en naviguant à travers des périodes de conflit et de controverse, le récit s'efforce de maintenir la neutralité, présentant différentes perspectives là où elles existent et laissant les faits historiques parler d'eux-mêmes. La structure suit les principales périodes chronologiques décrites dans la table des matières, consacrant des chapitres à des époques et des événements transformateurs spécifiques.

Comprendre l'histoire de Chypre n'est pas simplement un exercice académique. Elle offre des aperçus sur la dynamique des empires, les complexités de l'interaction culturelle, la formation des identités nationales, l'impact de la géographie stratégique et les héritages durables du conflit. Au XXIe siècle, Chypre reste un lieu d'intérêt géopolitique, un État membre de l'UE aux prises avec la division, un potentiel centre énergétique et un gardien de millénaires de patrimoine humain. Son passé continue de façonner son présent et d'influencer son avenir. Nous invitons le lecteur à nous rejoindre pour explorer l'histoire de cette île remarquable, un microcosme du monde méditerranéen et un chapitre captivant de l'histoire plus large de la civilisation humaine.


CHAPITRE PREMIER : Les premiers habitants : Chypre paléolithique et néolithique (c. 11 000 - 3800 av. J.-C.)

Bien avant que la moindre empreinte humaine ne marque ses rivages, Chypre était un sanctuaire isolé pour un assemblage particulier de créatures. Libérées des pressions des prédateurs et de la concurrence du continent, certains animaux évoluèrent vers des formes uniques et plus petites par le processus connu sous le nom de nanisme insulaire. Les plus remarquables parmi eux furent l'hippopotame nain de Chypre (Hippopotamus minor), une créature peut-être haute de seulement 75 centimètres au garrot, et l'éléphant nain de Chypre (Palaeoloxodon cypriotes), culminant à peine à un mètre. Cette mégafaune miniature, aux côtés d'une espèce de genette (Genetta plesictoides) et de la souris de Chypre (Mus cypriacus), encore existante, arpentèrent l'île pendant des dizaines, peut-être des centaines de milliers d'années, leurs ancêtres étant probablement arrivés à la nage ou par radeau accidentel depuis le continent.

Cette tranquillité relative fut brisée il y a environ treize mille ans (vers 11 000 av. J.-C.). L'arrivée des premiers humains, chasseurs-cueilleurs originaires vraisemblablement de la région du Levant à l'est, marqua un tournant profond. Les preuves de ces premiers Chypriotes proviennent principalement de sites comme Aetokremnos, dramatiquement situé sur une falaise de la côte sud près de Limassol, et du site intérieur de Vretsia Roudias. La chronologie est frappante : les couches archéologiques contenant les plus anciens artefacts humains à Aetokremnos renferment également les derniers restes connus d'hippopotames nains et d'éléphants nains. Si la preuve directe d'une surchasse reste débattue, la coïncidence suggère fortement que l'activité humaine joua un rôle crucial dans l'extinction des seuls grands mammifères indigènes de l'île.

Ces habitants initiaux étaient des chasseurs et des cueilleurs habiles, s'adaptant aux ressources de l'île. Leur outillage, rappelant la culture natoufiène connue sur le continent au Levant, comprenait des outils en pierre adaptés à la chasse et au traitement des aliments. Ils naviguaient sur une île plus riche en forêts qu'aujourd'hui, exploitant ses plantes sauvages et son petit gibier. Intriguant, environ un millénaire après leur propre arrivée, vers 12 000 ans (10 000 av. J.-C.), ces chasseurs-cueilleurs semblent avoir introduit délibérément le sanglier à Chypre, le gérant probablement comme source durable de viande – un exemple précoce de gestion des ressources qui préfigurait les changements dramatiques à venir.

La prochaine grande transformation débuta vers 8500 av. J.-C., marquant l'aube de l'ère néolithique à Chypre. Ce ne fut pas simplement un développement interne ; elle impliqua l'arrivée de nouveaux peuples, apparemment d'Anatolie ou du Levant, qui apportèrent avec eux les technologies et pratiques révolutionnaires de la culture du Néolithique précéramique B (PPNB) : l'agriculture et l'élevage. Ces nouveaux venus n'étaient pas seulement des chasseurs ; ils étaient agriculteurs, prêts à cultiver la terre et à établir des établissements permanents. Ils inauguraient une période de changement profond, posant les fondements de la vie sédentaire sur l'île.

Cette phase précoce, connue sous le nom de Néolithique acéramique (ou précéramique), dura plus de deux millénaires, jusqu'environ 6000 av. J.-C. Les colons introduisirent moutons et chèvres domestiqués, ainsi que chiens et porcs. Des bovins furent également amenés, peut-être en plus petit nombre, comme en témoignent des sites comme Shillourokambos, mais ils semblent avoir disparu durant cette période et ne furent pas réintroduits pendant des milliers d'années. Des animaux sauvages comme le renard roux et le daim persan furent également introduits, intentionnellement ou non, modifiant à jamais la faune de l'île. Ces premiers agriculteurs cultivèrent l'amidonnier et l'engrain, des aliments de base qui soutinrent leurs communautés grandissantes.

La marque distinctive des établissements du Néolithique acéramique était leur architecture particulière. Les villages consistaient en grappes de maisons circulaires, souvent désignées par le terme grec tholoi. Ces structures avaient généralement des fondations en galets de rivière ou en pierres brutes, supportant des murs en briques crues séchées au soleil. Les sols étaient souvent faits d'un matériau remarquable appelé terrazzo – essentiellement une forme de béton fait de plâtre de chaux brûlée, poli pour obtenir une finition lisse et durable. Des exemples de ces établissements, tels que Khirokitia, Shillourokambos, Tenta et Kastros, révèlent des techniques de planification et de construction sophistiquées.

Khirokitia (également orthographié Choirokoitia), situé dans la vallée de Maroni près de la côte sud, est sans doute le plus célèbre de ces sites. Reconnu comme site du patrimoine mondial de l'UNESCO, il offre un aperçu inégalé de la vie au Néolithique acéramique. Le village était densément peuplé de maisons rondes, certaines atteignant des diamètres impressionnants de 10 mètres. Ces maisons étaient souvent groupées, parfois liées pour former des ensembles plus vastes, suggérant des unités familiales étendues ou des zones d'activités partagées. Des éléments intérieurs comme des foyers, des plateformes et des bancs indiquent des usages spécifiques pour différentes parties des structures. Le village lui-même était stratégiquement positionné sur le flanc d'une colline dans un méandre de la rivière, et protégé du côté terrestre par un mur substantiel.

La vie dans ces villages tournait autour des rythmes de l'agriculture et de l'élevage. Les hommes se consacraient probablement à la culture des céréales et des légumineuses (des lentilles, fèves et pois ont été identifiés), à la chasse au daim introduit, et à la gestion de troupeaux de moutons et de chèvres – bien que les restes animaux suggèrent que ces premiers domestiqués étaient encore morphologiquement assez proches de leurs ancêtres sauvages. Les femmes étaient probablement engagées dans une gamme de tâches domestiques, incluant le broyage du grain, la préparation des aliments, l'éducation des enfants et l'artisanat textile, comme en témoignent la découverte de fusayoles utilisées pour filer le fil.

La pierre était le matériau principal pour les outils et les récipients durant cette phase pré-céramique. Les habitants firent preuve d'une habileté remarquable dans la fabrication d'une large gamme d'objets en pierre. Le silex et la chert étaient taillés en lames, grattoirs et pointes de flèches. Des pierres plus dures comme l'andésite et le diabase étaient laborieusement meulées et polies pour créer bols, plateaux et objets décoratifs. Ces vases en pierre, souvent élégants dans leur simplicité, sont une caractéristique de la culture de Khirokitia. L'absence de poterie signifiait que le stockage, la cuisson et le service reposaient fortement sur ces récipients en pierre, ainsi que peut-être sur des vaisseaux en matériaux organiques comme le bois ou la vannerie, qui survivent rarement archéologiquement.

Une découverte fascinante éclairant la sophistication de ces premiers Chypriotes fut faite à l'ouest de Chypre : des puits datés d'il y a 9 000 à 10 500 ans, d'une ancienneté étonnante. Ce sont parmi les plus anciens puits connus au monde. Leur construction implique non seulement une compréhension avancée de l'hydrologie et de l'ingénierie pour l'époque, mais aussi un lien profond avec le lieu et un besoin de sécuriser une source d'eau fiable pour leurs établissements permanents, reflétant une conscience accrue de la gestion de l'environnement.

Les pratiques funéraires durant le Néolithique acéramique étaient intimes et intégrées à la vie quotidienne. Les morts étaient généralement enterrés au sein de l'établissement, souvent sous les planchers des maisons elles-mêmes. Il s'agissait généralement d'inhumations individuelles, le corps placé en position contractée ou fléchie dans une simple fosse. Le mobilier funéraire était généralement rare, bien que 가끔 des ornements personnels comme des perles ou pendentifs en pierre accompagnaient le défunt. Cette pratique suggère un lien étroit entre les vivants et les morts, reflétant peut-être des croyances sur l'ascendance et la continuité du foyer ou de la communauté.

Les études des restes humains de Khirokitia suggèrent que la vie était souvent courte. L'âge moyen au décès semble avoir été d'environ 34 ans, avec un taux élevé de mortalité infantile. Ces premières communautés agricoles affrontèrent des défis significatifs, incluant les maladies, les risques liés à l'accouchement, et le labeur constant requis pour la subsistance.

Peut-être l'une des découvertes les plus captivantes de cette période offre un aperçu de la relation précoce entre humains et animaux au-delà de la simple utilité. Sur le site néolithique de Shillourokambos, les archéologues mirent au jour une tombe estimée à 9 500 ans (c. 7500 av. J.-C.). Aux côtés des restes humains reposait le squelette soigneusement enterré d'un chat de huit mois. Cette découverte repoussa radicalement la chronologie de l'association félin-humain, devançant de millénaires des preuves similaires de l'Égypte antique. Elle suggère que les chats étaient peut-être déjà apprivoisés ou du moins tolérés et valorisés par les humains, possiblement pour la compagnie ou la lutte contre les nuisibles, bien plus tôt qu'on ne le pensait.

Vers 6000 av. J.-C., la vibrante culture du Néolithique acéramique semble s'être effondrée ou avoir disparu relativement abruptement. Les raisons restent obscures – changement environnemental, épuisement des ressources, maladie ou bouleversement social sont toutes des possibilités. Ce qui est frappant, c'est l'hiatus archéologique apparent qui suivit. Pendant près de 1 500 ans, il y a peu de preuves d'une occupation humaine significative à Chypre. Que l'île ait été largement dépeuplée, ou que les schémas d'établissement aient changé de manière difficile à détecter archéologiquement, reste un sujet de recherche et de débat en cours.

La présence humaine revint significativement vers 4500 av. J.-C., initiant une nouvelle phase connue sous le nom de Néolithique céramique (ou Néolithique II). Cette ère est marquée par l'arrivée de nouveaux venus ou du moins l'adoption de nouveaux traits culturels, le plus proéminent étant l'introduction de la poterie. Après des millénaires de dépendance à la pierre, au bois et à la vannerie, les Chypriotes commencèrent à façonner des vaisseaux en argile cuite, révolutionnant le stockage, la cuisson et l'art.

Le site type de cette période est Sotira Teppes, situé près de la côte sud. Les fouilles révélèrent un village bien différent de Khirokitia. Il comprenait une cinquantaine de maisons indépendantes, généralement carrées aux angles arrondis, avec des murs minces, des foyers intérieurs, des bancs et des cloisons. Certaines maisons sous-rectangulaires avaient plusieurs pièces. La poterie caractéristique de la phase de Sotira est monochrome (unicolore), souvent décorée de motifs peignés distinctifs appliqués avant la cuisson. Ce style de poterie se retrouve sur d'autres sites, incluant les niveaux les plus anciens d'Erimi (un site principalement connu pour la période chalcolithique subséquente) et potentiellement à Troulli sur la côte nord, suggérant un horizon culturel répandu.

Les stades ultérieurs du Néolithique céramique, durant jusqu'environ 3800 av. J.-C., virent d'autres développements. Un nouveau style de poterie émergea, caractérisé par des motifs géométriques ou floraux rouges frappants peints sur fond blanc (céramique rouge sur blanc). Les formes d'établissement continuèrent également d'évoluer. À Kalavassos-Pamboules, près de la côte sud, les fouilles révélèrent des maisons semi-enterrées, creusées partiellement dans le sol, une rupture avec les structures indépendantes antérieures de Sotira. Cette période représente la phase finale du mode de vie néolithique à Chypre.

La longue durée de l'ère néolithique, des premiers agriculteurs vers 8500 av. J.-C. à la fin de la phase céramique vers 3800 av. J.-C., vit l'établissement de villages permanents, le développement de l'agriculture et de l'élevage adaptés à l'environnement insulaire, et la création de cultures matérielles distinctives. Des impressionnantes maisons rondes et vases en pierre sophistiqués de la période acéramique à l'introduction de la poterie dans la phase céramique, ces premiers Chypriotes posèrent les jalons des développements futurs. Leurs innovations, adaptations et les sociétés qu'ils construisirent représentent les premiers chapitres cruciaux de l'histoire profonde de l'île. Vers 3800 av. J.-C., un tremblement de terre majeur semble avoir frappé l'île, détruisant les établissements et marquant un point de transition. De cette perturbation émergerait une nouvelle ère – le Chalcolithique, l'âge du cuivre et de la pierre – préparant la scène pour l'émergence de Chypre sur la scène méditerranéenne au sens large.


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