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Plus grands monuments de Rome

Table des matières

  • Introduction
  • Chapitre 1 Le Colisée : Un symbole de la Rome impériale
  • Chapitre 2 Le Forum romain : Cœur de la ville antique
  • Chapitre 3 Le Panthéon : Temple de tous les dieux
  • Chapitre 4 La basilique Saint-Pierre : Un chef-d'œuvre de l'architecture de la Renaissance
  • Chapitre 5 La fontaine de Trevi : Légende et beauté
  • Chapitre 6 L'escalier de la Trinité-des-Monts : Un chef-d'œuvre baroque
  • Chapitre 7 Les musées du Vatican : Art et histoire
  • Chapitre 8 La chapelle Sixtine : L'héritage de Michel-Ange
  • Chapitre 9 Le château Saint-Ange : Du mausolée à la forteresse
  • Chapitre 10 L'arc de Constantin : Triomphe et victoire
  • Chapitre 11 Le cirque Maxime : Courses de chars antiques
  • Chapitre 12 Les thermes de Caracalla : Luxe et loisirs
  • Chapitre 13 L'Ara Pacis : Autel de la paix
  • Chapitre 14 La pyramide de Cestius : Un hommage égyptien
  • Chapitre 15 Les catacombes de Rome : Anciens lieux de sépulture
  • Chapitre 16 Le temple d'Hadrien : Un hommage à l'empereur
  • Chapitre 17 La bouche de la vérité : Légende et mythe
  • Chapitre 18 La villa Borghèse : Art et nature
  • Chapitre 19 Le mont Palatin : Lieu de naissance de Rome
  • Chapitre 20 La basilique San Clemente : Couches d'histoire
  • Chapitre 21 L'église San Pietro in Vincoli : Le Moïse de Michel-Ange
  • Chapitre 22 La basilique Santa Maria Maggiore : Majesté et grandeur
  • Chapitre 23 L'église San Luigi dei Francesi : Les chefs-d'œuvre du Caravage
  • Chapitre 24 La basilique San Giovanni in Laterano : La cathédrale du pape
  • Chapitre 25 Le Tibre : Artère vitale de Rome
  • Postface Les échos dans la pierre

INTRODUCTION

Arriver à Rome, c'est pénétrer dans le plus grand musée à ciel ouvert du monde. C'est une ville où l'histoire refuse de rester confinée dans les manuels scolaires, préférant se répandre sur les pavés et les places baignées de soleil. Ici, le vrombissement d'une Vespa résonne contre un mur vieux de deux mille ans, et l'acte anodin de prendre un espresso le matin peut se dérouler à l'ombre d'un temple érigé bien avant que les Césars ne deviennent un nom familier. Telle est la magie singulière de la Ville Éternelle : le passé n'est pas un pays étranger, mais un voisin omniprésent, parfois chaotique, qui habite juste à côté.

Le nom lui-même, « La Ville Éternelle », n'est pas un slogan marketing moderne concocté par un office du tourisme. Il a été écrit pour la première fois par le poète romain Tibulle au Ier siècle avant J.-C., un sentiment repris par des contemporains comme Ovide et Virgile. Ils croyaient, avec l'assurance inébranlable d'une puissance mondiale à son apogée, que Rome était destinée à durer à jamais. Si des empires ont surgi et se sont effondrés de façon spectaculaire depuis, la ville elle-même, en témoignage de sa résilience profonde, a survécu.

Marcher dans Rome, c'est marcher à travers le temps. La ville est un palimpseste, un manuscrit où des millénaires d'histoires ont été écrits, effacés et réécrits, avec les traces légères du passé toujours visibles sous la surface. Les avenues modernes suivent le tracé des anciennes routes, les palais de la Renaissance reposent sur les fondations de villas romaines, et de magnifiques églises s'élèvent sur les ruines de temples païens. Ce livre est un voyage à travers ces couches, une exploration des monuments incroyables qui servent de mémoire à la ville, gravés dans le travertin et le marbre.

Qu'est-ce qui constitue alors l'un des « Plus Grands Monuments de Rome » ? Le terme est vaste. Il doit, bien sûr, inclure les titans de l'Antiquité : le Colisée, symbole mondial de la puissance et du spectacle impériaux ; le Forum romain, le cœur même de la vie républicaine et impériale ; et le Panthéon, une prouesse d'ingénierie qui laisse encore les architectes modernes sans voix. Ce sont les structures qui définissent la Rome antique, les images de cartes postales qui attirent les voyageurs depuis des siècles.

Mais l'histoire de Rome ne s'est pas arrêtée avec la chute de l'Empire romain d'Occident. Le génie de la ville pour sa réinvention est peut-être sa caractéristique la plus marquante. Les monuments des époques ultérieures sont tout aussi essentiels à son identité. Ce voyage nous mènera donc aussi à travers les grandes basiliques de la Rome chrétienne, le torrent artistique des Musées du Vatican et l'accomplissement sublime du plafond de la Chapelle Sixtine par Michel-Ange. Ce ne sont pas seulement des sites religieux ; ce sont des dépositaires d'art et de pouvoir qui ont façonné le cours de la civilisation occidentale.

Et qu'en est-il de la Rome du pur plaisir et de la théâtralité ? Une fontaine peut-elle être un monument ? À Rome, elle le peut. La Fontaine de Trevi est bien plus qu'un endroit pour jeter une pièce ; c'est un chef-d'œuvre baroque de mythe et d'eau, un spectacle qui commande sa propre place. Un escalier peut-il être un monument ? L'Escalier de la Trinité-des-Monts, point focal de la vie sociale romaine depuis des siècles, répondrait par un « oui » retentissant. Ce livre embrasse cette définition plus large, incluant non seulement l'antique et le sacré, mais aussi le beau, le légendaire et l'essentiellement romain.

Pour comprendre ces monuments, nous devons d'abord appréciger la grande fresque de l'histoire qui les a produits. L'histoire commence, comme toutes les histoires romaines, sur la colline du Palatin, l'une des célèbres Sept Collines sur lesquelles la ville est construite. C'est ici que la légende place la fondation de la ville par Romulus en 753 av. J.-C., après une dispute fatale avec son frère jumeau, Rémus. Si le récit de la louve et des jumeaux d'origine divine est un mythe, l'archéologie confirme une installation précoce sur le Palatin, la graine dont naîtrait un empire mondial.

Le premier Royaume romain et la République qui s'ensuivit furent des périodes de croissance et de consolidation régulières. L'intérêt architectural se portait sur le pratique et le communautaire. Temples, maisons du sénat et basiliques commencèrent à combler la vallée marécageuse qui deviendrait le Forum romain. Routes et aqueducs, les artères d'une puissance grandissante, commencèrent à sillonner la péninsule italienne. C'était une ville construite pour l'usage, reflétant les valeurs civiques austères de la République.

Tout changea avec l'arrivée des empereurs. Avec Auguste, le premier empereur, vint la célèbre vantardise selon laquelle il « trouva Rome ville de briques et la laissa ville de marbre ». Ce n'était pas de la simple vanité ; c'était une déclaration d'intention. L'architecture devint un outil de l'État, un moyen de projeter le pouvoir, de légitimer une dynastie et de contenter le peuple. L'ère de la construction monumentale avait commencé, produisant non seulement de glorieux temples et forums, mais aussi d'immenses complexes pour le divertissement et les loisirs publics.

Cette ambition impériale fut rendue possible par une percée technique : le béton romain. Ce matériau remarquable, bien supérieur à tout ce qui l'avait précédé, était solide, polyvalent et pouvait être moulé en des formes impossibles à réaliser avec la seule pierre de taille. Il libéra les architectes romains des systèmes rigides de poteaux et de linteaux des Grecs et leur permit d'innover avec des arcs, des voûtes et des coupoles à une échelle sans précédent.

L'arc, utilisé avec parcimonie par les cultures antérieures, devint une obsession romaine. Ils reconnurent sa capacité à supporter un poids immense et à franchir de grandes distances. Ils alignèrent des arcs pour créer des aqueducs transportant l'eau sur des kilomètres, les empilèrent pour bâtir les murs vertigineux du Colisée, et les utilisèrent comme base pour les arcs de triomphe célébrant les victoires militaires à travers l'empire. L'arc est l'élément fondamental de l'ingénierie romaine, une forme simple et puissante répétée dans d'innombrables structures.

De l'arc naquirent la voûte et la coupole, permettant la création d'espaces intérieurs vastes et ininterrompus. Nulle part cela n'est plus parfaitement réalisé que dans le Panthéon, dont la coupole à caissons à couper le souffle reste la plus grande coupole en béton non armé du monde près de deux millénaires après sa construction. C'était une architecture conçue pour impressionner, pour faire sentir à l'individu l'immense puissance immense pouvoir et la faveur divine de l'État romain.

La logistique pure de ces projets est stupéfiante. Le marbre était extrait en Égypte et en Grèce, le granit dans des provinces lointaines, le tout transporté sur des navires et des barges spécialement construits. Des légions de soldats, d'ingénieurs et, plus nombreux, d'esclaves fournissaient la main-d'œuvre. Ces monuments n'étaient pas seulement des prouesses de conception, mais de gestion de projet à une échelle que le monde n'avait jamais vue. Ils étaient la manifestation physique d'une capacité organisationnelle sans pareille d'un empire.

Alors que l'empire déclinait, le rythme des nouvelles constructions ralentissait. La crise du IIIe siècle et l'instabilité qui s'ensuivit signifiaient que les ressources n'étaient plus disponibles pour de grands nouveaux projets. La population de la ville diminua, et son centre d'intérêt changea. Avec l'essor du christianisme, le but des bâtiments existants commença à changer. Les temples païens furent consacrés en églises, leurs dieux expulsés au profit d'un nouveau. La survie du Panthéon, par exemple, est due directement à sa conversion en église au VIIe siècle.

Pendant le Moyen Âge, Rome devint l'ombre d'elle-même. Ses grands monuments furent négligés, réaffectés, ou, le plus souvent, exploités comme carrières pour leurs matériaux précieux. De grands amphithéâtres devinrent des forteresses de fortune ou des logements insalubres surpeuplés. Les façades de marbre furent arrachées et brûlées dans des fours pour créer de la chaux vive pour le mortier. Le Forum devint un pâturage, ses ruines glorieuses à demi ensevelies sous des siècles de débris accumulés.

Pourtant, l'héritage de sa grandeur ne s'éteignit jamais complètement. L'identité de la ville comme centre de la chrétienté occidentale assurait son importance continue. Avec l'aube de la Renaissance, une nouvelle ère de construction commença, alimentée par l'ambition de puissants papes qui se voyaient comme les héritiers de l'autorité des césars. Ils cherchèrent à restaurer Rome dans sa gloire d'antan, cette fois comme la magnifique capitale du monde chrétien.

Cette ambition papale entraîna une frénésie de mécénat artistique et architectural. Artistes et architectes affluèrent vers Rome, étudiant les ruines antiques et redécouvrant les principes du design classique. Cette période nous donna la nouvelle basilique Saint-Pierre, un chef-d'œuvre qui prit plus d'un siècle à s'achever et impliqua le génie de Bramante, Raphaël et Michel-Ange. Ce fut une renaissance, un effort conscient pour rivaliser et même surpasser les réalisations des Anciens.

Après la Renaissance, l'ère baroque infusa la ville d'un nouveau sens du drame et de la théâtralité. Papes et cardinaux commandèrent à des artistes comme Le Bernin et Francesco Borromini de créer des places dynamiques, des chapelles illusionnistes et des fontaines spectaculaires. Ce fut un âge de théâtre urbain, où bâtiments et espaces publics étaient conçus pour évoquer l'émotion et inspirer la crainte, cimentant le statut de Rome comme destination incontournable du Grand Tour pour des générations d'artistes, d'écrivains et d'aristocrates.

Ce livre est structuré comme une visite à travers ces nombreuses couches d'histoire, chaque chapitre étant dédié à un monument unique et emblématique. Nous en explorerons les origines, les histoires de sa construction, les événements dont il a été témoin, et sa place dans la ville d'aujourd'hui. Nous passerons des combats de gladiateurs du Colisée aux conclaves papaux de la Chapelle Sixtine, des courses de chars du Circus Maximus à la contemplation silencieuse des chefs-d'œuvre du Caravage dans une église française.

La sélection des monuments est, par nécessité, subjective. Un livre englobant chaque structure significative de Rome serait une encyclopédie d'une taille ingérable. Les sites choisis pour ces chapitres représentent une coupe transverselle de l'immense richesse historique et artistique de la ville. Ce sont les lieux qui racontent les histoires les plus captivantes, qui illustrent le mieux les différentes époques de la vie de la ville, et qui continuent de captiver l'imagination de millions de visiteurs chaque année.

Nous commencerons notre voyage au cœur du monde antique, en explorant les épicentres de la vie publique, du divertissement et de la religion. De là, nous suivrons la transformation de la ville en capitale du christianisme, en visitant les grandes basiliques et les trésors du Vatican. Nous déambulerons ensuite dans la Rome des papes, admirant les fleurissements artistiques de la Renaissance et du Baroque qui définissent tant l'apparence moderne de la ville.

Nous nous aventurerons aussi vers des sites qui parlent des aspects plus intimes ou inhabituels de l'histoire romaine. Nous plongerons dans le monde souterrain des catacombes, serons témoins de l'étrange pyramide de style égyptien d'un magistrat romain, et découvrirons les couches d'histoire littéralement empilées les unes sur les autres dans des églises comme San Clemente. Chaque monument offre une fenêtre unique sur l'âme de cette ville aux multiples facettes.

Ce livre n'a pas vocation à être un texte académique aride, mais plutôt un compagnon engageant et accessible pour quiconque a ressenti l'attraction de l'histoire de Rome. Il s'adresse au voyageur planifiant sa première visite, submergé par le nombre de sites incontournables, et à l'historien de salon qui souhaite arpenter ses rues antiques depuis son fauteuil. Le but est de donner vie à ces pierres, de peupler ces ruines vides des gens qui les ont construites, utilisées et transformées au fil des siècles.

Dans ces pages, nous croiserons empereurs et papes, génies et gladiateurs, saints et scélérats. Nous apprendrons non seulement l'architecture, mais aussi la politique, la religion, le divertissement et la vie quotidienne. Nous verrons comment un mausolée pour un empereur devint une forteresse pour les papes, comment un temple à tous les dieux devint une église pour un seul, et comment un espace public pour le commerce et le droit devint un champ de ruines.

Alors commençons notre promenade dans la Ville Éternelle. Retirons les couches du temps et soyons témoins des incroyables histoires incrustées dans ses plus grands monuments. De la grandeur de l'empire à la gloire de la papauté, et du rugissement de la foule au Colisée au murmure de l'eau à la Fontaine de Trevi, voici l'histoire de Rome, une ville qui est, et a toujours été, la capitale du monde.


CHAPITRE PREMIER : Le Colisée, symbole de la Rome impériale

De tous les monuments de Rome, aucun n'est plus universellement reconnu que le Colisée. Son squelette ruiné, une colossale ellipse de pierre s'élevant du cœur de la ville, sert depuis près de deux millénaires de symbole définitif de la puissance impériale romaine, du génie architectural et du divertissement brutal. Même dans son état fragmentaire actuel, où les deux tiers de la structure d'origine ont été perdus sous l'effet du temps, des tremblements de terre et de l'exploitation en carrière, son ampleur est à couper le souffle. Se tenir devant lui, c'est ressentir le poids immense de son histoire, une histoire écrite dans le sang et la pierre.

Le nom par lequel le monde le connaît, le Colisée, n'était pas son nom originel. Officiellement, il s'agissait de l'Amphitheatrum Flavium, l'amphithéâtre Flavien, un nom célébrant la dynastie d'empereurs qui le construisit. Le nom populaire « Colisée » fut adopté bien plus tard, probablement au cours de la période médiévale. On pense qu'il dérive d'une statue de bronze gigantesque, le « Colosse de Néron », qui se dressait à proximité. Cette statue, à l'origine un hommage à l'empereur Néron, fut plus tard modifiée pour représenter le dieu soleil, Sol. Bien que la statue ait disparu depuis longtemps, son surnom fut transféré à l'amphithéâtre et a perduré depuis.

Pour comprendre pourquoi le Colisée fut construit, il faut d'abord comprendre l'homme qu'il était destiné à répudier : l'empereur Néron. Après le grand incendie de 64 apr. J.-C. qui dévasta une grande partie de la ville, Néron s'empara d'un vaste territoire au centre de Rome pour s'y bâtir un complexe palatial privé somptueux connu sous le nom de Domus Aurea, ou « Maison Dorée ». Cela comprenait des jardins à perte de vue, des pavillons et un lac artificiel massif – un acte extravagant d'auto-indulgence sur une terre qui avait autrefois abrité des milliers de citoyens. Cela ne le rendit pas populaire auprès du peuple romain.

Le règne de Néron s'acheva par un suicide et une guerre civile, une période chaotique connue sous le nom d'Année des quatre empereurs. De cette tourmente, un général pragmatique nommé Vespasien émergea comme vainqueur et fondateur de la nouvelle dynastie flavienne. Vespasien dut faire face à la tâche monumentale de restaurer la stabilité et la légitimité du trône après des années d'excès et de conflits. L'une de ses manœuvres politiques les plus brillantes fut un rejet direct et symbolique de la tyrannie de Néron. Il ordonna la démolition de la Domus Aurea et l'assèchement du lac artificiel. À cet endroit même, autrefois pièce maîtresse du domaine privé d'un tyran, il construirait le plus grand amphithéâtre public que le monde eût jamais vu – un cadeau au peuple romain.

Ce geste grandiose relevait autant de la propagande que des travaux publics. C'était une déclaration claire : là où un empereur honni avait bâti pour lui-même, la nouvelle dynastie flavienne bâtirait pour les citoyens de Rome. Le projet fut financé par les immenses trésors pillés lors du sac de Jérusalem en 70 apr. J.-C., conclusion brutale de la première guerre judéo-romaine. La construction elle-même fut réalisée par une main-d'œuvre massive comprenant des dizaines de milliers d'esclaves ramenés à Rome après la guerre.

La construction commença sous Vespasien aux alentours de 72 apr. J.-C. Le site choisi, un fond de vallée, signifiait que, contrairement à de nombreux amphithéâtres antérieurs creusés dans les collines pour le soutien, le Colisée devait être une structure entièrement autoportante, témoignage de l'état avancé du génie civil romain. Les matériaux de construction étaient un mélange pratique de ressources locales et de technologies révolutionnaires. L'ossature principale et la façade furent construites avec plus de 100 000 mètres cubes de travertin, extrait à Tivoli, à proximité. Le tuf, une roche volcanique plus légère, fut utilisé pour les murs secondaires, tandis que l'arme secrète des Romains – le béton – fut employée pour le vaste réseau de voûtes et d'arcs formant le squelette du bâtiment. On estime que 300 tonnes de crampons en fer furent utilisées pour lier les blocs massifs de travertin entre eux.

La structure est un chef-d'œuvre elliptique, mesurant environ 189 mètres de long et 156 mètres de large, avec un mur extérieur qui s'élevait à l'origine à une hauteur d'environ 48 mètres. L'extérieur est une étude des ordres classiques et de la fonction. Trois niveaux d'arcades, quatre-vingts au total sur chaque étage, ceinturent le bâtiment. Celles-ci étaient encadrées de colonnes de styles successivement plus légers : le dorique, robuste et simple, au rez-de-chaussée ; l'ionique, plus élégant, au deuxième ; et le corinthien orné au troisième. Cette progression devint une caractéristique standard de l'architecture de la Renaissance, un emprunt direct au dessin du Colisée. Le quatrième étage supérieur était un mur plein percé de fenêtres et décoré de pilastres corinthiens.

Vespasien ne vécut pas assez longtemps pour voir son grand projet achevé, mourant en 79 apr. J.-C. Son fils et successeur, Titus, acheva la structure et l'inaugura en 80 apr. J.-C. par un festival spectaculaire de jeux qui dura 100 jours. C'était une manœuvre nécessaire pour accroître sa propre popularité, car son règne avait commencé par une série de désastres, dont l'éruption catastrophique du Vésuve en 79 apr. J.-C. et un incendie majeur à Rome. L'historien Dion Cassius rapporte que plus de 9 000 animaux sauvages furent abattus lors des festivités inaugurales. D'autres modifications, dont l'ajout du quatrième étage, furent achevées par le frère et successeur de Titus, Domitien.

Le vrai génie du Colisée résidait dans sa gestion des foules. Ses quatre-vingts entrées et sorties au niveau du sol, appelées vomitoria, permettaient l'entrée et la sortie rapides des spectateurs. Les estimations modernes de sa capacité varient, mais il pouvait vraisemblablement contenir en moyenne 65 000 personnes, certaines sources suggérant un maximum pouvant atteindre 87 000. Chaque spectateur possédait un billet, probablement un tesson de poterie, qui correspondait au numéro inscrit au-dessus de l'une des arches d'entrée. Ce système, semblable à celui des stades modernes, pouvait vider l'enceinte entière en quelques minutes.

À l'intérieur, les gradins, ou cavea, étaient le reflet rigide de la hiérarchie sociale romaine. Les meilleures places, sur une plateforme surélevée en marbre appelée le podium, juste au bord de l'arène, étaient réservées à l'empereur, aux vestales et à l'ordre sénatorial, dont les noms étaient parfois gravés dans la pierre. Au-dessus d'eux siégeaient les chevaliers, ou equites. Les rangées se poursuivaient vers le haut, les sections inférieures étant réservées aux citoyens aisés et les sections supérieures aux plus pauvres. Tout en haut de la structure, dans une section ajoutée par Domitien, se trouvait une galerie avec soit des places debout, soit de raides gradins en bois pour les classes les plus basses de la société : les pauvres, les esclaves et les femmes.

Un prodige d'ingénierie protégeait les spectateurs du soleil romain brûlant. Un immense auvent rétractable, connu sous le nom de velarium, pouvait être tendu au-dessus des gradins. Cette structure de cordages couverte de toile était soutenue par 240 mâts fixés au sommet du mur extérieur. Un détachement spécialisé de marins de la marine romaine, logé dans une caserne voisine, manœuvrait ce gréement complexe. C'était un système incroyablement sophistiqué qui fournissait à la fois ombre et brise rafraîchissante aux immenses foules.

Le centre de toutes les attentions était le sol de l'arène lui-même. Mesurant 83 mètres sur 48, il était fait de planches de bois recouvertes de sable – le mot latin pour sable étant harena, d'où nous tirons le mot « arène ». Ce sable servait à l'effroyable fonction pratique d'absorber le sang inévitablement versé. Ce que la plupart des spectateurs ne pouvaient voir, c'était le monde élaboré qui existait sous les planches : l'hypogeum. Ne faisant pas partie de la construction originale, ce réseau souterrain à deux niveaux de tunnels, de cellules et de passages était une innovation ajoutée par Domitien. Là, gladiateurs et animaux sauvages étaient gardés avant d'être amenés dans l'arène par des systèmes complexes d'ascenseurs et de trappes pour une entrée théâtrale.

Une journée type d'événements au Colisée suivait un programme établi. La matinée était consacrée aux venationes, ou chasses aux animaux sauvages. Un vaste éventail de bêtes exotiques, importées de tous les coins de l'empire, étaient opposées les unes aux autres ou chassées par des spécialistes armés appelés bestiarii. Lions, tigres, ours, éléphants, rhinocéros, hippopotames, crocodiles et girafes étaient tous paradés et abattus dans l'arène. Vers midi, l'arène était livrée aux exécutions publiques. Celles-ci étaient souvent mises en scène comme des reconstitutions grotesques de scènes mythologiques, les condamnés jouant le rôle des protagonistes malheureux.

L'événement principal, réservé à l'après-midi, était les combats de gladiateurs, ou munera. Contrairement à la croyance populaire, ces combats n'étaient pas toujours à mort. Les gladiateurs étaient des biens coûteux, et leurs propriétaires n'étaient pas désireux de les perdre. Les combats étaient souvent régis par des règles et supervisés par des arbitres. Un gladiateur vaincu pouvait en appeler pour sa vie, et la foule, ainsi que le sponsor des jeux (souvent l'empereur), décidait de son sort. Les gladiateurs à succès pouvaient devenir des célébrités avec une grande popularité.

Pendant plus de quatre siècles, le Colisée servit de grande scène à Rome pour le spectacle public. Même après que les combats de gladiateurs eurent été interdits au début du Ve siècle et que les dernières chasses aux animaux eurent été enregistrées en 523 apr. J.-C., le bâtiment conserva sa place centrale dans l'imaginaire de la ville. Cependant, avec le déclin de l'Empire romain d'Occident, la fonction du Colisée s'estompa. Les tremblements de terre de 1349 provoquèrent l'effondrement d'une vaste section du mur extérieur sud, fournissant un tas de matériaux de construction tout prêt.

Au cours du Moyen Âge, le monument fut réaffecté à plusieurs reprises. Il fut transformé en forteresse par des familles puissantes comme les Frangipani, ses arcades furent louées comme logements et ateliers, et l'arène elle-même servit de cimetière. Plus dévastateur encore, le Colisée fut traité comme une gigantesque carrière. Pendant des siècles, papes et nobles le dépouillèrent systématiquement de sa précieuse pierre de travertin, de ses gradins de marbre et de ses matériaux décoratifs pour construire palais, églises et ponts dans tout Rome, y compris des parties de la basilique Saint-Pierre. Les cratères visibles partout sur la structure aujourd'hui sont le résultat de pilleurs extrayant les crampons de fer qui maintenaient les pierres ensemble.

Le pillage fut finalement stoppé au milieu du XVIIIe siècle lorsque le pape Benoît XIV, cherchant à préserver le site, consacra le bâtiment comme un mémorial sacré aux martyrs chrétiens. Bien que les preuves historiques d'un martyre à grande échelle de chrétiens dans le Colisée soient débattues par les chercheurs modernes, cet acte de consécration sauva le monument d'une destruction supplémentaire. Les efforts de préservation commencèrent sérieusement au XIXe siècle et se poursuivent encore aujourd'hui, garantissant que le symbole durable de la grandeur impériale de Rome survive pour les générations futures.


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